Dimanche 1er Novembre
Même avec vos péchés, Dieu vous appelle à devenir saint — Homélie de la Toussaint
Homélie de Don Ambroise
Chers frères et sœurs de Cathoglad, bonne fête de tous les saints !
Aujourd’hui, en regardant cette foule immense de tous les saints qui habitent le ciel, de tous ceux qui ont été canonisés par l’Église, mais aussi de tous ceux qui sont inconnus, nous sommes appelés à méditer sur notre propre appel à les rejoindre, sur notre propre appel à la sainteté. Cet appel à la sainteté nous concerne tous, c’est même dans le nom de notre fête d’aujourd’hui.
Même de la boue, même de la plus profonde obscurité peut venir la sainteté. Pourquoi ? Parce que ça n’est pas d’abord le fruit de nos efforts, mais parce que c’est d’abord le fruit d’un appel et d’un don de Dieu.
Dans cette vision de la première lecture de l’Apocalypse que nous avons entendue, il nous est dit qu’une foule immense se réunit devant le trône de Dieu. Une foule immense. Si nous sommes honnêtes, bien souvent nous imaginons plutôt les saints comme une petite élite, nous imaginons que cela concerne seulement un petit nombre, et peut-être bien souvent nous imaginons aussi que nous n’en faisons pas partie. Or, l’Apocalypse est formelle : il s’agit d’une foule immense. Et puis le psaume d’aujourd’hui enfonce encore un peu plus le clou : « Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants. »
Alors évidemment, il ne s’agit pas de chanter avec Michel Polnareff « On ira tous au paradis », parce que nous savons aussi, Jésus nous l’apprend, que la porte est étroite. Mais entre recevoir cette parole de Jésus qui nous dit que la porte est étroite, et nous exclure nous-mêmes d’office de ce cheminement à la sainteté, il y a une différence.
Cette grande foule, nous sommes appelés à en faire partie, puisque, comme tous les habitants de cette terre, nous venons de Dieu, nous sommes appelés à y retourner. « Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants. »
Saint Paul fait écho à cet appel universel pour tous à devenir saints. Dans sa première lettre à Timothée, chapitre 2, verset 4 : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » Tous, pas un de moins. Alors, chers frères et sœurs, aujourd’hui, il nous est demandé, par la Parole de Dieu, de nous laisser bousculer par cette affirmation : tous.
Il y a peu de temps, j’exprimais à un jeune que j’écoutais qu’il était lui aussi personnellement appelé à la sainteté. Pourtant, je savais bien que dans sa vie, il y avait encore beaucoup d’obstacles à ce déploiement de la grâce de Dieu. Il y avait encore peut-être peu de choix pour Jésus. Mais en lui disant, j’ai senti qu’il refusait ce que je lui disais, ou du moins qu’il trouvait cela trop dur à recevoir. Sa réaction spontanée était très forte. Il m’a dit : « Ah non, pas moi. » Alors j’ai insisté, je lui ai dit : « Bah si, bien sûr, toi aussi. » Il m’a répondu : « Vous avez déjà vu un saint qui n’a jamais prié ? »
Alors, comme ce jeune, nous aussi, peut-être parfois de manière moins claire, peut-être parfois en nous masquant plus la face… Mais nous aussi, nous disons, à cause de tel ou tel péché : « Vous avez déjà vu un saint qui… ? » Et chacun peut mettre derrière ses péchés, ses culpabilités cachées, cette obscurité qui nous habite. Est-ce que vous avez déjà vu un saint qui… ?
Eh bien, la deuxième lecture est formelle, cet appel de saint Jean : « Quiconque met en lui une telle espérance », c’est-à-dire celle de devenir semblable à Dieu, celle de devenir donc saint, « quiconque met en lui une telle espérance se rend pur, comme lui-même », c’est-à-dire Dieu, « est pur. »
Pour le dire simplement, le grand combat de notre vie chrétienne n’est pas de conquérir la perfection par nous-mêmes, mais de continuer à espérer, contre toute espérance, que nous sommes appelés à ressembler à Dieu, à ressembler à Dieu dans sa sainteté même.
Oublier cette espérance, oublier cet appel à la sainteté, eh bien c’est renoncer à laver notre robe dans le sang de l’Agneau, comme le dit l’Apocalypse. C’est renoncer à nous tirer de cette impureté qui nous empêche de voir Dieu. « Heureux les cœurs purs, nous dit Jésus, car ils verront Dieu. »
Il est bien difficile de devenir un cœur pur, du moins par nos efforts. Mais précisément, la deuxième lecture nous le redit : « Quiconque met en lui une telle espérance se rend pur, comme lui-même est pur. » Voilà la vraie pureté : celle de ne jamais renoncer à cet appel à la sainteté. Au cœur même de nos péchés, au cœur même de notre faiblesse et de notre obscurité intérieure, nous sommes appelés à garder fermement cette espérance, que nous sommes appelés à ressembler à Dieu jusque dans sa sainteté.
Pour le dire autrement, si j’oublie dans mon quotidien que je suis appelé à devenir saint, eh bien alors c’est certain : je vais me laisser aller au mal, je vais penser que je n’ai droit qu’à cette impureté et pas à la lumière, je vais penser que je n’ai droit peut-être qu’au plaisir égoïste et pas à la joie, je vais penser que je n’aurai droit qu’à la culpabilité et à une vie chrétienne médiocre, mais pas à la grandeur, je vais penser que je n’ai droit qu’à l’angoisse de ne pas me sentir à la hauteur, et pas à la paix intérieure de savoir que j’ai lavé mon vêtement dans le sang de l’Agneau.
Alors, chers frères et sœurs, si, comme ce jeune, nous serions tentés de dire : « Saint, moi ? », eh bien demandons la grâce au Seigneur de nous faire comprendre que la sainteté est notre appel, que nous sommes pleinement appelés, pas moins que les plus grands saints de l’histoire, à rentrer dans cette foule immense de tous ceux qui ont lavé leur robe dans le sang de l’Agneau ; que nous sommes appelés à la joie, à la paix, dès ici-bas, tous ces fruits que Jésus nous offre dans les Béatitudes : être comblés de miséricorde, voir Dieu, recevoir la terre en héritage. Toutes ces promesses de Jésus sont pour chacun d’entre nous, aucun n’en est exclu.
Alors bien sûr, laver son vêtement dans le sang de l’Agneau nous demande d’aller au contact de Jésus, d’aller au contact de sa Passion et de sa Résurrection qui nous sauvent. Nous ne pouvons pas nous isoler, nous ne pouvons pas garder notre péché pour nous : il nous faut l’offrir à Jésus pour qu’il puisse laver notre robe dans le sang de l’Agneau.
Chers frères et sœurs, Dieu nous garde de nous penser exclus de cet appel à la sainteté, et qu’il nous conduise tous pour qu’un jour nous puissions faire partie de cette foule immense qui acclamera Dieu éternellement. Amen.
Même avec vos péchés, Dieu vous appelle à devenir saint — Homélie de la Toussaint
