Samedi 28 février
• Aimez vos ennemis
Qu’est-ce que l’Évangile ? Bonjour, chers amis et chers auditeurs de Catoglad. Nous avons entendu un texte d’Évangile tiré du Sermon sur la montagne. Jésus, après avoir parlé des béatitudes, nous explique comment nous sommes différents des autres.
Attention, non pas supérieurs, nous sommes au milieu de tous nos frères, mais en tant que fidèles de Jésus, nous allons avoir une marque particulière, et c’est pour cela que nous trouvons cette espèce de balance entre, on vous a dit, et moi je vous dis. On vous a dit d’aimer vos amis, à l’instar, si j’ose dire, de toute spiritualité, de toute philosophie, de toute droiture, c’est comme inné, ça va de soi. Mais Jésus nous dit, moi je vous dis, aimez vos ennemis.
Que pouvons-nous dire de cette réalité que sont les ennemis et l’amour que nous avons pour les ennemis ? Alors, je me souviens d’une petite anecdote, j’étais curé à ce moment-là en Charente, et une dame, par ailleurs tout à fait charmante et généreuse, me disait, je ne comprends pas l’amour des ennemis, parce que moi je n’ai pas d’ennemis. Je lui ai dit, vous n’avez pas d’ennemis ? Oui, elle dit, j’aime tout le monde. Alors, je me suis permis de lui dire, ce n’est pas parce que vous aimez tout le monde, que tout le monde vous aime.
Et donc, c’est peut-être l’occasion de réfléchir sur l’amour. Certains amours ne sont pas réciproques. Certains amours sont réciproques, mais ne sont pas symétriques. Certains amours sont réciproques et symétriques. Je m’explique. L’amour qui n’est pas réciproque, c’est précisément l’amour de l’ennemi.
J’aime quelqu’un qui ne m’aime pas, qui peut-être même me fait du mal, me haït, ou m’est totalement indifférent. Et nous savons que cet amour de l’ennemi prend une forme particulière. Dans cette prière que nous allons réciter à la fin, le Notre Père, c’est le pardon.
Mais il y a des amours réciproques. C’est-à-dire, par exemple, le père qui aime son fils, et le fils qui aime son père, c’est réciproque. Mais ce n’est pas symétrique. Symétrique, c’est comme, par exemple, l’amitié. Et Jésus nous dit, aimez-vous les uns les autres d’un amour d’amitié ? Voilà comment il presse ses apôtres la veille de sa mort. Et là, il y a une sorte non seulement de réciprocité, mais de symétrie, d’égalité.
Je n’ai pas plus d’autorité que toi dans la relation, c’est simplement de l’amitié. Alors, l’amour des ennemis, donc encore une fois, n’est pas un amour d’amitié. Il peut le devenir si, grâce à notre amour, nous transformons l’autre, bien entendu.
Et que, progressivement, par notre patience, comme le fit sainte Monique, la maman de saint Augustin, par rapport à son mari, Patricius, qui était païen, qui était un homme assez rude, qui l’a trompé. Tout ceci est raconté dans les confessions de saint Augustin. Eh bien, par sa patience, elle ne disait jamais du mal, ni de personne, ni de son mari.
Et elle l’interdisait aux copines, quand elles se retrouvaient ensemble, de dire du mal de leurs époux. Et donc, par sa patience, elle a fini par obtenir, et par ses pleurs et sa prière, la grâce de la conversion, non seulement de son fils, ça s’est connu, mais aussi de son mari Patricius, qui s’est fait baptiser sur son lit de mort. Donc, l’amour des ennemis est quelque chose de particulier.
Il faut accepter cette dissymétrie initiale, et de se dire, cela est-il vraiment possible ? Oui, non seulement c’est possible, à travers la vie des saints qui le prouvent, mais c’est même demandé, c’est un commandement. Ce n’est pas un conseil de Jésus, encore une fois, c’est un commandement. Comment cela est-il possible ? Alors, soyons honnêtes, c’est totalement impossible à l’homme.
Ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu. Soyons convaincus de ce que Dieu peut tout. Il a créé le monde. Il peut créer quelque chose dans notre cœur d’inédit, quand même. Enfin, je veux dire, qu’est-ce que c’est que, simplement, renverser un tout petit peu notre cœur, qui, naturellement, va se bloquer face à la haine, et face à la jalousie, bref, face à l’ennemi ? Oui, mais alors, je crois que nous ne pouvons pas aimer nos ennemis, si nous n’avons pas, nous-mêmes, bénéficié de la miséricorde de Jésus en croix. Tant que nous pensons être des êtres parfaits, qui n’avons pas eu besoin d’être pardonnés.
Et nous avons besoin d’être pardonnés, parce que, d’une certaine façon, nous sommes aussi les ennemis. Les ennemis de qui ? Les ennemis de Dieu, à chaque fois que nous trahissons, par exemple, par nos fautes et par nos péchés. C’est tout simple.
Oui, mais nos péchés sont légers. Laissez Dieu les peser. Voilà.
Et comme disait saint Augustin, s’ils ne pèsent pas beaucoup chacun, attention quand tu les comptes. Vous savez, les flocons de neige, qui finissent par casser les branches des arbres les plus costauds. Voilà.
Donc, en fait, c’est cette conscience que nous aussi, nous sommes au pied de la croix avec Jean et Marie, et que nous avons besoin du sang de la rédemption, et que Jésus nous aime alors que nous sommes pécheurs. Si nous bénéficions de cet amour que l’on appelle la miséricorde, et si nous restons dans cette conscience très aiguë, alors, en effet, nous pourrons aimer nos ennemis dans un amour tout à fait exceptionnel, amour de l’ennemi qui va se réaliser d’une façon très claire, par la patience, par le pardon, par le fait qu’on ne va pas jalouser ni prendre la place, mais on va le faire en toute vérité, en toute honnêteté, en toute droiture. Alors ensuite, faut-il le dire ? Je dirais, attention, il y a des ennemis qui, au contraire, vont renforcer leur haine, leur inimitié à notre égard si on leur dit tout de suite « je vous aime, je vous aime » et qu’on se jette dans leurs bras.
Ils le refuseront peut-être. Alors, laissez la tendresse de Dieu s’emparer de notre cœur. Et j’ai envie de terminer par une prière, celle que je vous citais tout à l’heure, sur cet amour de l’ennemi qui paraît chose impossible, mais enfin, Jésus la fait sur la croix, saint Étienne, Père, pardonne-leur, alors qu’il reçoit les cailloux qui vont le tuer lors de sa lapidation avec Saül qui le regarde à peine plus loin. Alors, puisque c’est possible, laissons cette tendresse s’emparer de nous. J’ai accompagné beaucoup de personnes qui ont été victimes d’abus, d’abus de violence ou d’abus sexuels. Combien il leur est difficile de pardonner, c’est un long chemin.
Mais peut-être que de se dire, et non pas d’éviter ce verset du Notre Père que nous allons redire ensemble, sera peut-être la façon de guérir notre cœur, c’est-à-dire de s’ouvrir à la miséricorde pour en déborder sur nos ennemis. Notre Père, et aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal. Amen.
Si je rajoute un défi, eh bien, ce sera celui-ci :
Regardez autour de vous, il y a certainement des personnes qui vous aiment, peut-être vos parents, peut-être votre époux, vos enfants, etc. Mais essayez d’identifier les personnes qui, à raison ou à tort, ne vous aiment pas. Identifiez-les simplement, et dites-vous comment un jour, quand cette miséricorde se sera totalement emparée de votre cœur, vous pourrez, à ce moment-là, les aimer comme Jésus les aime.
Voilà, je suis très heureux d’avoir commenté avec vous ce passage de l’Évangile selon saint Matthieu. Je vous retrouverai dans quelques jours. Je suis Mgr Luc Ravel, archevêque émérite, c’est-à-dire en retraite de Strasbourg, et auparavant évêque aux armées françaises, aujourd’hui retiré sur Paris. A très bientôt.
Mgr Luc Ravel — Comment aimer ceux qui nous font du mal ? | 28 février | Parole et Évangile du jour | • Aimez vos ennemis !
Vendredi 27 février
• Va te réconcilier avec ton frère !
Le texte d’aujourd’hui nous parle d’une parole que Jésus nous dit. Je vais le resituer brièvement avant de le commenter un petit peu et de nous amener un peu plus loin. En fait, il se situe juste après les béatitudes et une parole que Jésus dit que nous connaissons un peu sur « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Et puis ensuite, il vient révéler la profondeur de son dessein, c’est-à-dire « je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ». Et là, il donne trois paroles, nous en avons la première qu’il va reprendre, notamment à travers aussi cette petite phrase que nous connaissons « vous avez entendu qu’il vous a été dit, vous avez appris qu’il vous a été dit, et moi je vous dis ». Je voudrais juste m’arrêter là-dessus quelques instants.
« Vous avez entendu » parce qu’en fait, c’est la culture du peuple juif. « Écoute Israël ». Et en fait, depuis des années et des années, notamment à travers Moïse, mais à travers tous les prophètes qui ont parlé au nom de Dieu, la mission du peuple est d’écouter cette parole. Et il y a eu de très nombreux commentaires par la suite de rabbins qui ont écouté cette parole, qui l’ont fait sienne et qui ont cherché à la comprendre avec leur intelligence et avec leur cœur.
Alors là, ce qu’il se passe, il se passe un truc incroyable. Donc Jésus reprend « vous avez appris qu’il a été dit, vous avez entendu qu’il a été dit, vous ne tuerez pas, tu ne tueras pas, et moi je vous dis ». En fait, Jésus a une audace incroyable qui vraiment stupéfie ses auditeurs, ça se retrouve à la fin du chapitre 7 chez Matthieu, parce que Jésus s’érige au niveau de la parole de Dieu, au niveau de la parole du Père. C’est comme s’il écrivait la loi ou comme si, parce qu’il avait participé à son écriture, il était capable de l’expliquer.
Et c’est exactement ce qu’il nous fait. Et là, Jésus vient mettre un coup de projecteur sur la profondeur de cette loi. Il ne s’agit pas simplement d’ôter la vie avec un quelconque instrument de mort en vue d’effacer quelqu’un qui nous déplaît.
En fait, cela va bien plus loin que cela. Si j’insulte mon frère, ça veut dire que déjà quelque chose chez lui m’agace, m’irrite. Mais plus profondément que ça, si je pense que mon frère ne devrait pas être sur terre, il y a un problème.
C’est la source. En fait, c’est exactement ce que Jésus est en train de faire. Jésus revient à la source du meurtre, et c’est ce qu’il dit par ailleurs dans sa marque.Le mal ne vient pas de l’extérieur, il vient du dedans. Il vient du dedans de mon cœur qui est blessé. Et c’est quelque chose d’important à méditer et à approfondir.
La source du mal est en moi. En fait, et en particulier dans notre société où la technique réduit le temps, accélère les choses, et où le confort prend beaucoup d’espace, finalement, on a de plus en plus de mal avec notre frustration, entre l’écart entre ce que je veux et ce qui est. Et la variable d’ajustement, c’est souvent mon prochain.
Je prends un petit exemple qui peut peut-être parfois m’arriver. Quand je pars en voiture, il se pourrait aussi, deuxième hypothèse, que je ne sois pas toujours très à l’heure, et que j’ai prévu les choses, mais de manière un peu courte. Ce qui fait que, du coup, quand une personne devant moi traîne, ne va pas à mon rythme, troisième hypothèse, il se pourrait que je sois un peu en train de pester contre cette personne.
Vous voyez, en fait, c’est exactement ça que Jésus vient éclairer. Dans mon cœur, il y a ce juge intérieur qui très vite vient décréter que ceci est mal, et que ceci devrait être comme ça, et que ceci devrait être comme ça. Et c’est pour ça que Jésus nous éclaire, et qu’il nous dit que si tu n’es pas attentif à cette racine-là, si tu la laisses grandir, elle va aller jusqu’au bout.
La logique du mal va se développer, et tu seras un jour capable de tuer. Et de tuer, donc, pas seulement par une balle de fusil, ou un couteau, ou quoi que ce soit, mais par ta parole. Et si on regarde le phénomène des commentaires sur les réseaux sociaux, et peut-être que nous aussi, nous avons été parfois dans ce cadre-là, je lâche une phrase que jamais je n’oserais dire en face, je peux tuer quelqu’un, je peux tuer la personne à qui elle s’adresse.
Ou c’est quand je pense que telle part d’héritage m’appartient, et que c’est absolument à moi, et en fait je peux vraiment faire des dégâts dans ma famille du fait de ça. Et donc c’est ce que Jésus nous éclaire aujourd’hui, et peut-être que c’est ça notre premier axe de carrière. Comment pouvons-nous demander au Seigneur de nous éclairer sur ses cimetières intérieures, sur ses blessures, sur ses fragilités, sur ses craintes qui m’habitent, non pas qu’elles soient des péchés elles-mêmes.
Si je suis insécurisé parce que je pense que j’ai besoin de plus d’argent pour vivre, c’est peut-être un vrai besoin. Mais ma manière violente de l’imposer aux autres, voilà la source du problème. Et c’est du coup pour ça que nous avons besoin de la messe.
Et c’est du coup pour ça que nous avons besoin de ce médecin qui vient nous guérir par sa parole, mais par son corps et par son sang. Et c’est ce que Jésus dit juste après, vous savez, dépose ton offrande là devant l’autel. En fait ce que Jésus a besoin c’est que nous soyons humbles et que nous reconnaissions nos blessures.
Parce que si je suis tout sourire, je fais mes prières tout bien le soir, je coche les cases, mais que derrière je suis en train de tuer mes voisins, mes frères et sœurs, mes parents, mes enfants, à coup de ceci ou de cela, mais ça ne va pas. Et c’est d’ailleurs la raison du baiser de paix. Vous savez ce geste n’est pas du tout lié à une réforme liturgique récente.
Saint Augustin le commente déjà. Et il dit en substance, puisque tes lèvres s’approchent des lèvres de ton frère, que ce geste puisse permettre à ton cœur de rester proche du cœur de ton frère. Et c’est vraiment ce que veut nous dire Jésus avant d’aller communier.
Fais la paix à l’intérieur avec toutes les personnes que tu as pu tuer en ton cœur. Et donc voilà, autre petite piste concrète pour notre carême. Au moment de la messe, s’il y a une dispute avec tel ou tel enfant, ou avec mon mari, mon épouse, mes parents, eh bien avant d’aller communier, que je puisse demander au Seigneur pardon pour le mal que j’ai pu commettre.
Parfois dans notre vie, nous avons reçu des blessures qui sont extrêmement fortes, et où il nous est difficile de pardonner. Peut-être d’abord nous faut-il repasser par le sacrement de la réconciliation. En fait, c’est le lieu où le Père veut nous renouveler dans son alliance.
Il a tout donné à travers son Fils, et il veut nous renouveler dans ce sang qui a été versé pour nous. Il veut nous embrasser. Plus je me laisse embrasser par le Père, plus je vais pouvoir, à mon tour dans ma vie, pouvoir ouvrir mon cœur et laisser répandre ce pardon.
C’est comme si j’étais d’abord en circuit fermé, où j’essaye de pardonner à ceux qui m’ont fait du mal par mes propres forces, et je me rends compte que je n’y arrive pas, et ça peut être désespérant parfois. Mais là, je vais passer en circuit ouvert. Je vais me brancher sur l’amour du Père, et du coup, fort de cet amour infini, et ce pardon infini que je vais recevoir pour moi, je vais pouvoir le distribuer partout autour de moi.
En fait, il y a un pasteur protestant qui s’appelle Mike Fleming, qui m’a aidé aussi à comprendre ce que voudrait dire le pardon. Lui, avant de devenir pasteur, en fait, il a été abusé sexuellement par une personne de la rue quand il était tout petit, et ça a détruit sa vie. Plus tard, il est devenu même dealer.
Et en fait, malgré ça, malgré cette vie-là, il a fait une rencontre bouleversante avec le Seigneur, au point qu’il est devenu pasteur auprès des gens de la rue, justement. Et une fois pasteur, il a rencontré la personne qu’il avait abusée, et cet homme était détruit. C’était vraiment une épave humaine.
Et à ce moment-là, dans son cœur, il a compris que ça ne servait à rien de lui en vouloir. Et puis, il y a eu un déclic plus important et il dit, en fait, j’ai compris ce que c’était que le pardon. Ce n’est pas faire comme si de rien n’était, et que désormais tout allait bien.
Non, c’est en fait accepter de ne plus dépendre des conséquences du péché de l’autre. Ne pas rester enfermé dans les conséquences du péché de l’autre. C’est la dernière piste, du coup, que je voudrais vous proposer pour ce carrème.
Comment, dans ces lieux où la blessure a été profonde, voire très profonde, je peux accepter de remettre l’autre dans la miséricorde de Dieu ? Cela ne veut pas dire qu’il faudrait faire semblant ou faire comme si rien ne s’était passé. Cela impliquera peut-être même que la relation ne se restaure pas. Mais cela veut dire que j’accepte que l’amour de Dieu rejoigne cette personne.
Cela veut dire accepter que, finalement, cette personne progresse et comprenne un jour à son tour, dans la foi, que Jésus l’aime, et qu’un pardon est possible aussi pour elle. Et voyez, il y a un lâcher prise ici. Il y a une mort à soi-même qui peut être difficile.
Et c’est la grâce que nous pouvons demander. Si c’est trop difficile de demander pardon d’un coup, il ne faut pas s’étonner de ce temps qui est nécessaire. Plus la blessure a été profonde, plus parfois il faut du temps pour être capable de poser ce pardon-là.
Et donc nous pouvons demander la grâce de pardonner. Ou si c’est trop compliqué, nous pouvons découper ces étapes. Seigneur, je te demande la grâce de pardonner.Ou Seigneur, je te demande le désir de pardonner. Ou Seigneur, je te demande le désir du désir de pardonner. Et voyez, découper cela autant de fois que nécessaire pour que je puisse faire ce petit premier pas.
Parce qu’une fois que ce petit premier pas sera fait, alors la grâce et le temps feront le reste. Seigneur, nous te remercions par cette parole que tu nous donnes aujourd’hui. Nous te remercions pour cet amour qui nous veut vivant.Nous te remercions pour cette vie que tu as donnée à la croix et que nous allons fêter dans quelques jours dans ce mémorial de la Pâque. Nous te demandons vraiment cette grâce d’accueillir la puissance de ta résurrection dans nos vies. Que tu puisses nous aider peut-être, nous donner cette grâce de nous rappeler le mal commis et que nous puissions déposer ça au pied de ta croix.Peut-être même oser cette démarche du sacrement de la réconciliation. Seigneur, tu connais nos cœurs. Tu sais aussi les blessures que nous avons pu recevoir.
Fais-nous trouver ce petit pas pour progresser dans le pardon à donner. Parce que Seigneur, nous savons que tu aimes chacun de tes enfants et que tu veux leur bonheur. Amen.
P. Étienne Roche — La source du mal est en moi : comment pardonner ? | Parcours Carême | Parole et Évangile du jour | Vendredi 27 février • Va te réconcilier avec ton frère !
Jeudi 26 février
• Demandez et vous recevrez
COMMENT DISCERNER LA VOLONTÉ DE DIEU ?
Demandez et vous recevrez, on ne sait pas trop quoi demander, comment demander, est-ce qu’on est sûr de recevoir ? Pourtant, ce que Jésus dit là, c’est à la forme d’une promesse. On entend souvent cette phrase dans les conversations entre chrétiens, parfois même dans nos prières « si c’est la volonté de Dieu, ça arrivera, tu recevras, demande ». Mais cette phrase-là « si c’est la volonté de Dieu, ça arrivera », on l’a dit avec une sorte de résignation tranquille, comme si on s’en remettait à un destin bizarre sur lequel on n’a aucune prise. Et quelque part, ça nous arrange.
Parce que si ce n’est pas la volonté de Dieu, on n’a rien à faire de plus, même pas besoin de demander finalement, vu qu’on ne sait même pas exactement comment demander, on est un peu dédouané. Et si c’est la volonté de Dieu, ça arrivera dans tous les cas et on n’a rien à faire de plus là non plus. C’est presque magique.
Mais je crois que cette vision est faussée. La réalité est à la fois plus belle, plus simple et beaucoup plus responsabilisante. C’est le carême, on essaye de prier mieux et j’ai une très bonne nouvelle, en fait on connaît la volonté de Dieu, parce qu’il nous l’a dite explicitement et on sait exactement quoi faire pour la voir se réaliser dans nos vies.
Déjà, Jésus dit « demandez, vous recevrez », mais cette réflexion peut aller encore plus loin. Je me fonde en partie sur mon année de propédeutique, il y a quelques années. J’ai lu des choses, j’ai prié, j’ai discuté et quelque chose s’est vraiment en moi.
Parce que j’avais cette question un peu inconfortable. Je demandais à Dieu « qu’est-ce que je dois faire de ma vie ? Qu’est-ce que tu veux de moi ? Où est-ce que je devrais aller ? Est-ce que je dois faire ça ou autre chose ? Est-ce que je dois être prêtre, marié, religieux, peu importe ? » J’avais l’impression parfois que si je ne choisissais pas la bonne option, j’allais gâcher ma vie et me condamner au malheur. Problème, je ne savais pas ce qu’il fallait que je choisisse.
Donc j’avais beau essayer, j’avais beau demander, je ne voyais pas comment choisir ni comment demander exactement pour être sûr que ça se réalise, pour être sûr de voir la réponse. Bref, c’était compliqué. Puis j’ai trouvé la réponse et ça m’a vraiment apaisé une nouvelle fois. Jusqu’à maintenant en fait, je ne me prends quasiment jamais la tête pour rien. Je ne suis pas indifférent, juste en paix parce que j’ai lu et entendu des choses qui m’ont bien aidé. Alors je vous propose la même chose, les mêmes réflexions.
L’idée de base, c’est que je suis vraiment libre. Dieu ne me suit pas à contre-cœur dans mes choix. Il me suit, il m’accompagne, il agit à travers mes choix. Il me guide pour bien choisir, je dois écouter, je dois demander aussi. Mais c’est vraiment paisible. Allons un peu dans le détail pour répondre à cette question. Ma volonté ou celle de Dieu, est-ce que c’est un combat ou une symbiose ?
On aimerait que ce soit une symbiose constante. Mais c’est souvent un combat quand même. Et le premier combat, c’est qu’on ne sait pas toujours quelle est la volonté de Dieu pour nous. Est-ce que je dois accepter ce travail, me marier avec cette personne, rester dans cette ville, changer de vie ?
Seigneur, si je vois une voiture jaune dans les deux minutes, alors je saurais que c’est ce que tu veux pour moi. On cherche des signes, on attend une réponse du ciel et parfois on l’a très clairement, mais parfois le silence pèse.
Mais il y a un deuxième combat qui est plus intérieur et plus subtil. Notre propre volonté, qu’on croit souvent bonne, mais qu’il ne l’est pas toujours. On se convainc facilement que ce qu’on veut est juste, que nos motivations sont pures, on habille nos désirs d’arguments spirituels, on prie pour que Dieu valide ce qu’on a déjà choisi. Après tout, je fais ça pour Dieu, mais est-ce que je fais ça avec Dieu ? On choisit plutôt que de lui demander ce qu’il veut vraiment.
Un exemple très concret, on a envie de quitter une association dans laquelle on s’est engagé parce qu’on en a un peu assez et on se dit, je crois que le Seigneur me demande d’aller vers autre chose. Peut-être, ou peut-être qu’on est juste fatigué ce mois-ci et qu’on cherche une sortie confortable. La frontière entre la voie de Dieu et la voie de notre confort est parfois assez fine.
C’est là que le discernement devient indispensable. Quelques questions simples pourraient nous aider, par exemple, est-ce que ce que je veux me rapproche de Dieu ou m’en éloigne ? Est-ce que cette décision produit une paix intérieure profonde, pas l’excitation, pas le soulagement non plus, mais la paix ? Ou est-ce qu’elle produit de l’agitation et du trouble ? Est-ce que ce choix me rend plus disponible pour les autres ou plus replié sur moi-même ? Bref, est-ce que ça m’aide à aimer, puisque c’est de ça dont il s’agit, avec Dieu ?
Ces questions ne sont pas magiques, mais elles aident à démasquer un peu les illusions qu’on se fait nous-mêmes. Mais je vous disais qu’on a une bonne nouvelle, on connaît la volonté de Dieu, et ça, ça change tout. Jésus dit dans l’évangile de Jean « telle est la volonté de mon Père que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » Dieu veut qu’on ait la vie éternelle en croyant en Jésus, pas simplement admettre qu’il a existé, mais s’engager dans une relation vivante avec lui. Le but, c’est le paradis finalement. Et à ceux qui croient, Jésus dit encore « ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruits, et que vous soyez pour moi des disciples. »
Dans l’évangile, aujourd’hui, Jésus dit « demandez et vous recevrez ». Le Père veut vraiment nous donner des bonnes choses. La première et la plus grande des bonnes choses qu’il nous donne, c’est peut-être Jésus lui-même. Et puis, il nous donne après tous les moyens de continuer, pour le suivre, pour être ses disciples. Et ce qui fait la gloire du Père, comme dit Jésus là, c’est qu’on porte beaucoup de fruits, et qu’on soit les disciples de Jésus. Et Paul, dans sa première lettre aux Thessaloniciens, il est encore plus direct, il dit « soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toutes circonstances. C’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. »
Donc là, on a trois, quatre passages de l’évangile où Jésus, ou Paul ici en dernier, nous dit la volonté de Dieu pour nous. Pour résumer tout ça, on peut dire que Dieu nous crée pour le paradis. Quand on en a conscience, on est fixé sur Jésus dans tout ce qu’on fait, donc on porte du fruit, on demande, on reçoit, on cultive la joie et la gratitude, parce qu’on voit littéralement l’action de Dieu dans notre vie.
Et si on synthétise tout ça en une seule phrase, la volonté de Dieu pour nous, c’est qu’on soit saint. C’est ça le sens de notre vie. Pas la réussite professionnelle, pas le confort, pas même une vocation particulière en premier lieu, mais la sainteté, aller au paradis quoi, devenir pleinement ce que Dieu a voulu en nous créant. Et cette sainteté-là, elle n’est pas réservée à des religieux, à des gens extraordinaires, on est tous créés littéralement pour ça. C’est la raison de notre existence. Et c’est peut-être le point le plus important de la vidéo pour moi, si on termine notre vie par autre chose que la sainteté, on aura gâché notre vie. Si dès maintenant on n’essaie pas de viser le paradis, alors on passe à côté de notre existence. Ce serait trop dommage. Et c’est là que ça devient vraiment libérateur. Parce que si la volonté de Dieu c’est qu’on soit saint, alors à l’intérieur de ce cadre-là, on est profondément libre.
La sainteté repose sur deux piliers que Jésus lui-même a donnés, l’amour de Dieu et l’amour du prochain. L’amour de Dieu, ça passe par la prière quotidienne, la messe, la confession régulière, les sacrements, c’est pas des obligations administratives, des cases à cocher, mais c’est les lieux où Dieu nous transforme vraiment, c’est la vie de Dieu qui coule en nous. Nous, on ouvre les portes et par les sacrements, Dieu comble tout ce qui est à combler. Et l’amour du prochain, ça se vit dans le concret, les oeuvres de miséricorde, la charité, le don de nos talents. On a des forces, il faut les mettre au service des gens. Et si on ne sait pas à quoi faire, on prie un peu, on choisit le premier truc qui vient et on commence.
Mais il n’y a pas à se prendre la tête de trop, il y a plein de choses bonnes à faire, très bien, choisissons un truc, on fait un pas, Dieu en fait mille, il nous accompagne après. Mais mieux vaut commencer par quelque chose qui n’est pas pour nous, on pourra corriger ensuite plutôt que de ne pas commencer du tout. Alors on choisit quelque chose à faire et on commence aujourd’hui. A partir de là, saint Augustin a dit quelque chose d’à la fois magnifique et un peu provocateur. Aime et fais ce que tu veux, littéralement. Si on aime vraiment Dieu et notre prochain, alors on peut faire ce qu’on veut. Quand on sait qu’on a une place au paradis, ça libère tellement de choses. On peut choisir ce métier ou un autre, vivre ici ou là, nous engager dans ce projet ou celui-là, être ingénieur ou artiste ou enseignant. Le but, c’est le paradis. Tout le reste, absolument tout le reste, c’est un outil pour arriver au paradis. Alors on peut prendre un moment pour choisir par quel outil on va commencer, mais quand on se rend compte que ce qui se joue c’est l’éternité du bonheur au paradis, ces quelques années de vie qu’on a là, elles prennent beaucoup moins de place dans notre esprit. On s’inquiète beaucoup moins du monde, mais juste d’être sain.
Dieu n’a pas un plan unique, étroit, qu’on risque de manquer si on se trompe d’orientation. Dieu connaît le chemin qui nous rend le plus heureux parce qu’il voit toute notre vie, mais c’est simplement le chemin du paradis qui nous rend le plus heureux. Ce chemin qu’on essaye de suivre au quotidien. Dieu nous fait libres, vraiment libres, et nous accompagne dans ce qu’on choisit. Tant qu’on essaye de choisir selon le paradis en gardant Jésus au milieu. Tant qu’on essaie, si on rate, il nous aide. C’est à ça aussi que sert la confession,
l’assacrement, mais il ne faut juste pas perdre Jésus de vue. Et c’est ça qui m’a apaisé. Pas l’idée que tous mes permis et que mes choix n’ont pas de conséquences, mais l’idée que Dieu ne tend pas un piège, qu’il ne cache pas une bonne réponse que je dois deviner sous peine d’un échec. Il me donne une direction, la sainteté, et dans cette direction, il me suit selon mes choix. Une fois qu’on a ça en tête, j’imagine ça comme un chemin très large qui va tout droit et le bout du chemin, c’est le paradis. Et maintenant que je marche, que je fasse des pas chassés, que je marche en diagonale ou que je fasse une roulade ici ou là, je marche comme je veux en fait. Tant que je marche sur le chemin et que je ne fais pas demi-tour, donc tant que je reste fidèle à Jésus par les sacrements et la vie de charité, je suis sûr de finir au paradis. C’est une certitude. On a une place promise au paradis. C’est pas fou ça ? C’est l’espérance chrétienne. Et Dieu agit à travers mes choix concrets. Il se glisse dans les événements, les rencontres, les portes qui s’ouvrent ou se ferment, mais il est là. Et alors on vit heureux. Et ce bonheur, ce n’est pas juste un plaisir d’essence dans le monde, quelque chose de superficiel qui dépend des circonstances, c’est un bonheur existentiel. On sait pourquoi on est fait, on sait quoi faire pour l’atteindre, et on a la certitude que ça se réalisera tant qu’on ne s’en détourne pas volontairement, encore une fois. Donc oui, il peut y avoir du combat, parce que notre volonté propre résiste, elle se trompe, elle se laisse séduire.
Ça demande du discernement, ça demande de l’humilité, de vouloir se laisser corriger. Mais les réponses arrivent, si on les cherche au bon endroit. On vit la prière, les sacrements, la charité, ça c’est la base, c’est le terreau fertile. Et après on regarde juste dans notre vie, quelles portes s’ouvrent, quelles portes se ferment, et alors on suit les portes ouvertes. Et s’il y a plusieurs portes ouvertes, on prie un peu, on en choisit une, très simplement. C’est pas si compliqué en fait. Et avec la prière, les sacrements, la charité, notre volonté s’aligne sur celle de Dieu. Non pas qu’on l’efface, mais parce qu’elle se purifie. On commence à vouloir ce que Dieu veut, et alors on le voit agir, on voit guider, transformer des choses, les événements, les rencontres, les gens qu’on croise, ce qu’on fait, ce qu’on ne fait pas parfois. Les petites motions intérieures aussi qu’on apprend à reconnaître avec l’Esprit-Saint, et alors on devient saint.
En fait ça se fait hyper progressivement, mais on commence par le simple, le terreau fertile, prière, sacrements, charité. Pendant ce carême, l’invitation, elle est simple, ne cherchons pas à déchiffrer un plan mystérieux que Dieu aurait caché, mais posons les fondations, simplement. On prie, on reçoit les sacrements, je me répète un peu mais c’est juste la base quoi. On prie, on reçoit les sacrements, on sert, on aime, et alors on avance. Il peut y avoir des petites difficultés pratiques ici ou là, mais plus de difficultés dans ce qui fait le sens de notre vie. La sainteté, elle n’est pas réservée à quelques-uns, mais c’est précisément ce pour quoi on a été fait.
Bref, comme dit Saint-Augustin, aime et fais ce que tu veux.
Victor — COMMENT DISCERNER LA VOLONTÉ DE DIEU ? | Parcours Carême @lecathodeservice | Parole et Évangile du jour : • Demandez et vous recevrez !
Mercredi 25 février
Jonas : Quand nos émotions nous éloignent de Dieu
Le signe de Jonas Aujourd’hui, dans l’Évangile, Jésus nous parle du signe de Jonas, en faisant référence à ce prophète qu’on considère comme petit prophète dans l’Ancien Testament, mais en fait plus grand qu’on peut l’imaginer. Jonas se distingue par son style narratif. Dans ce petit livre de quatre chapitres, Jonas nous présente un petit compendium des émotions humaines. Loin d’être un simple récit narratif sur l’obéissance ou la désobéissance du prophète, ce livre constitue une véritable exploration des émotions humaines face à Dieu.
L’originalité de ce texte tient à ce qu’il ne développe pas des oracles ou de grandes révélations, mais met en scène un prophète dont l’itinéraire intérieur devient un lieu même de révélation. Alors c’est sous l’angle des émotions que nous allons parcourir ce livre de Jonas, pour mieux comprendre effectivement ce pourquoi, pour Jésus, il est si important de parler du signe de Jonas.
Première grande émotion, la peur. C’est le moteur initial de la fuite. Dieu demande d’aller à Ninive et Jonas va dans la direction totalement opposée. Il ne veut pas proclamer un message de repentance dans cette ville, parce qu’il craint que ces Ninivites se convertissent. Il se leva, comme dit le texte, pour fuir loin de la face du Seigneur. L’émotion est bien la peur. Même s’il n’est pas nommé, Jonas fuit. Il ne s’agit pas d’un danger physique, mais c’est surtout la peur d’une mission qui dérange. Et le texte suggère que la peur spirituelle peut effectivement conduire à des stratégies très concrètes d’évitement. Il va fuir pour s’embarquer dans un navire. Il va dormir au fond d’une cale. Il va se rendre indisponible. Ainsi, la première émotion du livre dévoile une vérité importante. L’être humain peut préférer la fuite à la fidélité lorsque la parole divine déstabilise nos représentations.
Deuxième grande émotion, l’angoisse. Puisque sur ce navire, il y a la grande tempête qui fait émerger chez les marins et tous les passagers une grande peur. Chacun évoque son dieu et cette peur est contagieuse. La panique circule d’un personnage à l’autre. Et pendant que l’équipage panique, que fait Jonas ? Il dort au fond du navire. Son sommeil n’est pas une paix, mais on pourrait dire une fuite psychique. Lorsque Jonas reconnaît la cause du malheur, une nouvelle émotion apparaît chez les marins, la crainte sacrée. On passe de l’angoisse à une crainte du sacré. Puisque ce déplacement émotionnel permet de reconnaître que Dieu, le dieu de Jonas, est vraiment celui qui, finalement, calme la tempête.
Troisième grande angoisse, le désespoir et l’abandon. De fait, Jonas va être jeté à la mer. Il sera avalé par un gros poisson. Il va être engouffré dans les entrailles de ce grand poisson. Le fait de se référer à ce grand poisson est très évocateur de ce qui se passe dans le cœur de Jonas. Profondément angoissé, il va exprimer une prière, un psaume, dans lequel on retrouve des émotions extrêmes, détresses, sentiments d’engloutissement, expériences de mort imminente. Et au cœur de cette prière, Dieu va libérer et sauver Jonas, puisqu’il sera rejeté sur le rivage en question.
Quatrième grande émotion, la surprise au point d’en être irrité. Lorsque, finalement, Jonas proclame son message à Ninive, en le faisant de manière très rapide, puisque le texte dit bien que ça prenait trois jours pour traverser la ville, Jonas va le faire rapidement en une journée, pour éviter, effectivement, que sa parole puisse avoir une emprise dans le cœur des Ninivites. Mais à sa grande surprise, Jonas constate que non seulement les Ninivites, mais aussi les animaux font repentance. C’est quand même assez rigolo. Et voilà que le prophète est profondément irrité. Et de l’irritation, Jonas va passer maintenant à la colère, mais une colère vraiment culpabilisante pour Dieu, parce qu’il va faire des reproches au Seigneur. Jonas le dit bien, « Je savais bien que tu es un Dieu tendre et miséricordieux. » Alors là, vraiment, Jonas est dans une grande crise. Et ici, nous sommes au cœur de la crise du prophète, qui voit en fait une sorte de tension entre ce qu’il pense des païens et sa compréhension d’un Dieu qui, finalement, fait vraiment miséricorde.
Cette colère va non seulement entraîner Jonas dans une certaine dépression, mais aussi un désir de mort. Il va demander la mort. Il va quitter la ville de Ninive, s’asseoir dans le désert, et on le sait bien, dans le désert, sous le soleil, en quelques heures, c’est l’insolation et c’est la mort. Et voilà que Dieu intervient d’une manière un peu étrange. Il fait pousser un arbre, un ricin, pour que Jonas puisse bénéficier de l’ombre et survivre. Dieu le sauve à travers cette histoire. Et voilà que le lendemain, Dieu détruit cet arbre, et là aussi, de nouveau, Jonas est en colère. Et c’est ici que nous atteignons le sommet de ce livre de Jonas, puisque à la fin de ce récit, Jonas accueille cette parole d’un Dieu qui est tendre et miséricordieux, non seulement pour les Ninivites, mais aussi pour Jonas lui-même, puisqu’il fait l’expérience, effectivement, du salut de Dieu. Alors, la question que nous pouvons nous poser, puisque Jonas se réfugie dans les entrailles du navire, et j’utilise de manière très intentionnelle le mot entraille, puisque Jonas fait l’expérience d’être sauvé dans les entrailles du grand poisson, la question qui se pose, est-ce que Jonas peut, effectivement, oser plonger dans les entrailles de miséricorde de notre Dieu ?
Puisque nous le savons bien, en hébreu, le mot miséricorde et le mot tendresse sont très liés au mot entraille. Chesed ou Rahamim évoquent bien cette expérience des entrailles de compassion, de tendresse que Dieu nous offre pour vivre notre chemin de carême.
Est-ce que j’accepte, moi aussi, de plonger dans les entrailles de miséricorde du Seigneur ?
Merci pour votre attention. Bon carême et passez une très belle journée.
P. Mario — Jonas : Quand nos émotions nous éloignent de Dieu | Parcours de Carême | Parole et Évangile du jour | Mercredi 25 février • LE SECRET DE JONAS
Mardi 24 février
Peut-on tout demander à Dieu ?
Le texte de l’Évangile, c’est celui où Jésus nous demande de dire la prière que nous connaissons tous par cœur, le Notre Père.
Et ce texte, cette parole de Jésus, est évidemment située, comme toujours, dans un contexte. Le contexte nous dit, quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens. Il s’imagine que c’est en répétant le mot qu’ils vont en quelque sorte, alors je traduis dans mon sens, qu’ils vont fatiguer les dieux.
C’était l’expression des païens, « fatigaré déos ». Donc, ils s’imaginent qu’avec le rabâchage, alors le mot grec est délicieux, c’est le verbe « batalogène », alors on pourrait dire « ils batalogisent ». Voilà, en français, ça fait « blablabla ». Donc, ils s’imaginent qu’avec la force de leurs mots, ils vont faire précieux sur les dieux. Évidemment, Jésus dit qu’il ne faut pas faire comme ça, ça n’a aucun sens. Il faut, au contraire, se fier à Dieu et lui parler comme à un père.
Avant de dire « c’est notre père », Jésus ajoute « ne rabâchez pas comme les païens, car votre Père Céleste sait bien à l’avance tout ce dont vous avez besoin ». On peut se dire, s’il le sait, on n’a pas besoin de lui dire. Mais justement, les philosophes stoïciens à l’époque – vous savez, c’était un courant majoritaire à l’époque dans la culture grecque – les philosophes stoïciens qui savaient que Dieu sait bien d’avance ce que nous voulons lui demander, autrement il ne serait pas Dieu, disaient « les demandes sont inutiles ». « Non, dit Jésus, il ne s’agit pas de ça, il s’agit de ne pas rabâcher, de ne pas vous prétendre faire pression sur Dieu pour que nos mots, en quelque sorte, l’obligent, le contraignent à faire ce que nous voudrions ». Alors, on se dit, je reviens à ma question, si Dieu le sait, pourquoi lui demander ? La réponse, elle est « car votre Père Céleste sait bien ce dont vous avez besoin ». Père Céleste, ah ! Dieu est Père, voilà qui change tout. Ah ! S’il est Père et s’il est Bon-Père, il sait d’avance, il devine ce dont ses enfants ont besoin, Bon-Père ou Bonne-Mère d’ailleurs, ça vaut pour les deux parents.
Mais en même temps, s’il est Bon-Père ou Bonne-Mère, évidemment, il se garde bien de donner à ses enfants ce dont il sait pourtant bien qu’ils ont envie. Il leur ouvre, comme on dirait aujourd’hui, un espace de parole où va pouvoir se formuler la demande, si bien que ce que les enfants que nous sommes reçoivent, c’est pas simplement l’objet de besoins, le pain par exemple, mais en tant qu’il est, comment dirais-je, il est marqué du seau d’une parole qui est une parole d’amour, de confiance, comme une parole paternelle ou maternelle. Donc, on demande à Dieu parce qu’il est Père, on lui demande non pas pour le renseigner, il le sait, on lui demande parce que s’il est Père, il attend de nous que tout ce dont nous avons besoin, eh bien nous le lui confions, que ce soit la santé de la grand-mère, la réussite de l’enfant à son baccalauréat parce que ça va conditionner son avenir, etc.Toute demande est possible à condition qu’elle se fasse de manière, comme dit la tradition théologique et spirituelle, non pas comme un esclave, de manière servile, en voulant faire pression sur Dieu, mais de manière filiale dans la confiance.
Voilà. Alors qu’est-ce que Jésus nous demande de dire dans la confiance ? Eh bien c’est le Notre Père, le Notre Père c’est juif, c’est archi-juif, c’est toutes les formules sont juifs.Quand je pense qu’il y a des frères et des sœurs chrétiens qui ont quasiment oublié que Jésus était juif, comme s’il était tombé du ciel directement, mais non, mais non, mais non, toutes les formules sont juives, même Père, parce que les juifs invoquaient Dieu comme Père dans la prière synagogale des 18 bénédictions, mais avec une moindre insistance que nous les chrétiens, et puis tout à fait dans le même sens.
Mais autrement que ton nom soit sanctifié, sanctifier le nom, il faut savoir que le nom désigne la personne, donc que tu sois sanctifié, que ton règne, le royaume des cieux, le règne de Dieu est comparable à, que ta volonté soit faite, fiat voluntas tua, c’est la parole de Jésus au jardin de Zézémanie, donc ça commence par trois demandes à Dieu qui sont centrées sur Dieu, les trois premières, et puis ensuite il y a quatre demandes pour nous, le pain quotidien, la résistance à la tentation, etc. Donc tel est le Notre-Père, cette prière que Jésus, d’une certaine manière, n’a pas inventée et qu’il a complètement inventée, il ne l’a pas inventée, puisque je viens de le dire, tout vient de la tradition juive, et pourtant il l’a inventée au sens où il a rassemblé tout ça et où il lui a donné une portée nouvelle.La portée nouvelle, c’est que le Dieu auquel nous nous adressons, c’est son Père à lui, et par conséquent notre Père à tous. Le Notre-Père nous contraint, en quelque sorte, de sortir de notre individualisme post-moderne pour nous ouvrir à l’ensemble des chrétiens d’abord, mais aussi, on peut dire d’une manière indirecte, à l’ensemble de l’humanité, pour confier à Dieu ce dont nous avons besoin. Alors il y a aussi, je l’ai insinué tout à l’heure, il y a beaucoup de chrétiens qui se demandent, mais la prière de demande, jusqu’où ?
Eh bien, je l’ai dit tout à l’heure, tout est demandable à Dieu, à condition que cela soit fait de manière filiale.Saint Augustin disait, nous pouvons demander à Dieu tout ce qu’il nous ait permis de désirer. Je ne peux donc pas demander à Dieu de me venger de mon voisin, parce que ça, ce n’est pas désirable du point de vue chrétien, mais je peux lui demander, bien sûr, des choses spirituelles, mais aussi des choses matérielles. J’évoquais la santé de la grand-mère, ou les soucis de famille, ou le monde entier, comme on le voit d’ailleurs dans la prière universelle.L’important est que cette demande se fasse à un Dieu qui soit véritablement Père, et donc qu’elle se fasse dans la confiance, et pas avec le désir que cela fasse, en quelque sorte, pression sur Dieu. Évidemment, pour que notre prière soit filiale, comme dit saint Paul, il nous faut l’Esprit Saint, voilà. L’Esprit que vous avez reçu, écrit-il dans la lettre aux Romains, l’Esprit que vous avez reçu, ne fait pas de vous des esclaves qui ont encore peur, il fait de vous des fils, des fils qui crient Abba, Père, c’est-à-dire quasiment Papa.
Alors ce travail de l’Esprit Saint en nous, est un travail qui rend notre prière filiale, et non pas simplement une prière servile ou une prière d’esclaves. Il nous arrive dans nos églises de chanter, moi j’aime bien chanter, même si je la vois casser, et souvent je termine mon homilie d’ailleurs par un chant qui fait partie de l’homilie, mais à la suite de ce que je viens de vous dire, j’ai envie de vous inviter à chanter, vous le connaissez, beaucoup le connaissent, écoute, entend la voix de Dieu, à celui qui a soif, il vient se révéler, écoute, que tout en toi se taise, que tout en toi s’apaise, et que parle ton Dieu, écoutez le Christ qui nous demande, puisqu’il nous parle, écoutez sa demande, quand vous priez, ne rabâchez pas, mais faites-le de manière filiale, et dites en communion avec tous les chrétiens, et même au nom de l’humanité, Notre Père qui es aux cieux.
Voilà, et peut-être comme, comment j’allais dire, un peu comme point d’effort peut-être pour ce carême, peut-être pouvons-nous demander à Dieu la grâce de comprendre que notre insistance auprès de lui dans la prière ne fait pas de nous, pour lui, des importuns.Voilà, il y a une insistance qui est une insistance filiale et qui n’est pas du rabâchage, et qui se fait à partir de cette conviction de foi que Dieu nous tend a priori une oreille bienveillante, une oreille paternelle, et que donc il attend de nous que nous allions à lui pour lui confier ce dont nous avons besoin pour nous-mêmes, nos familles, nos proches, et bien sûr le monde entier.
P. Louis-Marie Chauvet — Peut-on tout demander à Dieu ? | Parcours de Carême | Parole et Évangile du jour | Mardi 24 février • « Ne rabâchez pas comme les païens »
Lundi 23 février
La charité n’est pas une émotion
Nous sommes en 2026 et nous vivons dans une époque où il n’a jamais été aussi simple de s’indigner et de s’émouvoir. Un clic sur un réseau social, un emoji cœur sous une vidéo bouleversante, une larme versée devant le journal télévisé, nous sommes souvent persuadés que parce que nous avons ressenti de la compassion, nous avons fait preuve de charité. Pourtant, l’évangile du jugement dernier que nous méditons agit comme une douche froide sur nos bons sentiments.
Dans cette grande fresque finale, Jésus ne nous interroge pas sur nos états d’âme. Il ne nous demande pas si nous étions tristes pour les affamer, il nous interroge sur nos gestes. Car la charité n’est pas une émotion, c’est une décision.
La charité complète, c’est l’amour qui se fait main. Si vous observez bien le texte de saint Matthieu d’ailleurs, vous remarquerez une absence frappante. Jésus n’utilise aucun adjectif.Il ne dit pas « j’étais affamé et vous avez été très sensible à ma situation », il utilise des verbes d’action. « Donner à manger, donner à boire, accueillir, habiller, visiter ». La charité est un verbe transitif. Elle demande un sujet, moi, une action concrète et un complément, mon frère.Sans le verbe, la phrase de notre vie chrétienne reste suspendue dans le vide.
Le Christ ne nous attend pas dans nos pensées ou dans nos intentions, il nous attend au bout de nos doigts. La charité complète, c’est l’amour qui franchit la barrière de notre propre confort pour aller toucher la réalité de l’autre.Parfois, nous ne passons pas à l’action parce que nous voulons trop bien faire.
Nous voudrions éradiquer la pauvreté, changer le système, résoudre les crises mondiales. Et devant l’immensité de la tâche, nous restons paralysés.
Mais regardez la liste de Jésus, elle est d’une simplicité déroutante. Il ne faut pas réformer la justice, mais il demande de visiter un prisonnier. On n’a pas à résoudre la crise de l’eau, on a juste à donner un verre d’eau à une personne.
La charité complète n’a pas besoin d’être spectaculaire. Elle consiste à oser la politique du petit pas. Un sourire à quelqu’un que tout le monde évite, c’est déjà habiller sa dignité.Une demi-heure d’écoute, c’est déjà nourrir une soif. C’est là que se joue notre éternité. Dans le micro-détail de nos journées, un évêque me disait souvent « il y a des regards qui envisagent et des regards qui divisagent ».
Pourquoi Jésus insiste-t-il autant sur l’acte concret ? Parce que l’action est le seul test de vérité de notre foi.Tant que je reste dans l’intention, je reste le héros de ma propre vie. Regardez comme je suis quelqu’un de bon puisque je suis ému. Mais quand je me baisse pour aider, le centre de gravité change, c’est l’autre qui devient le centre.L’action nous décape de notre égoïsme. De plus, l’action rend Dieu visible. Dieu est invisible pour le monde, mais la seule façon de le rendre visible, c’est de mettre notre charité en acte.C’est de le montrer à ceux qui souffrent. C’est à travers les bras que nous tendons que les autres peuvent voir que Dieu existe. Nous sommes littéralement les mains du Christ.
S’il n’y a pas d’action de notre part, l’action du Christ ne sera jamais visible. Et il reste une simple idée pour beaucoup de nos contemporains. En conclusion, ce récit du jugement n’a rien d’effrayant, c’est simplement un réveil.Le châtiment de ceux qui n’ont rien fait n’est pas une vengeance divine, c’est simplement le résultat d’une vie passée à côté de l’essentiel, une vie qui n’a jamais appris à sortir de soi.
Ce soir, ou demain, ne nous demandons pas qu’est-ce que je ressens pour les pauvres, mais demandons-nous qu’est-ce que j’ai fait aujourd’hui pour l’un de ces plus petits. Car au soir de notre vie, comme le disait saint Jean de la Croix, nous serons jugés sur l’amour, et l’amour, c’est ce que nos mains auront semé.Prions ensemble la prière de sainte Faustine pour devenir miséricordieux. Seigneur, je désire me transformer tout entier en ta miséricorde, et être ainsi un vivant reflet de toi. Ô Seigneur, que le plus grand des attributs divins, ton insondable miséricorde, passe par mon âme et mon cœur sur le prochain.Aide-moi Seigneur, pour que mes yeux soient miséricordieux, que je ne soupçonne jamais, ni ne juge d’après les apparences extérieures, mais que je discerne la beauté dans l’âme de mon prochain, et que je lui vienne en aide.
Aide-moi Seigneur, pour que mon oreille soit miséricordieuse, afin que je me penche sur les besoins de mon prochain, et ne reste pas indifférent à ses douleurs ni à ses plaintes. Aide-moi Seigneur, pour que ma langue soit miséricordieuse, afin que je ne dise jamais de mal de mon prochain, mais que j’ai pour chacun un mot de consolation et de pardon.Aide-moi Seigneur, pour que mes mains soient miséricordieuses et remplies de bonnes actions, afin que je sache faire du bien à mon prochain, et prendre sur moi les tâches les plus lourdes et les plus déplaisantes. Aide-moi Seigneur, pour que mes pieds soient miséricordieux, pour me hâter au secours de mon prochain, en dominant ma propre fatigue et ma lassitude.
Mon véritable repos est de rendre service à mon prochain.Aide-moi Seigneur, pour que mon cœur soit miséricordieux, afin que je ressente toutes les souffrances de mon prochain. Je ne refuserai mon cœur à personne. Je fréquenterai sincèrement même ceux qui, je le sais, vont abuser de ma bonté, et moi, je m’enfermerai dans le cœur très miséricordieux de Jésus.Je taierai mes propres souffrances. Que ta miséricorde repose en moi, oh mon Seigneur. C’est toi qui m’ordonnes de m’exercer aux trois degrés de la miséricorde.
Le premier, l’acte miséricordieux, quel qu’il soit. Le second, la parole miséricordieuse. Si je ne puis aider par l’action, j’aiderai par la parole.Le troisième, c’est la prière. Si je ne peux témoigner la miséricorde ni par l’action, ni par la parole, je le pourrai toujours par la prière. J’envoie ma prière même là où je ne puis aller physiquement.Oh mon Jésus, transforme-moi en toi, car tu peux tout. Aujourd’hui, je vous propose un défi.
Prenez 15 minutes pour discerner un par-deux que vous devez donner ou que vous devez demander.
Corentin Dugast — La charité n’est pas une émotion | Parcours de Carême | Parole et Évangile du jour • Le visage de Dieu dans le plus petit
Dimanche 22 février
La tentation n’est pas un péché
Chers amis de Cathoglad, nous voici lancés dans ce temps béni du carême, cette quarantaine qui va nous préparer aux joies pascales. Avec ce premier dimanche de carême, nous sommes centrés bien sûr sur l’évangile des tentations de Jésus au désert. Un texte que l’Église n’a pas placé par hasard en ce premier dimanche de carême, car il a bien sûr une portée spirituelle incroyablement forte, incroyablement puissante.
Vous le savez, ces 40 jours que le Christ a passé au désert, au cours duquel il a été tenté, se situent juste après son baptême. Au baptême, sa filiation divine a été manifestée avec une grande puissance. La voix du Père a résonné « Tu es mon Fils bien-aimé, moi je t’ai engendré ». Et ce que l’adversaire, Satan, va vouloir mettre à mal, c’est précisément cette identité divine de Jésus.
Alors, plongeons tout de suite dans chacune de ces trois tentations. On pourrait évidemment imaginer que, spontanément, le Christ veuille nous donner à travers ces trois tentations un enseignement. Ce serait à nous de veiller à résister à l’attrait des choses matérielles, l’attrait du pouvoir, l’attrait aussi de mettre Dieu à l’épreuve.
C’est vrai, bien sûr, mais cela va plus loin et ça a une portée aussi qui s’inscrit dans l’histoire du peuple saint. Car finalement, les trois tentations que Jésus vint répondent à celles dont le peuple hébreu a été éprouvé au désert pendant les quarante années de la traversée au désert. Et finalement, là où le peuple d’Israël a échoué, très clairement, le Christ, lui, va l’emporter.
Alors, faisons un petit peu mémoire, si vous voulez, de cela. La première tentation, bien sûr, fait référence, en arrière fond, à la manne. Qu’est-ce qui s’est passé ? Le peuple récrimine, il a faim.
Et donc, bien sûr, la première tentation qui concerne le fait de transformer des pierres en pain, eh bien, vient, bien sûr, répondre. Jésus est vainqueur de cette première tentation où le peuple a échoué, où il a récriminé, il n’a pas fait confiance à Dieu. Deuxième tentation, c’est bien sûr, en réponse à cet épisode du livre de l’Exode, où le peuple récrimine et met Dieu à l’épreuve.
Ça s’est passé à Massa et Méribah. Et vous savez que c’est à ce moment-là que Moïse va, avec son bâton, faire jaillir l’eau du rocher et répondre à la soif du peuple, et donc répondre à cette récrimination. D’ailleurs, le mot de Massa, en hébreu, veut dire mettre à l’épreuve, tenter.
Et donc, c’est le même mot que Peyrasmos, un mot grec, qui veut dire tentation, épreuve. Jésus va être donc vainqueur de cette deuxième mise à l’épreuve, là où le peuple hébreu, lui, avait échoué. Et puis enfin, le troisième épisode, vous savez, c’est en rapport avec Exode 23, où il est demandé au peuple, bien sûr, de ne pas céder à d’autres divinités, de ne pas adorer d’autres dieux que le Dieu unique.
Et nous le savons bien, le peuple hébreu, là aussi, va échouer. Vous avez tous en tête, bien sûr, l’épisode du vaudeau et quantité d’autres choses. Et Jésus, bien sûr, lui, est aussi vainqueur de cette troisième tentation.
Donc, c’est très beau de voir que, finalement, c’est l’accomplissement parfait en Jésus, qui est le Messie tant attendu par Israël, et là où le peuple élu a échoué dans sa fidélité, Jésus, lui, sera parfaitement fidèle, loin de Dieu. Et l’apostrophe O-I-N-T, celui qui a reçu l’onction, le Messie tant attendu. Alors, je le disais tout à l’heure, le mot qu’on trouve pour exprimer le mot tentation dans l’évangile, c’est peirasmos, en grec, qui veut dire tentation ou épreuve.
Chers amis, quand nous parlons de tentation, je me rends compte que souvent, dans le peuple chrétien, et là, c’est le confesseur aussi qui parle, il peut y avoir une confusion. Car la tentation, ce n’est pas le péché. Et il est bon de le rappeler, parce que souvent, nous avons des personnes qui sont tentées, et donc qui sont parfois durement éprouvées par la tentation, qui viennent se confesser, demander pardon pour le fait d’être tenté.Mais non, le péché, c’est de céder à la tentation, mais pas d’être tenté.
Et donc, je crois qu’il est vraiment très important, chers amis de Cateauglade, au début de ce carême, de se le rappeler. C’est normal d’être tenté, c’est normal d’être éprouvé.Là où le bon Dieu nous attend, c’est précisément d’entrer dans cette lutte, et de ne pas céder à la tentation. Et c’est si nous cédons à la tentation qu’il faut bien sûr nous en confesser. Mais nous n’avons pas besoin de nous confesser du fait d’être tenté.
Donc oui, il est bon de nous le rappeler, et donc de ne pas être, de nous sentir coupables, ou d’éprouver une culpabilité, ou avoir donc des scrupules sur des choses qui ne sont pas légitimes. Alors oui, nous voulons surtout imiter notre Seigneur Jésus-Christ, lui qui, comme le dit l’épître aux Hébreux, a été éprouvé en tous points, mais sans péché. Et donc c’est bien sûr là notre grand modèle, et pendant cette quarantaine, ce temps quadragésimal, nous allons vraiment pouvoir suivre pas à pas le Seigneur Jésus, qui justement déjoue les ruses de l’adversaire, et au coeur de sa tentation, ne pêche pas.
Alors toutes les tentations que les hommes devaient subir, le Seigneur les a subies le premier dans la chair qu’il a pleinement assumée, mais s’il est tenté, c’est pour que nous aussi, nous puissions être victorieux. Alors c’est la grâce que nous demandons en ce premier dimanche de carême, tout au long de ces 40 jours, et bien que nous puissions, au coeur de l’épreuve des tentations, à son exemple, être vainqueurs.
Alors chers amis de Cathoglad, pour que vous soyez au coeur de l’épreuve des tentations, non seulement pendant ces 40 jours, mais tout au long de votre vie, pour que vous soyez vainqueurs de ces tentations, et que vous soyez en tout point fidèles à l’exemple de notre Seigneur Jésus-Christ, et bien je vous bénis de grand coeur, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Amen.
Samedi 21 février
Corentin Dugast | Parcours de Carême
Nous vivons dans un monde fasciné par la performance. Nos écrans sont peuplés de super-héros, des êtres aux muscles d’acier, au courage infaillible, capables de sauver l’univers sans jamais verser une larme ou douter de leur mission. Inconsciemment, nous avons fini par adapter ce filtre à nos bibles.
Quand nous pensons aux apôtres, nous voyons souvent des statues de marbre ou des vitraux figés, des hommes d’une piété héroïque que rien ne semble pouvoir ébranler. Pourtant, le plus beau cadeau que les évangiles nous font, c’est de nous montrer exactement le contraire. Les disciples ne sont pas des super-héros, et s’ils ne le sont pas, c’est pour que nous puissions, nous aussi, trouver notre place à la suite du Christ.
Regardez d’abord le casting choisi par Jésus. S’il avait voulu monter une équipe de chocs pour conquérir le monde, il serait allé chercher les brillants orateurs de Jérusalem, les stratèges romains ou les experts de la loi. Au lieu de cela, il s’arrête au bord d’un lac et appelle les pêcheurs.
Il s’arrête devant un bureau de douane et appelle un collecteur d’impôts. Jésus ne cherche pas un CV impeccable, il cherche des cœurs disponibles. Il ne choisit pas des champions de la vertu, il choisit des hommes ordinaires, pétris de contradictions. En un mot, il prend des blaireaux. Tout au long des récits évangéliques, nous assistons à ce qu’on pourrait appeler le musée des faux pas. Les disciples sont souvent lents à comprendre.
Jésus leur parle de don de soi, il se dispute pour savoir qui est le plus grand. Il leur parle de sa passion, ils s’endorment de fatigue et de peur. Quand la tempête fait rage, ils oublient tous les miracles qu’ils ont vus la veille et crient « Maître, nous périssons ! » Et que dire du moment crucial ? Pierre, le roc, finit par nier qu’il connaît son ami.
Judas le trahit, les autres s’enfuient. NDB, Notre-Dame des Blaireaux, priait pour nous. Si l’évangile était une légende pour nous impressionner, on aurait gommé ses faiblesses.Mais si elles sont là, c’est pour nous dire une vérité fondamentale. La sainteté, ce n’est pas la perfection. Un super-héros tire sa force de ses propres pouvoirs, d’une mutation ou d’un gadget technologique.Le disciple, lui, tire sa force d’un autre. Il tire sa force d’en haut.
Sa seule super-capacité, c’est sa capacité à reconnaître qu’il a besoin d’aide.Sa force ne réside pas dans son armure, mais dans sa fêlure. Car c’est par la fêlure de notre fragilité que la grâce de Dieu peut enfin passer. Saint Paul le résumera magnifiquement plus tard, « C’est quand je suis faible que je suis fort ». Cette réalisation est libératrice.
Elle nous donne une sorte d’autorisation spirituelle. Elle nous dit « Tu as le droit d’être fatigué, tu as le droit de douter, tu as le droit de rater ton coup ». Jésus n’attend pas que nous soyons des athlètes de la foi pour nous confier une mission, il nous envoie tel que nous sommes. Le témoignage de Pierre n’est pas puissant parce qu’il n’a jamais chuté, il est puissant parce qu’après avoir chuté, il a croisé le regard miséricordieux de Jésus et qu’il s’est relevé.
Être disciple, ce n’est pas réaliser des exploits pour Dieu, c’est consentir à laisser Dieu réaliser son œuvre en nous. C’est accepter que nous ne sommes pas les sauveurs du monde, mais que nous sommes les amis du Sauveur. Alors aujourd’hui, si vous vous sentez petit, si vous avez l’impression que votre foi est trop fagile ou que vos limites sont trop grandes pour servir Dieu, réjouissez-vous, vous avez exactement le profil des apôtres.
Déposez vos masques de super-héros, déposez cette pression de devoir toujours réussir votre vie spirituelle. Le Christ ne nous demande pas de voler au-dessus des nuages, il nous demande, comme à Lévi, comme à Pierre, de nous lever et de marcher à sa suite, avec nos doutes et nos sandales poussiéreuses.
Car le secret des disciples, ce n’était pas leur force, c’était leur fidélité à toujours recommencer après chaque chute, les yeux fixés sur celui qui les aimait tel qu’ils étaient.Seigneur, donne-nous la force de la faiblesse, donne-nous le courage d’accueillir nos limites et nos petitesses. Aujourd’hui, je m’abandonne à toi, je fais ce petit pas vers toi pour que tu puisses me tendre la main et m’accueillir tel que je suis.
Aujourd’hui, je vous propose un défi, prendre 15 minutes en silence, en oraison, ou simplement face à une icône et à une croix, pour vous offrir et vous présenter à Dieu tel que vous êtes.
Vendredi 20 février
• Cherchez le bien, non le mal, afin de vivre
L’attitude du Christ, une fois encore, est paradoxale.
Les pharisiens viennent le voir en lui disant « Nous nous jeûnons, et tes disciples ne jeûnent pas. » Et ils sont fiers de leur attitude. Comme nous, souvent, nous parlons à Dieu en lui disant « Seigneur, j’ai fait ceci, je fais cela, j’ai fait tel effort, j’ai passé mon carême à renoncer à telle ou telle chose, et pourtant, tu n’écoutes pas mes prières.»
Alors, le Christ a une attitude paradoxale parce qu’il leur répond que ce qui lui plaît, ce n’est pas tellement l’attitude extérieure, les gestes extérieurs, mais évidemment, ce qui plaît à Dieu, c’est un cœur contrit. Et le cœur contrit, c’est une attitude, c’est une intention de notre âme envers Dieu. Évidemment, elle s’exprime dans des gestes extérieurs, mais ce qui fait la grandeur de ces gestes, ce qui fait leur valeur aux yeux de Dieu, c’est le sentiment que l’on met, notre volonté à plaire à Dieu, notre désir de devenir meilleur, notre désir de grandir dans l’amour de Dieu. Comme on l’a entendu dans la lecture du prophète Isaïe, celui qui fait le jeûne, mais qui par ailleurs manque de charité envers son prochain, n’est pas dans cette intention, n’est pas juste dans cette attitude de l’âme que réclame Dieu de la part d’un cœur contrit qui veut véritablement grandir dans l’amour de Dieu.
Alors, prenons cet enseignement pour nous-mêmes. Le carême a déjà commencé depuis quelques jours, et nous avons sûrement, avec générosité, fait telle ou telle œuvre, fait tel ou tel sacrifice, renoncé à telle ou telle chose, mais qu’en est-il de notre cœur ? Qu’en est-il de notre désir de suivre le Christ sur le chemin de la croix ? Qu’en est-il de notre intention véritablement d’entendre la parole de Dieu, de nous convertir et de tourner notre âme vers Dieu ? Faisons donc un bilan au bout de quelques jours, déjà de carême, en nous demandant si les efforts que nous avons faits, nous les avons vraiment faits par générosité, nous les avons vraiment faits sous le regard de Dieu et avec l’honnêteté qui convient à celui qui veut véritablement plaire à Dieu. Alors, me direz-vous, comment faire la différence entre un jeûne qui est fait dans l’esprit de Dieu, selon la volonté de Dieu, et un jeûne qui serait un jeûne hypocrite ? Comment faire la différence et comment ne pas tomber dans cette erreur des pharisiens ?
Eh bien, l’Évangile nous donne l’enseignement central, à savoir que ce qui fait la beauté du carême, la beauté du jeûne, c’est lorsque le Christ est placé au centre, lorsque le Christ est véritablement présent au milieu de nous, présent dans notre vie, présent dans nos rapports avec les autres, présent dans le culte que nous rendons à Dieu chaque jour. Ce qu’il faut comprendre, finalement, c’est que celui qui jeûne n’est pas dans la tristesse parce que, et à condition qu’il fasse ses sacrifices, pour et par amour de Jésus-Christ. Celui qui a le Christ avec lui, peut renoncer à toute chose sans s’en attrister parce qu’il a avec lui ce qui compte par-dessus tout.
C’est l’enseignement, d’ailleurs, que nous donnent tous les grands saints, tous les grands religieux, tous ceux qui ont abandonné le monde, y compris les grands ascètes, ceux qui sont partis dans le désert, ceux qui ont tout abandonné, que ce soit les carmélites, que ce soit les franciscains, les franciscaines, tous ces religieux qui ont quitté le monde pour s’attacher à la seule chose qui en vaille la peine, à savoir notre Seigneur Jésus-Christ. Alors voilà, finalement, ce que doit signifier le carême du chrétien. Non pas renoncer pour renoncer, non pas renoncer pour s’enorgueillir d’avoir réussi à vaincre telle ou telle chose, mais renoncer pour se concentrer sur Jésus-Christ et pour posséder la seule chose qui vaut la peine, à savoir Dieu lui-même au milieu de nous.
Au final, ce que nous enseigne l’Église aujourd’hui dans ses textes du carême, c’est qu’il vaut la peine de renoncer à toute chose pour réaliser la richesse que c’est d’avoir Jésus-Christ à côté de soi. D’avoir Jésus-Christ comme ami, d’avoir Jésus-Christ dans son âme par la grâce, par la grâce des sacrements, par la grâce de l’Eucharistie, et que la présence de Dieu est une source de joie, de cette joie humaine ici-bas, mais qui va évidemment s’accomplir dans la joie de l’éternité. Voilà ce à quoi nous sommes appelés à quitter toutes les choses matérielles, toutes les choses finies, toutes les choses secondaires, pour finalement, au ciel, n’avoir que Dieu, parce que nous savons que ce Dieu est infini, il est parfait, il réjouit, il rassasit totalement notre cœur.
Concluons cette courte méditation par une prière en demandant à Dieu de venir, pendant ce temps de carême, nous libérer de toutes ces chaînes qui nous rattachent au monde et qui nous empêchent de nous élever vers la plénitude de sa présence. Seigneur Jésus, faites de ce temps de carême un temps de conversion pour mon âme, un temps de renoncement, un temps pendant lequel je pourrais me libérer de ces chaînes qui me raccrochent à la matière, au monde, au plaisir, afin de libérer mon âme et de la faire grandir dans votre amour, dans votre présence. Le péché, ma faiblesse, mes blessures font que je m’attache trop à ces choses du monde que vous m’avez données, néanmoins, pour mon bonheur.
e veux, pendant cette période du carême, apprendre à m’en détacher volontairement afin d’être plus libre pour vous, afin de vous laisser plus d’espace dans mon âme, dans ma vie, pour vous laisser rayonner, pour vous laisser vivre en moi, pour aussi que cette présence de Dieu rayonne dans le monde. Voilà ce que je vous demande, que mon jeûne, mes sacrifices, mes renoncements soient faits d’un cœur sincère. Venez me transformer intérieurement, Seigneur, afin de rendre mon cœur semblable au vôtre.
Alors pour aujourd’hui, prenons la résolution de faire un petit sacrifice de jeûne, renoncer à quelque chose, mais en cachette. Que ce à quoi nous renonçons, que ce soit dans le repas, que ce soit dans la qualité de la nourriture, que ce soit dans le temps des crans, que ce soit dans toutes les choses qui nous occupent et qui gâchent notre vie chrétienne, faisons-le aujourd’hui de façon discrète, sans que personne ne le voit, pour que ce renoncement soit véritablement une conversion du cœur vers Jésus-Christ, et non pas une recherche de satisfaction personnelle. Chers amis, pendant ce carême, nous veillons à ce que nous mettons dans notre cœur.
Jeudi 19 février
• Après les cendres | Porter sa croix
Bonjour à tous, aujourd’hui c’est le deuxième jour du carême, on commence un long chemin de 40 jours avec Jésus jusqu’à sa résurrection, mais on va passer par tellement d’épreuves et lui surtout il va passer par tellement de déserts, tellement de moments paradoxaux, il va être 40 jours au désert puis après il va vivre la semaine sainte, il va vivre le rejet, il va vivre des moments difficiles, il va être abandonné par ses disciples, il va se retrouver seul, il va passer en jugement, bref c’est un moment paradoxal alors que lui et Dieu, d’un coup il vit des choses qui sont tellement difficiles, et en fait vous savez quoi, ça nous rejoint et ça parle de nous, en fait Dieu nous montre combien il est avec nous, combien Dieu nous rejoint, combien Dieu en fait vit exactement les mêmes choses que nous, comment Dieu vient toucher notre vie en nous disant, mais ce que tu vis actuellement, en fait je le sais, je le connais, je l’ai senti, ce rejet que tu vis dans ton couple, ce rejet que tu vis dans ton travail, ce rejet que tu peux vivre dans ta famille, bref je le connais, parce que moi-même je l’ai vécu, c’est ce qu’on va essayer de vivre durant le carême, de suivre Jésus de plus près, de nous asseoir à côté de lui au désert, de nous asseoir à côté de lui le jeudi saint, de le suivre jusqu’à la croix avec Marie, en fait tout ce qu’on essaie de vivre, c’est que nos vies d’un coup deviennent un peu plus proches de lui pendant ces 40 jours, et il y a un paradoxe avec Jésus, parce que lorsqu’il faut le suivre, d’un coup on prend la route apparente où on a la sensation que d’abord il perd sa vie, mais nous aussi d’une certaine manière, donner sa vie à Jésus c’est perdre un peu des choses de nous, et c’est ce qu’il nous demande pendant ce carême, en fait qu’est-ce qu’on peut laisser derrière nous pour le suivre lui ? C’est toute la question peut-être qu’il faut qu’on se pose aujourd’hui, qu’est-ce qu’on doit laisser maintenant pour le suivre lui ?
Ça c’est un paradoxe, c’est-à-dire que Jésus lui prend sa croix pour nous sauver, alors tu pourrais dire ça pourrait être plus joyeux, ça pourrait être plus sympa comme salut, non, Jésus va souffrir et nous, qu’est-ce qu’on doit laisser de notre vie pour que Dieu puisse venir dans notre vie ? Qu’est-ce qu’on doit abandonner ? Quelle est la mauvaise attitude ? Quelle est la mauvaise habitude ? Quel est le chemin qu’on prend d’habitude ? Peut-être le chemin de la colère, le chemin de l’égreur, le chemin de la rancune, quel est le chemin qu’on doit abandonner pour pouvoir suivre Jésus de plus près ? Ça c’est une question qu’on peut se poser pour notre carême, et pour démarrer notre carême, c’est-à-dire, Seigneur moi je veux te suivre au désert, mais alors quelle route je dois abandonner ?
En ce moment peut-être que vous avez de la colère dans votre cœur, peut-être que vous avez de l’incompréhension dans votre vie, peut-être que vous avez des choses en ce moment qui vous abattent de tristesse, peut-être que vous avez des décisions à prendre et que vous savez même pas ce que vous allez faire, il y a 40 jours où Jésus vous propose de s’asseoir à côté de lui et maintenant de le suivre de plus près. Alors je vous souhaite une bonne route, non pas vers vous-même, mais vers Jésus.
Commentaire du mercredi 18 février
•Le Carême est un retour au Père
Chers frères et sœurs de Kathoglad, aujourd’hui c’est le temps favorable. Nous sommes le mercredi décembre, le premier jour de ce carême 2026 et l’Église nous donne des textes de la parole de Dieu choisis spécialement pour nous aider à entrer dans ce combat spirituel de 40 jours. Nous avons deux messagers, le prophète Joël et l’apôtre Paul.
Tous les deux parlent au nom de Dieu. Lorsqu’ils parlent, lorsqu’ils ouvrent la bouche, c’est comme si Dieu lui-même s’adressait à nous. Le prophète Joël de son côté nous dit « maintenant revenez à moi de tout votre cœur, oracle du Seigneur » et saint Paul lui-même nous dit « je suis ambassadeur du Christ et au nom du Christ nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu ». C’est comme si à travers ces deux paroles, Jésus lui-même venait face à chacun d’entre nous, nous regardait et nous disait « je t’en supplie, reviens à moi ». Voilà le sens de ce mercredi décembre.
Il s’agit de revenir vers Dieu. Il ne s’agit pas de devenir une meilleure version de nous-mêmes, il ne s’agit pas de devenir des meilleurs chrétiens aux yeux des autres, il s’agit de revenir vers Dieu, c’est pour lui que nous faisons ce carême. Alors c’est pour ça que Jésus dans son enseignement sur le jeûne, la prière et l’aumône qui constitue le cœur de l’évangile de ce mercredi décembre, c’est pour ça que dans cet enseignement Jésus nous dit de ne pas faire ce que nous faisons pour essayer de devenir des justes devant les hommes.
Le mot qui apparaît le plus dans cet évangile, ce n’est pas le mot jeûne, ce n’est pas le mot aumône, ce n’est même pas le mot prière. Le mot qui apparaît le plus dans cet évangile, c’est le mot père, parce que c’est pour lui que nous devons faire ces efforts de prière, de jeûne et d’aumône. Si nous devons jeûner, c’est pour faire de la place en nous, pour que le mystère de Dieu puisse reprendre sa place naturelle, le centre, le centre de notre vie.
Le pape Léon XIV nous a écrit un message pour ce carême, et c’est cela qu’il nous dit. Le carême est fait pour remettre le mystère de Dieu au centre de notre vie. Pendant le reste de l’année, peut-être que subtilement, sans nous en rendre compte, notre vie spirituelle, notre vie avec Dieu devient un peu comme une cerise sur le gâteau, devient un peu comme un bonus à côté de ma vie professionnelle, familiale, sociale, amicale.
Le carême, c’est ce moment pour revenir à Dieu et remettre Dieu à sa place, la place qui est la sienne, c’est-à-dire la première. Il est le centre de notre vie et il doit le redevenir. Donc le carême, puisque le centre de cet évangile est le mot Père, le carême avec les trois moyens que Jésus nous enseigne, le jeûne, l’aumône et la prière, est un remède pour remettre Dieu au centre, pour remettre notre relation au Père en priorité avant toutes nos autres relations.
Jésus nous dit, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Jésus nous dit, quand tu jeûnes, ne jeûne pas pour les hommes, mais jeûne pour ton Père, ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Et quand tu pries, ne prie pas pour les hommes, mais retire-toi dans ta chambre la plus secrète, ferme la porte et prie ton Père qui voit dans le secret.
Jésus, en nous donnant ces trois moyens concrets de revenir à Dieu, nous dit, attention, ne te trompe pas, c’est un remède pour remettre Dieu au centre de ta vie. Ce n’est pas un remède pour devenir une meilleure version de toi-même, ce n’est pas un remède pour chercher à enlever telle culpabilité de ta conscience ou de ta psychologie. Le but, c’est l’union à Dieu.
Alors, si tu commences ce carême sans reconnaître le manque qu’il y a en toi, si tu commences ce carême sans te rendre compte que l’union à Dieu n’est pas assez forte dans ta vie, eh bien tu risques d’utiliser un remède pour une maladie que tu n’as pas encore reconnue. La première chose à faire en ce mercredi-décembre, c’est de reconnaître cela. C’est pour cela que ces textes nous invitent à reconnaître notre péché.
Le prophète Joël nous le dit, déchirez votre cœur. Le psaume 50 que nous lisons, pitié pour moi mon Dieu dans ton amour, pitié car j’ai péché contre toi. Nous ne pouvons pas commencer ce carême si nous ne reconnaissons pas que Dieu n’a pas assez de place dans notre vie.
Et ça c’est une autre manière de dire, si nous ne reconnaissons pas, que nous sommes pécheurs, tout simplement. Et oui, pour prendre un remède, il faut d’abord avoir conscience de la maladie, que ce remède doit venir guérir. Alors, chers frères et sœurs, comme le dit le pape Benoît XVI, celui qui jeûne sans se nourrir de la parole de Dieu, eh bien ne s’est pas vraiment jeûné.
Alors je vous propose un effort concret aujourd’hui pour que les efforts que nous avons à faire pendant ce carême, et spécialement le jeûne et l’abstinence d’aujourd’hui mercredi décembre, c’est-à-dire un seul repas dans la journée sans viande, pour que ce jeûne soit vraiment un jeûne spirituel, un jeûne pour Dieu, pour l’union à Dieu. Eh bien, je vous propose de remplacer par exemple un des repas que vous allez sauter pour jeûner par un temps de lecture de la parole de Dieu. Parce que celui qui jeûne, comme le dit Benoît XVI, doit apprendre à se nourrir de la parole de Dieu.
Le jeûne, la prière et l’aumône sont là pour ouvrir un espace dans notre cœur, ouvrir un espace où Dieu puisse venir habiter. Voilà le sens de ce carême. Si tu regardes cette vidéo, si tu as prévu, et il faut le faire, d’aller à la messe pour ce mercredi décembre, c’est que déjà, déjà la grâce de Dieu t’a été donnée pour t’aider à reconnaître cette vérité, que tu es pécheur, que je suis pécheur, que chacun d’entre nous est pécheur. C’est pour cela que l’Église, dans cette messe du mercredi décembre, nous donne un signe très concret, recevoir la cendre en forme de croix sur notre front. C’est une manière de marquer, comme les juifs dans l’Ancien Testament le faisaient pour reconnaître leur péché devant Dieu, c’est une manière de marquer sur notre corps cette reconnaissance dans notre cœur que nous sommes pécheurs. Alors, n’aie pas peur, le Seigneur est déjà venu te chercher.
Encore une fois, si tu regardes cette vidéo, si tu vas à la messe du mercredi décembre, c’est que déjà la grâce agit en toi pour t’aider à reconnaître que Dieu te manque, que ton père te manque, que ton père du ciel n’est pas assez présent dans ta vie, parce que le péché te rend orphelin, il te coupe de ton père. La chose dont tu as le plus besoin dans ce carême, c’est de le retrouver lui, de retrouver ton père. Alors, comme Jésus nous le dit, jeûne, fais l’aumône et prie, mais tout cela pour ton père, pour reconnaître que tu es son enfant, pour revenir à lui de tout ton cœur, et alors ton carême sera un carême selon le cœur de Dieu.
Pour finir, je vous propose de reprendre une petite prière que vous entendrez à la messe du mercredi décembre, que le prêtre dit au début de la messe, ce qui s’appelle la collecte ou l’oraison. Dans cette prière, nous demandons à Dieu ce dont nous avons besoin pour bien commencer ce carême. Prions le Seigneur. Accorde-nous Seigneur de savoir commencer saintement par une journée de jeûne, notre entraînement au combat spirituel, que nos privations nous rendent plus forts pour lutter contre l’esprit du mal. Par Jésus-Christ ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu, qui vis et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Amen. Des chers frères et sœurs de Kathoglad, que le Seigneur vous bénisse dans ce carême, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. Bon carême.
Commentaire du mardi 17 février
•La foi est la lumière du temps
Commentaire de Jean-Pierre de Caussade.
Si nous persions le voile, et si nous étions vigilants et attentifs, Dieu se révélerait sans cesse à nous, et nous jouirions de son action en tout ce qui nous arrive. À chaque chose nous dirions « Dominus et ». C’est le Seigneur, et nous trouverions, dans toutes les circonstances, que nous recevons un don de Dieu.
Si nous avions la foi, nous serions bon gré à toutes les créatures. Nous les caresserions, et nous les remercierions intérieurement de ce qu’elles servent et se rendent si favorable à notre perfection appliquée par la main de Dieu. La foi est la mère de la douceur, de la confiance, de la joie.
On ne peut avoir trop de confiance en la volonté de Dieu, et trop s’y abandonner. Elle peut et veut toujours ce qui contribuera le plus à notre perfection, pourvu toutefois que nous laissions faire Dieu.
La foi n’en doute pas.
Plus les sens sont infidèles, révoltés, désespérés, incertains, plus la foi dit « Cela est Dieu, tout va bien ». La foi passe au-delà de tout, et quelques efforts que les ombres fassent, elles les percent pour aller jusqu’à la vérité. Elles l’embrassent toujours avec fermeté et ne s’en séparent jamais.
La foi est la lumière du temps.
Elle seule atteint la vérité sans la voir. Elle touche ce qu’elle ne sent point. Elle voit tout ce monde comme s’il n’était point, voyant tout autre chose que ce qui est apparent. C’est la clé des trésors, la clé de l’abîme, la clé de la science de Dieu. Quand une âme a reçu cette intelligence de la foi, Dieu lui parle par toutes les créatures.
L’univers est pour elle une écriture vivante que le doigt de Dieu trace incessamment devant ses yeux. S’abandonner à la Providence divine, en tout temps, en toute situation, même quand le cœur est désespéré, la foi nous tient alors.
La foi est vraiment la lumière du temps.
Commentaire du lundi 16 février
Cherchez vous un signe de Dieu ? Écoutez…
Dans l’évangile de ce jour, la demande d’un signe surgit devant le Christ comme une attente de puissance éclatante, comme le désir d’un ciel qui se déchire et d’un prodige qui s’impose aux yeux de tous.
Regardez la gloire ! Pourtant, le ciel rayonne déjà de la présence du Père. Saint Hilaire élève son regard vers les constellations et découvre dans leurs courses ordonnées la trace d’une sagesse éternelle. Il contemple la mer dans son mouvement et la terre dans sa fécondité secrète.
Et partout, il perçoit une action invisible qui soutient le monde. La puissance divine se déploie dans la création tout entière. Elle respire dans le rythme des saisons et dans le mystère de l’âme humaine.
Les miracles du Seigneur procèdent de la compassion, ils naissent du contact avec la souffrance et révèlent un amour qui restaure. La gloire de Dieu se laisse reconnaître dans cette proximité, proximité du cœur. Le signe est là. Il n’est pas quelque chose de spectaculaire, une comète dans le ciel, mais dans la miséricorde, dans la compassion du Seigneur, un Dieu qui nous aime. Mais le signe que nous cherchons, nous, est là, inscrit dans l’être même des choses et dans la présence du Fils parmi les hommes.
La première lecture, avec Saint Jacques, conduit le cœur vers une maturité. L’épreuve, considérée comme une joie extrême, mes frères, de buter sur toutes sortes d’épreuves. On nous parle là d’endurance. L’endurance façonne une œuvre accomplie. La sagesse se reçoit alors dans une confiance unifiée. L’âme divisée se disperse comme la mer agitée, mais l’âme rassemblée demeure stable dans l’invisible. Saint Jean de la Croix enseigne que Dieu attire l’âme par une lumière intérieure qui purifie le désir et le simplifie, car nous avons tendance à tout compliquer, vous le savez.
Le signe véritable se découvre dans cette transformation silencieuse. Paix au milieu de la tribulation, fidélité dans la nuit, joie secrète qui naît de l’abandon. Cette parole pourtant lointaine dans le temps rejoint chaque génération, car le cœur humain aspire à voir et à saisir. Le Seigneur invite alors à reconnaître sa présence dans la création, dans l’écriture, dans le mystère même de notre ignorance. Celui qui consent à cette voie découvre que le plus grand signe demeure l’amour offert. Cet amour qui soutient en secret les piliers invisibles de l’univers, conduisant alors notre âme vers la rive promise.
Cet amour est tout, en tout, et il ne demande qu’à entrer en nous.
Commentaire du dimanche 15 février
• Le secret : vivre l’Évangile sans s’épuiser
Reconnaissons-le simplement, Jésus en demande beaucoup trop. C’est simple, les exigences de Jésus sont impossibles. Déjà, il y a 2000 ans, c’était extrêmement difficile pour les disciples d’appliquer les commandements que Jésus vient de lister.
Mais aujourd’hui, en 2026, c’est encore pire, c’est devenu carrément impossible. Reprenons quelques exemples dans ce que Jésus demande dans l’évangile. Ne jamais se mettre en colère. Autrefois, et de tout temps, c’était difficile.
Mais aujourd’hui, c’est devenu impossible. Si vous vivez dans une ville comme Marseille, où je suis installé, c’est impossible de circuler sans ne pas avoir de jurons de colère qui vous envahissent. Quand vous avez une trottinette électrique qui vous coupe la route sans même regarder, alors qu’elle est en totale interdiction de traverser, elle, elle s’en fiche, c’est impossible de ne pas s’énerver. C’est impossible de ne pas se mettre en colère. Jésus demandait aussi de ne pas regarder une femme avec convoitise.
Autrefois, quand la tenue de toutes les femmes était pudique, et que la partie de leur corps était plus ou moins, mais quand même beaucoup plus qu’aujourd’hui, cachée, c’était difficile. Mais aujourd’hui, avec Internet, avec les publicités, où on vous met constamment sous les yeux des femmes plus ou moins dévêtues, pour les rendre désirables, ne jamais rien regarder avec convoitise, c’est devenu impossible.
Et encore, et pour terminer, quand Jésus dit qu’il ne faut répondre que par oui ou par non, c’était difficile, mais aujourd’hui, avec la perte du sens de l’engagement, avec cette tendance que les psychologues appellent le faux mot, la peur de manquer quelque chose qui fait que les gens ne s’engagent pas parce qu’ils veulent garder toutes les options disponibles.
Comment voulez-vous que le oui reste un oui et le non un non ? Plus aucun jeune n’est capable de suivre le commandement que Jésus demande. Oui, les exigences de Jésus nous paraissent aujourd’hui impossibles.
Mais cette impossibilité n’est pas une désespérance, c’est au contraire une bonne nouvelle. C’est une bonne nouvelle car cela nous indique que la foi chrétienne n’est pas une philosophie de vie, ce n’est pas un coaching spirituel. La foi chrétienne, ce n’est pas la construction humaine de quelque chose que l’on pourrait fabriquer tout seul, comme on décide de suivre un régime ou de se mettre à apprendre une langue étrangère ou un instrument de musique. Non, la foi chrétienne n’est pas une règle de vie à suivre, ce n’est pas des commandements à appliquer, ce n’est pas une morale à obéir. La foi chrétienne, c’est d’abord et avant tout une relation vivante avec le Dieu vivant.
C’est l’amour de Dieu, l’amour que je reçois de Lui qui va me rendre capable de respecter ses commandements, cette morale, ces règles de vie qui me semblent impossibles. Mais c’est une bonne nouvelle parce que cela signifie que c’est son travail à Lui. C’est Lui Dieu, c’est Lui l’Esprit Saint qui à l’intérieur de mon cœur va me rendre capable de faire tous ses commandements. Moi j’en suis incapable, pour moi c’est impossible, mais pour Lui ça l’est. Et si Jésus se permet, ose nous le demander, c’est parce qu’Il sait qu’Il va nous donner les moyens d’accomplir ses commandements.
Il va nous donner son Esprit Saint.
Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?
Cela signifie qu’il ne faut pas mettre la morale en première place mais notre vie spirituelle. Cela signifie qu’il faut recevoir l’amour de Dieu dans la prière, dans les sacrements, pour ensuite être capable de suivre les commandements de Dieu. L’amour précède les commandements et les commandements accomplissent l’amour. Plus concrètement, cela signifie pour nous deux choses.
Il faut d’abord recevoir, et puisqu’il faut d’abord recevoir, on reçoit dans la prière personnelle et dans les sacrements. Ces deux choses, ce sont d’abord avoir une vie de prière personnelle, où l’on se remet humblement au Seigneur, où l’on assume en vérité qu’on n’est pas capable de vivre tous ses commandements, où l’on peut faire pénitence, où chaque jour on reconnaît que nous ne sommes pas à la hauteur des exigences de l’évangile et on assume cette situation, on se présente devant Dieu comme des pauvres pécheurs. Ce que l’on dit d’ailleurs à chaque « Je vous salue Marie ». On l’assume paisiblement parce que c’est lui qui va faire le travail et donc on le lui redit. « Seigneur, je me remets entre tes mains telle que je suis, comme un pauvre pécheur.
» Ce n’est pas de la complaisance parce qu’on espère que le Seigneur va nous convertir, c’est de la franchise, de l’humilité, de la sincérité devant Jésus.
Et la deuxième chose qu’il faut faire, c’est avoir une vie sacramentelle où l’on va vraiment recevoir cet amour de Dieu. C’est-à-dire, dans les sacrements que l’on peut réitérer, la confession et l’Eucharistie, nous allons recevoir Dieu, nous allons recevoir son amour. Dans la confession, je vais recevoir son pardon et donc sa grâce et donc son amour qui va purifier mon cœur. Dans l’Eucharistie, je vais entendre sa parole, je vais pouvoir recevoir son corps et son sang et c’est son amour, c’est sa grâce qui va se communiquer à moi à ce moment-là et qui va me transformer. Ce sont par ces deux moyens mis ensemble que le Seigneur va refaçonner mon cœur, qu’il va le purifier, qu’il va le rendre capable d’obéir à ses commandements.
Parce que son amour habitera dans mon cœur, alors je serai capable de suivre ses commandements.
Mais ce travail va se faire petit à petit, à son rythme, à la vitesse que le Seigneur choisit. Toutefois, comme le montre la vie des saints, il le fera, quand il l’aura décidé, mais il le fera vraiment. Jésus a donné sa vie sur la croix pour cela, non seulement pour nous donner un exemple, mais pour communiquer sa grâce qui nous purifie.
Ainsi donc, le fait que les exigences morales de Jésus dans l’Évangile nous semblent impossibles est une bonne nouvelle. Elles sont impossibles à notre propre force, mais parce que c’est avec sa grâce que cela sera possible. Cela nous prouve que Jésus n’est pas venu pour nous coacher, mais pour nous sauver.
Ainsi soit-il.
Commentaire du samedi 14 février
• Idoles ou Eucharistie ? St Cyrille
Le cœur de l’homme cherche toujours un appui visible lorsqu’il craint pour sa sécurité. Jéroboam redoute la perte de son pouvoir. Son inquiétude devient conseil intérieur, puis fabrication d’idole.
La peur enfante une image, et l’image reçoit un culte. Saint-Augustin remarque que l’idolâtrie commence dans l’âme avant de se dresser en métal, en veau. L’homme façonne d’abord dans son désir ce qu’il adore ensuite de ses mains.
Les vaudors dressés à Béthel et à Dan manifestent cette pente du cœur humain qui préfère une présence maîtrisable à la fidélité invisible. Ainsi, la dispersion intérieure précède la ruine extérieure. L’histoire de Jéroboam enseigne que le péché prend racine dans un calcul qui se croit prudent et qu’il finit par entraîner tout un peuple dans une confusion religieuse où le sacré est reconfiguré selon l’intérêt humain.
Dans l’Évangile, la foule demeure trois jours auprès du Seigneur. Elle a faim et le Christ ressent dans ses entrailles la compassion. Saint Jean Chrysostome contemple cette scène comme une pédagogie de la Providence.
Le Seigneur associe ses disciples à l’œuvre de la sollicitude. Il reçoit les sept pains, il rend grâce, il les ronds, et il les confie à leurs mains pour qu’il les distribue. La bénédiction divine passe par la médiation fraternelle. Saint Thomas d’Aquin voit dans cette multiplication un signe eucharistique. L’action de grâce précède la surabondance et la distribution manifeste la communion. Le désert devient une table, la pauvreté devient une abondance.
De rien, le Christ en fait quelque chose. Et la foule alors rassasiée annonce le peuple nouveau, nourri par la parole et par le pain, la parole divine. Le Christ partage ce don, il le partage avec le style de la mission. Et cette mission, c’est là où chacun reçoit pour transmettre.
L’Église célèbre aujourd’hui Saint Cyril de Jérusalem. C’est un évêque du IVe siècle. Il est le maître des catéchumènes dont les catéchès mystagogiques ont initié tant d’âmes au mystère du baptême et de l’Eucharistie. On le prie pour recevoir une foi solide et éclairée, capable de demeurer fidèle au milieu des confusions doctrinales. Car il guida son peuple dans des temps troublés en rappelant la vérité du credo et la grandeur des sacrements. Que son intercession nous obtienne un cœur simple, nourri du vrai pain et gardé des veaux d’or que notre époque façonne encore.
Saint Cyril de Jérusalem, priez pour nous.
Commentaire du vendredi 13 février
•
IJésus nous a révélé le secret d’un miracle que nous pouvons répéter nous aussi en devenant protagoniste de l’Effata, de ce mot « Ouvre-toi » par lequel il a redonné la parole et lui aux sourds muets.
Il s’agit de nous ouvrir aux nécessités de nos frères et sœurs souffrant et ayant besoin d’aide, en refusant l’égoïsme et la fermeture du cœur. C’est précisément le cœur, c’est-à-dire le noyau profond de la personne que Jésus est venu ouvrir, libérer pour nous rendre capables de vivre pleinement la relation avec Dieu et avec les autres. Il s’est fait homme afin que l’homme rendu intérieurement sourd et muet par le péché puisse écouter la voix de Dieu, la voix de l’amour qui parle à son cœur et apprenne ainsi à parler à son tour le langage de l’amour en le traduisant en gestes de générosité et de don de soi.
Commentaire du jeudi 12 février
• S’approcher du Christ
Il arrive que notre Seigneur, Jésus, se retire dans une maison comme s’il cherchait la paix d’un cœur caché, et ce mouvement de retraite révèle déjà la délicatesse de son agir, car il aime visiter l’âme là où elle se tient dans une attente silencieuse.
Tel arrive la scène de l’évangile, où Jésus ne veut pas être vu, il ne veut pas être reconnu, mais il est reconnu par une femme. Ce retrait permet à cette femme de venir, et elle vient à lui, et elle porte dans sa prière toute la gravité de l’amour maternel. Son cri est chargé d’une détresse profonde, et cependant sa parole se fait humble, consentant à la petitesse, acceptant de recevoir comme une miette ce qui en vérité procède de la surabondance divine.
Elle se descend auprès du Seigneur qui, pourrait-on penser, a un regard un peu méprisant, en parlant des chiens. Cette descente du cœur de cette femme, qui accepte cela, et dit qu’elle va ramasser les miettes, car les chiens ramassent les miettes, cette descente du cœur ouvre un espace à la grâce, et elle peut alors se répandre dans le cœur de cette personne, et non seulement dans son cœur, mais aussi à sa fille, parce que suite à sa parole, sa fille sort de possession, et saint Augustin remarque là que l’humilité attire Dieu, avec une force douce et invincible, parce qu’elle donne à l’amour sa vraie mesure. La parole abaissée de cette femme devient ainsi comme un canal par lequel la puissance du Christ s’écoule.
Le démon quitte l’enfant, à distance, au moment même où la mère s’incline intérieurement. Le Seigneur conduit cette foi vers sa maturité, et dans ce dialogue, il élargit le salut aux nations, montrant que l’amour divin cherche toute âme disposée à recevoir.
Et dans la première lecture du Livre des Rois, la mémoire de Salomon éclaire cette scène un peu surréaliste où on découvre finalement que Salomon, l’homme le plus sage qu’il existera sur la terre, s’est détourné de Dieu.
C’est presque choquant, celui qui a reçu une sagesse incomparable connut aussi la fragilité du cœur humain lorsque le désir se disperse. Cela, chers amis, est une leçon pour nous.
Nous ne sommes jamais sauvés, même si l’on est sage, réfléchi et que nous avons toutes les qualités de la grandeur humaine. Oui, nous sommes tous vulnérables, il n’y a pas une personne moins vulnérable qu’une autre.
Saint Grégoire le Grand a contemplé la chute du roi, comme un affaiblissement intérieur né d’attachements multipliés, d’une inclination progressive vers ce qui séduit l’esprit et flatte les sens.
Alors la sagesse, si haute soit-elle, demande une vigilance aimante. Elle demeure vivante, cette sagesse, tant que le cœur reste simple et rassemblé. La femme étrangère offre l’image d’un cœur unifié dans la supplication, tout entier tourné vers la guérison de son enfant. Ce qui a perdu Salomon, c’est la convoitise. La convoitise des femmes, la convoitise de l’argent, la convoitise de ce qu’il n’avait pas. Et le cœur de l’homme veut combler ce désir, mais s’il ne met pas Dieu au sens, ce désir le dévore, et dans le commentaire d’hier, nous avons eu un commentaire de Saint Cyril de Jérusalem qui dit que nous engendrons le péché, qu’il naît en nous et qu’on le nourrit.
Alors voilà, ces deux textes nous remettent à notre place. Ils nous invitent à considérer la tribulation comme une visitation de vérité.
L’épreuve, à l’instar du livre de Job, révèle ce qui soutient réellement l’âme et purifie alors le désir en le ramenant à sa source. Saint Antoine le Grand enseignait que l’humilité attire la lumière plus sûrement que toute science acquise. L’humilité est la clé. L’humilité permet de ne pas avoir de la convoitise dans le cœur, car elle reconnaît que le cœur ne peut pas tout posséder. Cette humilité prépare l’âme à recevoir sans réserve l’action divine.
Et la femme syrophénicienne, dans l’évangile, entre dans cette lumière par un abaissement volontaire qui devient élévation secrète. Son amour maternel se transforme en acte de foi universelle, et la guérison de l’enfant manifeste la fécondité d’un cœur qui s’est livré tout entier. Ainsi la grâce agit avec une douceur souveraine, conduisant l’âme par les chemins parfois obscurs de la supplication vers la joie d’une confiance pleinement accordée.
Commentaire du mercredi 12 février
• ND de Lourdes + D’où vient le péché ?
Commentaire de Saint Cyril de Jérusalem Le mal délibéré est un fruit de la préméditation. Or, nous péchons indubitablement avec préméditation. Le prophète quelque part l’affirme clairement.Il dit « Je t’ai planté vigne féconde, toute entière, authentique. Comment as-tu passé à l’amertume ? » Vigne d’origine étrangère. Bon plant, mauvais fruit.Le mal vient de la préméditation. Le planteur n’est pas le coupable. Mais la vigne sera consumée par le feu puisque planter pour donner du bon fruit, elle en a volontairement porté du mauvais.Dieu en effet a fait l’homme droit, selon l’ecclésiaste. Et de même, les hommes ont cherché quantité de subterfuges. Nous sommes en effet son ouvrage, créé en vue des bonnes œuvres, dit l’apôtre.Donc le créateur qui est bon a créé en vue d’œuvres bonnes.
Mais la créature, suivant un choix, à elle s’est tournée vers le mal. C’est donc, nous l’avons dit, un mal terrible que le péché.Il n’est pourtant pas sans remède. Terrible pour celui qui s’y fixe, il est aisé à guérir pour qui, par la pénitence, s’en sépare. Mais dira-t-on qu’est-ce donc que le péché ? Est-ce un animal ? Est-ce un démon ? Quelle est sa source ? Ce n’est pas un ennemi qui t’attaque de l’extérieur, mais une production mauvaise qui grandit à partir de toi.
Regarde avec des yeux francs, et il n’y a pas de concupiscence. Garde ce qui t’appartient et ne prends pas ce qui est aux autres, et voici l’avarice par terre. Pense au jugement, alors ni la fornication, ni l’adultère, ni le meurtre, ni aucune sorte de désobéissance ne prévaudra chez toi.Mais quand tu oublies Dieu, alors tu te mets à penser au mal et à commettre l’iniquité. Le péché est une production mauvaise qui grandit à partir de nous-mêmes. Et le carême qui vient, chers amis, est un moyen de désherber et de faire fleurir notre âme.De la désherber du mal, mais cela ne suffit pas de désherber le mal, on aura alors nettoyé l’intérieur sans mettre Dieu au centre de notre vie. C’est pour ça qu’il y a la prière, la prière pour mettre Dieu au centre de nos vies. Si Dieu est au centre, comment pourrions-nous avoir d’autres choses que lui-même, d’autres idoles que lui ? Il n’y aura pas de place, et nous serons entièrement dévoués à ce Dieu qui nous aime.
Et en ce jour où nous fêtons, notre Dame de Lourdes, n’hésitons pas à l’invoquer.
Commentaire du mardi 11 février
• De quel amour sont aimées tes demeures ?
Le récit s’ouvre par l’objection que les scribes et les pharisiens adressent à Jésus, en accusant ses disciples de ne pas suivre les préceptes rituels selon les traditions. De cette manière, ces interlocuteurs voulaient porter atteinte à la fiabilité et à l’autorité de Jésus en tant que maître.
Parce qu’ils disaient, « Mais ce maître permet que ses disciples n’accomplissent pas les prescriptions de la tradition. » Mais Jésus réplique avec force en disant, « Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrite. » Ainsi qu’il est écrit, « Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi.»
« Vain est le culte qu’ils me rendent. » Les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains.
Voilà ce que dit Jésus, des paroles claires et fortes. Aujourd’hui encore, le Seigneur nous invite à fuir, ce danger d’accorder plus d’importance à la forme qu’à la substance. Il nous appelle à reconnaître toujours à nouveau ce qui est le véritable centre de l’expérience de foi, c’est-à-dire l’amour de Dieu, l’amour du prochain, en le purifiant de l’hypocrisie du légalisme et du ritualisme.
Commentaire du lundi 10 fevrier
• Dieu se rend disponible dans l’eucharistie !
Commentaire de sainte Thérèse Davila
Quand Jésus était de ce monde, le simple contact de ses vêtements guérissait les malades. Pourquoi douter, si nous avons la foi, qu’il ne fasse encore des miracles en notre faveur quand il est si intimement uni à nous dans la communion eucharistique ? Pourquoi ne nous donnera-t-il pas ce que nous lui demandons, puisqu’il est dans sa propre maison ? Sa majesté n’a pas coutume de mal payer l’hospitalité qu’on lui donne en notre âme, si on lui fait bon accueil. Éprouvez-vous de la peine de ne pas contempler notre Seigneur avec les yeux du corps ? Dites-vous que ce n’est pas ce qui vous convient actuellement. Mais dès que notre Seigneur voit qu’une âme va profiter de sa présence, il se découvre à elle. Elle ne le verra pas, certes, des yeux du corps, mais il se manifestera à elle par de grands sentiments intérieurs ou par bien d’autres moyens.
Restez donc avec lui de bon cœur. Ne perdez pas une occasion aussi favorable pour traiter de vos intérêts que l’heure qui suit la communion.
Commentaire du Dimanche 8 fevrier
• Vous etes le sel de la terre !
L’Évangile de ce jour suit immédiatement dans l’Évangile de saint Matthieu, les béatitudes que nous entendions dimanche dernier. C’est par ces mots que commence le ministère public de Jésus, son premier grand discours. Et ses paroles sont inouïes.
Comment ose-t-il parler avec autant d’assurance des récompenses dans les cieux ? Et aussitôt après, il dit aux foules qui l’écoutent, « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. Tous ces braves gens de Galilée ont dû être stupéfaits. Quoi ? Nous ? Que peut-on faire pour la terre entière, le monde ? Qui est ce jeune homme qui nous parle et qui envisage, dès ses premières paroles, qu’elles auront un écho universel ? Jésus voit déjà prophétiquement que ses paroles toucheront les hommes, en général, la terre entière, le monde.
Réfléchissons. Si la divinité de Jésus avait été inventée au IVe siècle par les conciles, comme beaucoup l’affirment, si c’était les évangélistes qui avaient construit une figure emphatique de Jésus, il n’aurait pas mis dans sa bouche des paroles aussi invraisemblables, une prétention d’autorité aussi exorbitante. Il n’aurait jamais osé y aller aussi fort, au risque de se discréditer.
Nul n’a jamais prétendu connaître quelles seront les récompenses dans le royaume des cieux, ni appeler ses disciples à être la lumière du monde. Ou bien ce que Jésus de Nazareth a prétendu est légitime et il est le fils de Dieu venu du ciel, ayant pouvoir sur toute l’humanité. Ou bien ce ne sont que des affabulations et les évangiles n’auraient jamais traversé les siècles sans prendre une ride.
Notre Seigneur Jésus-Christ nous appelle donc à être le sel de la terre et la lumière du monde. Les deux métaphores sont antinomiques et se complètent. Le sel s’incorpore aux aliments que l’on mange et ce qu’on lui demande, c’est que sa saveur se fonde dans celle des aliments sur lesquels on le répand.
Si la bonne dose de sel est mise, on ne se rend même pas compte de sa présence. Plus sa vertu reste cachée, plus le sel disparaît de l’attention, mieux il remplit son rôle. Il en va ainsi des disciples de Jésus dans la société.
Leur témoignage est d’abord, Jésus commence par l’image du sel, celui des œuvres bonnes que produit normalement toute conscience droite. S’il n’y a pas comme fondement l’appartenance à l’humanité commune et la loi naturelle, la religion est un système religieux, artificiel, déraciné de l’humus commun à tous. Et cela produit le plus souvent une perversion de la religion quand elle se croit autorisée à s’affranchir de la loi naturelle, du bon sens commun.
L’aliment auquel le sel donne goût, c’est notre âme humaine, nos facultés, nos vertus naturelles. La foi doit s’y mêler, relever leurs capacités, les enrichir. La foi soit naturelle, reçue au baptême et greffée sur notre âme, et elle doit peu à peu tout pénétrer, insaisonner.
Cela conditionne la crédibilité de notre témoignage, la vérité de ce que nous prêchons. Sinon, on se rend méprisable, et pire encore, on rend méprisable la foi dont on prétend être un super témoin. Si le sel devient fade, il ne vaut plus rien, dit Jésus, on le jette dehors, et il est piétiné par les gens.
On doit être au moins aussi honnête, bon voisin, bon conjoint, bon parent, que le lot commun. Nous voyons en répétition ces derniers temps les perversions morales que peuvent engendrer les meilleures raisons religieuses. Notre foi religieuse doit être reliée à notre humanité commune, car notre Dieu, l’objet de notre religion, est aussi notre créateur.
La fracture entre loi naturelle et foi surnaturelle, c’est le sel qui ne s’incorpore pas dans les aliments. L’aliment auquel le sel doit se mêler, c’est aussi nos contemporains, notre société. En ce sens, Isaïe nous propose aujourd’hui des exercices tout simples qui n’ont pas besoin d’afficher la couleur religieuse.
Partage-t-on pas avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans-abri, couvre celui que tu verras sans vêtements, ne te dérobe pas à ton semblable. Regardons tous les autres autour de nous, chrétiens ou non, comme nos semblables. Vivons comme tels avec eux, ne nous dérobons pas à eux, comme dit joliment Isaïe.
Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi tu désires, si tu combles les désirs du malheureux, oui, nous sommes tous au même pain et peau. Mais il y a l’autre versant de notre condition de disciples que Jésus développe ensuite. Vous êtes la lumière du monde.
On demande à la lumière dans une pièce ou dans une ville exactement le contraire de ce qu’on demande au sel dans la nourriture. Plus la lumière est élevée, plus elle ressort, plus elle est extérieure au lieu qu’elle éclaire, plus elle remplit sa fonction. En ce sens, notre parole doit savoir se faire prophétique, fendre le mur de la honte qui entoure le nom de Dieu dans notre société, passer outre les obstacles qui empêchent la lumière de briller.
Si le mensonge a la majorité des voix, nous serons la voix de la vérité seule contre tous. Je vous cite la mémorable homélie de Jean-Paul II à Washington en octobre 1979 qui eut un extraordinaire retentissement sur le combat pro-vie aux Etats-Unis. Je le cite. « we will stand up » :
Nous nous lèverons. Lorsque le caractère sacré de la vie avant la naissance sera attaqué, nous nous léverons pour proclamer que personne n’a le droit de détruire la vie avant la naissance. Lorque l’enfant sera considéré comme une charge ou un moyen de satisfaire un besoin émotionel, nous nous léverons pour rappeler que chaque enfant est un don unique et sans pareil de Dieu qui a droit à une famille unie dans l’amour. Lorsque l’institution du mariage sera abandonné à l’égoisme humain ou réduit à un accord temporaire et conditionnel qui peut être facilement rompu, nous nous léverons pour affirmer l’indissolubilité du lien du mariage.
Si nous nous pensons comme lumière du monde, ce n’est pas par sentiments de supériorité qui engendreraient en nous une attitude d’arrogance, une des plus puissantes intelligences que la Terre ait portée. Un des plus grands convertisseurs d’âmes que l’Église ait connu, Saint Paul, disait de lui-même, « C’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. Mon langage, ma proclamation de l’Évangile n’avait rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre, mais c’est l’esprit et sa puissance qui se manifestaient.»
C’est en combinant l’image du sel et celle de la lumière que nous trouverons l’attitude juste pour notre témoignage chrétien. A chacun de réaliser sa propre synthèse. Selon nos tempéraments, nos vocations singulières, nos états de vie, le moment de notre existence, le public dans lequel on se trouve, on pourra tendre davantage vers le sel ou vers la lumière.
Il faudra toujours chercher à être sel avant d’être lumière. Plus nous voulons être lumière, porter témoignage explicite à Jésus Christ, plus nous devons être sel, plus nous devons cultiver des vertus morales fortes. Jésus nous invite dans cet Évangile à être attentif à l’impact de notre action sur les autres.
Serons-nous jetés dehors et piétinés par les gens ou rendront-ils gloire à Dieu ? La capacité de nos auditeurs est à prendre en compte. Il y a une sensibilité à développer sur ce qui convient ou non à tel ou tel moment. Et puis l’expérience nous instruit.
Nous pouvons ce dimanche nous examiner dans les deux directions. Est-ce que j’en fais trop ou trop peu ? Mes contemporains, collègues de travail, voisins, sont-ils mes semblables ? Ou est-ce que je me sens à part d’eux ? Ai-je tendance à donner des leçons aux autres à tout propos, me considérant apte à juger leurs convictions et actions ? Ou dans l’autre sens, suis-je trop timoré pour porter témoignage au nom de Jésus ? Ma crainte de parler de ma foi, de ma vie religieuse, des exigences qu’elle impose, n’est-elle pas davantage mue par le désir de ne pas nuire à ma position sociale, au confort de mes relations familiales et amicales, à ma bonne réputation, plutôt que par le bien des âmes et leur salut ? Jésus n’impose pas un comportement prédéfini aux témoignages de ses disciples. Il donne deux images, le sel et la lumière, et nous invite ainsi à chercher en nous-mêmes la solution, chacun pour soi-même.
Demandons à l’Esprit Saint de nous suggérer ce qu’il convient de faire.
Commentaire du Samedi 7 fevrier
• La compassion du Christ, Berger
Commentaire de saint Césaire d’Arles
En débarquant, Jésus vit une grande foule, il fut saisi de pitié envers eux. Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde. Le mot de miséricorde est doux, mes frères. Si le mot est doux, combien plus la chose ! Puisque nous voulons tous la miséricorde, prenons-la comme protectrice en ce monde, afin qu’elle nous libère dans le monde à venir.
En effet, il y a une miséricorde dans le ciel, à laquelle on parvient par des actes de miséricorde sur la terre. L’écriture dit bien « Seigneur, ta miséricorde est dans le ciel ». Il y a donc une miséricorde sur la terre et une autre dans le ciel, c’est-à-dire l’une humaine et l’autre divine.
Quelle est la miséricorde humaine ? C’est que tu te penches sur la misère des pauvres. Et quelle est la miséricorde divine ? Sans aucun doute, c’est celle qui accorde le pardon des péchés. Tout ce que la miséricorde humaine donne sur le chemin de cette vie, la miséricorde divine le rend dans la patrie.
Car c’est Dieu qui en ce monde souffre du froid et de la faim en tous les pauvres, comme il l’a dit lui-même. Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait.
Dieu qui, Dieu du ciel veut donner, sur la terre veut recevoir.
Le 5 février au 5 avril, 40 vidéos, 40 défis, 40 prières avec plusieurs intervenants. N’hésitez pas à partager ce parcours autour de vous et à permettre à vos amis de s’abonner. Ce parcours est fait pour tous ceux qui commencent dans la foi, pour tous ceux qui ont envie de se renouveler intérieurement avec une approche particulière, inspirée des écrits du jour.
Commentaire du Vendredi 6 février
• Annoncer la vérité
Commentaire de Saint Bède le Vénérable.
Il n’y a aucun doute que Saint Jean Baptiste a subi la prison pour notre Rédempteur, qu’il précédait par son témoignage que c’est pour lui qu’il a donné sa vie. Car si son persécuteur ne lui avait pas demandé de nier le Christ, mais de taire la vérité, c’est cependant pour le Christ qu’il est mort. Le Christ lui-même a dit en effet « Je suis la vérité ». Puisque c’est pour la vérité qu’il a répandu son sang, c’est donc pour le Christ.
En naissant, Jean avait témoigné que le Christ allait naître. En prêchant, il avait témoigné que le Christ allait prêcher. En baptisant, qu’il allait baptiser aussi. En souffrant le premier sa passion, il signifiait que le Christ devait lui aussi la souffrir.
Cet homme si grand est parvenu donc au terme de sa vie par l’effusion de son sang, après une captivité longue et pénible. Lui qui avait annoncé la bonne nouvelle de la liberté, d’une paix supérieure, est jeté en prison par des impies. Il est enfermé dans l’obscurité d’un cachot.
Lui qui était venu rendre témoignage à la lumière. Celui à qui il a été donné de baptiser le Rédempteur du monde, d’entendre la voix du Père s’adresser au Christ et de voir descendre sur lui la grâce du Saint-Esprit, est baptisé par son propre sang.
L’apôtre Paul l’a bien dit. Il vous a été accordé par le Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui. Et s’il dit que souffrir pour le Christ est un don de celui-ci à ses élus, c’est parce que, comme il le dit ailleurs, il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir qui va se révéler en nous. Si nous avions ne serait-ce qu’un dixième de cette fidélité radicale à la vérité qui habitait Jean Baptiste, peut-être que notre monde respirerait autrement.
Car Jean n’a pas été grand par le courage humain, mais par cette loyauté totale au Christ, Christ-Vérité, pour laquelle il a accepté de perdre sa vie afin que des âmes soient sauvées.
La question, chers amis, c’est aujourd’hui pour nous, dans notre vie, comment pouvons-nous rendre témoignage à cette vérité ?
Commentaire du Jeudi 5 février
• Dépouillement en vue de Dieu
Dans la première lecture, quand David parle à Salomon, il se tient sur une crête, là où la vie ne se justifie plus par ce qu’elle produit, mais par ce à quoi elle consent.
Il sait que tout pouvoir passe, que toute œuvre s’achève, et il oriente son fils vers ce lieu secret où l’homme demeure debout devant Dieu. Saint Hilaire dirait que la vraie victoire se joue dans cette cohérence silencieuse entre la foi confessée et la vie vécue. Il ne s’agit plus d’accumuler, mais de demeurer.
Le psaume ouvre alors un espace plus vaste encore. Tout ce qui tient, tout ce qui brille, tout ce qui dure prend source en Dieu. Quand le cœur s’accorde à cette vérité, il cesse de se crisper, et la vie devient alors traversée par une paix forte qui ne dépend plus des circonstances.
Et dans l’évangile, Jésus conduit ailleurs, plus loin que l’évidence. Il envoie les douze dans un dépouillement, un dépouillement qui pose question. Peu de choses, peu d’appui, mais il leur donne une autorité.
Nous pensons que l’autorité est quelque chose que l’on acquiert par ses compétences. Le Seigneur vient la positionner, les disciples, dans une société qui est un peu comme la nôtre, et vient les positionner de manière totalement pauvre, au milieu des cités. Pauvres, avec des sandales, une simple tunique, et pourtant il leur donne une autorité, une autorité sur les démons, une autorité spirituelle.
Cela nous apprend que pour Dieu, l’essentiel n’est pas la gloire des hommes, mais c’est une autorité qu’il libère, une autorité qu’il nous donne à travers ses sacrements. Pourrions-nous avoir une autorité spirituelle si nous étions riches, riches sur cette terre ? Saint Jean de la Croix reconnaîtra ici le passage étroit où Dieu agit sans rival, le rival étant un idole, que ce soit l’argent, que ce soit l’apparence, que ce soit toute autre sorte de choses. Là où l’homme ne s’appuie plus sur ce qu’il possède, la parole touche juste, puisqu’elle est démise de toute influence.
Seule la parole de Dieu compte. Alors là, les forces obscures perdent leur emprise, et cette parole peut agir dans le cœur de ceux qui l’écoutent. Voilà une fécondité profonde. Chacun doit consentir à une pauvreté intérieure qui rend disponible à la lumière.
Et c’est là que commence la mission, dans cette nudité confiante où Dieu peut passer sans obstacle.
Et cette traversée intérieure trouve un visage en Sainte Agathe, dont nous fêtons aujourd’hui la mémoire, elle qui a laissé Dieu habiter jusqu’au lieu de sa blessure.
Et c’est là que sa fidélité a porté du fruit. Sa mémoire conduit vers cette même vérité. Quand le cœur demeure attaché à Dieu, aucune violence ne peut lui ravir la lumière reçue. Cette autorité spirituelle qu’ont reçue les disciples est une autorité qui se joue jusqu’à la fin de leur vie. Elle est donnée par Dieu pour le salut des âmes.
Alors nous aussi, nous sommes prêtres, prophètes et rois, nous pouvons avoir cette autorité spirituelle. Mais il faut laisser Dieu au milieu, et rien ne doit lui faire obstacle. Et la vie, chers amis, est une lutte perpétuelle pour détruire tout ce qui empêche Dieu de venir en nous. Détruire, mais aussi renoncer. Renoncer avec un engagement et une fidélité parfaite. Et cette perfection s’atteint dans la prière.
Sainte Agathe, priez pour nous.
Commentaire du mercredi 4 février
•Nous te rendons grâce pour tes merveilles
Quand nous faisons prévaloir le confort de l’habitude et la dictature des préjugés, il est difficile de s’ouvrir à la nouveauté et de se laisser étonner. Mais sans ouverture à la nouveauté et surtout, écoutez bien, ouverture aux surprises de Dieu, sans émerveillement, la foi devient une litanie las qui s’éteint lentement et qui devient une habitude, une habitude sociale.
J’ai dit un mot, l’émerveillement. Qu’est-ce que l’émerveillement ?
L’émerveillement est précisément ce qui arrive dans la rencontre avec Dieu. J’ai rencontré le Seigneur. Lisons l’évangile. Souvent, les personnes qui rencontrent Jésus et le reconnaissent ressentent l’émerveillement. Et nous, dans la rencontre avec Dieu, nous devons emprunter ce chemin, sentir l’émerveillement.
C’est comme le certificat de garantie que cette rencontre est vraie, qu’elle n’est pas routinière.
Commentaire du mardi 3 février
•Ne crains pas, crois seulement
Commentaire de Saint Hilaire
Ce chef de synagogue peut être compris comme représentant la loi de Moïse qui, priant à l’intention de la foule qu’elle avait nourrie pour le Christ en préchant l’attente de sa venue, demande au Seigneur de rendre la vie à une morte.
Le Seigneur lui à promis une aide et pour la lui assurer, l’a suivie.
Mais d’abord, la foule des païens pêcheurs est sauvée avec les apôtres. Le don de la vie revenait en premier lieu à l’élection prédestinée par la loi. Mais au préalable, dans l’image de la femme, le salut est rendu aux publicains et aux pêcheurs.
Voilà pourquoi cette femme a confiance qu’en venant sur le passage du Seigneur, elle sera guérie de son flux de sang par le contact du vêtement du Seigneur. Elle a hâte dans sa foi de toucher la frange du vêtement, c’est-à-dire d’atteindre en compagnie des apôtres le don de l’Esprit Saint qui sort du corps du Christ à la manière d’une frange.
En peu de temps, elle est guérie. Ainsi, la santé destinée à l’une est rendue aussi à l’autre, dont le Seigneur a loué la foi et la persévérance parce que ce qui était préparé pour Israël a été accueilli pour les peuples des nations. La puissance guérissante du Seigneur contenue dans son corps gagnait jusqu’aux franges de ses vêtements.
En effet, Dieu n’était pas divisible ni saisissable pour être enfermé dans un corps. Il divise lui-même ses dons dans l’Esprit, mais n’est pas divisé par ses dons. Sa puissance est atteinte par la foi partout, parce qu’elle est partout, et n’est absente nulle part.
Le corps qui l’a pris n’a pas enfermé sa puissance, mais sa puissance a pris la fragilité d’un corps, le corps humain, pour le racheter. Cette puissance est si illimitée et si généreuse que l’œuvre du salut des hommes était présente jusque dans les franges du vêtement du Christ.
Commentaire du lundi 2 février
• Présentation du Seigneur au Temple — Chandeleur
Au plein cœur du temple, le temps semble comme suspendu, mais c’est bien ce que saint Luc veut nous faire ressentir. La Vierge Marie, saint Joseph, l’enfant Jésus, se retrouvent à Jérusalem pour venir accomplir la loi de Moïse. Après la naissance d’un enfant, toute femme juive doit accomplir un rite d’offrande et de purification rituelle pour marquer la distinction entre l’étape de la grossesse et de la naissance.
De même, il faut racheter le premier fils, et la sainte famille profite de ces deux événements pour les accomplir conjointement. Ils arrivent donc au but de leur voyage et vont rencontrer deux figures étonnantes, le vieillard Siméon et la prophétesse Anne. Tous deux ont reçu une révélation de Dieu pour leur annoncer la venue prochaine du Messie.
Tous deux sont touchés par l’Esprit Saint, et c’est ce même Esprit qui les fait venir à ce moment pour y rencontrer l’enfant. Ils sont comme deux figures de l’attente dans l’espérance. Siméon sait qu’il ne mourra pas avant d’avoir vu le Christ.
Anne est très âgée, veuve, elle jeûne et prie sans cesse, on l’imagine aisément sans enfant. Avant ce jour, combien de fois ont-ils erré dans le temple ? Combien de fois se sont-ils dit « c’est peut-être aujourd’hui » ? Combien de fois se sont-ils sentis fatigués ? Combien de fois, peut-être, ont-ils cru avoir rêvé et pensé que leur prophétie n’en était peut-être pas ? Saint-Luc joue bien son rôle de narrateur, car dans le temple, il y avait une foule de personnes, les prêtres, les vendeurs, les changeurs, les fidèles. Mais l’auteur ne nous raconte pas ces va-et-vient incessants.
Le récit va se focaliser sur ces cinq personnes, le temps s’arrête, et de ce mouvement incessant sort Siméon puis Anne. Ils sont bien l’image de l’espérance, cette espérance qui est comme une encre qui nous attache à ce qui est ferme, c’est-à-dire Dieu et ses promesses. Leur vieillesse est le signe de leur fidélité envers et contre tout.
Cette scène est le signe de leur vie spirituelle. Alors que tout s’agit autour d’eux, enfin, ils voient venir celui qu’ils attendent. On se les figure en train de fendre la foule à pas lents et décidés.
Ils ont attendu si longtemps la venue de leur sauveur, et il leur reste si peu de distance à parcourir pour pouvoir l’accueillir les bras ouverts. Aujourd’hui, c’est comme le peuple de Dieu qui ouvre les bras au Seigneur, il goûte la joie de l’accomplissement des promesses de Dieu, mais c’est une joie douce amère, car aujourd’hui est annoncée la croix, aujourd’hui la Vierge apprend qu’un glaive lui transpercera le cœur. Mais ce sera le jour où c’est Dieu qui, à son tour, écartera les bras pour recevoir non seulement le peuple juif, mais l’humanité tout entière, comme Simeon et Anne ont attendu, au milieu du brouhaha, l’accomplissement des prophéties pour que s’ouvre une nouvelle ère.
Sachons-nous aussi, attendre dans la même espérance, malgré l’humaine agitation, la venue dans la gloire du Christ, nous qui attendons la résurrection de la chair et la vie du monde à venir.
Amen.
Commentaire du dimanche 1er février
•Comprendre les Béatitudes
Chers amis de Cathoglad, dans ce quatrième dimanche du temps ordinaire, l’Évangile de saint Matthieu présente Jésus comme un nouveau Moïse qui donne sa loi nouvelle au début de son ministère. Cette bonne nouvelle commence par cette page des béatitudes. Heureux, bienheureux.
Neuf fois bienheureux. Jésus nous parle d’un bonheur, un bonheur assez particulier puisqu’il prend son départ dans une situation pas facile. La foule qui se rassemble auprès de Jésus, comme toutes les foules d’aujourd’hui, cherche le bonheur.
Le cœur de l’homme cherche le bonheur. Le texte des béatitudes est souvent choisi pour les obsèques parce qu’au cœur de la détresse, le moment de pleurer un être cher, nous aimons nous rappeler les moments de bonheur passés en sa présence. Aujourd’hui, la situation du monde n’est pas très réjouissante.
L’homme moderne avait cru qu’avec l’avènement de la science et de la technologie, nous pourrions progresser dans une vie plus heureuse. Malheureusement, il n’en est rien. Le vingtième siècle a connu deux grandes guerres qui ont laissé ce monde exsangue.
Les pauvres sont toujours là et ils arrivent en masse aux portes de l’Occident opulent et la guerre aussi pointe à l’horizon. Bref, que signifie pour nous disciples de Jésus ces béatitudes ? Notre maître est-il un doux rêveur qui nous promet des lendemains qu’il chante ? Ou est-ce plutôt un appel à relever le défi pour ouvrir au monde, à nos contemporains, une autre voie pour trouver le vrai bonheur ?
Voyons d’abord ce que le mot « heureux » signifie. Les évangiles sont écrits en grec.Le mot « heureux » en français traduit le mot « makarios » pour exprimer « achar » en hébreu, qui signifie « marcher », « aller de l’avant ». Heureux n’est pas qu’un état de plaisir ou de satisfaction, mais évoque donc un état de bonheur dans une marche en avant, une quête difficile à saisir.
C’est pourquoi l’exégète israélite André Chouraki traduit la première béatitude par « En marche, les pauvres de chœur ! ». C’est pourquoi il est bon d’ajouter « bienheureux » à « heureux » pour ne pas comprendre les béatitudes comme un état, un sentiment de félicité, de joie d’un moment, mais comme une quête, une marche, un sursaut face à une épreuve.
Et c’est le propre des saints, des bienheureux, qui ne se laissent jamais vaincre par les combats qui se présentent à eux.
Dans l’Évangile, Jésus vient à la rencontre d’un peuple pauvre, affamé, qui vit chaque jour en présence de l’occupant romain, subissant mille vexations ou injustices, avec en plus le sentiment d’avoir été abandonné par Dieu. Jésus, ouvrant la bouche pour enseigner, fait entendre à ce peuple en souffrance, non seulement l’espérance d’un salut futur, mais par sa présence, par son regard et le ton de sa voix, Jésus donne un avant-goût du ciel, une consolation, une douceur qui bouleverse et apaise les cœurs lourds de peines et de maux. C’est pourquoi comprendre l’appel de Jésus à se contenter d’un état de bonheur est insuffisant, voire insultant.
Comment chercher le bonheur dans ces conditions ? L’évertitude serait une évasion, un opium qui fuirait les souffrances au lieu de les combattre et les chasser hors de la vie de l’homme. Que propose Jésus en vérité ? Bienheureux les pauvres de cœur, bienheureux les affligés, ils seront consolés, bienheureux les doux, bienheureux les affamés et assoiffés de justice. Dans ce premier groupe des bienheureux qui sont dans une situation de souffrance et d’injustice, remarquez qu’il y a au cœur de ceux-ci, ceux qui sont doux.
Jésus invite en vérité non à une révolte, à livrer bataille, à prendre les armes comme les théologiens de la libération le proposeraient, mais à une résistance dans la non-violence. En avant les doux ! Gandhi l’avait bien compris, lui qui avait une grande admiration pour Jésus, et il a eu la récompense de sa lutte, il a eu la terre en héritage. Puis vient un deuxième groupe, justement pour ceux qui ne veulent pas rester inactifs face à la détresse et à la souffrance humaine.
Bienheureux les miséricordieux, ceux qui sont touchés par la misère de son prochain, les artisans de paix. Avec ceux qui veulent se pencher vers toute forme de souffrance et ceux qui veulent travailler à l’entente entre les hommes, Jésus place heureux, bienheureux les cœurs purs, pour dire travaillez d’abord à purifier votre cœur, à clarifier vos intentions, vous qui voulez vous occuper des autres, vous pencher sur la misère, vous qui voulez réconcilier les hommes et œuvrer pour la paix, car c’est en regardant vers Dieu, le vrai compatissant, que vous apprendrez à être miséricorde.
Car il y a une forme de compassion qui enferme les pauvres dans la dépendance et qui est une condescendance insupportable.De même, pour les artisans de paix, la paix pour les fils de Dieu n’est pas une tranquillité qui évite toute confrontation avec l’injustice. Avec Dieu, les bienheureux, les artisans de paix font la guerre aux méchants et à l’injustice, non par les armes, mais par la douceur, par la vérité, par le service humble de chaque jour.
Enfin vient le groupe de ceux qui subissent la persécution pour la justice et pour l’Évangile.Comme si Jésus prévoyait que pour être de ses disciples, pour mettre en pratique ses paroles, ses disciples entreraient forcément en confrontation avec l’esprit du monde, avec ceux qui rejettent son Évangile et sa personne. Il promet le royaume des cieux en récompense, dès ici bas. Le royaume des cieux est à eux.Leur récompense est grande dans les cieux. C’est au présent, dans l’aujourd’hui de Dieu, au même titre que la béatitude des pauvres de cœur qui ouvrait la liste des bienheureux. Car cette béatitude, bienheureux les pauvres de cœur, vient en premier.Elle est comme la clé qui ouvre toutes les béatitudes.
Quel est le sens de cette béatitude ?
Le cœur pauvre, c’est un cœur vide de soi, d’amour propre, qui ne se regarde pas, ne s’enfle pas d’orgueil, ni de ses richesses, ni de ses talents. Un cœur qui n’accapare pas les affections mondaines, qui n’accumule pas les relations par intérêt, ni ne compte le bien et les bonnes œuvres qu’il se voit faire, qui est vide du désir des attraits et des richesses du monde.En un mot, un cœur qui attend tout de Dieu. Ce cœur pauvre et humble n’est pas l’œuvre de nos efforts, ni de nos renoncements. Il ne s’acquiert pas par des résolutions et actions humaines.Un cœur de pauvre est un don de Dieu, en ce sens qu’il est saisi par la lumière divine en Jésus le fils de Dieu, qui l’inonde d’amour de Dieu et l’aspire vers Dieu. Ce qui le vide alors de toute affection purement humaine. Toute chose, tout bien, toute personne humaine, tout être est perçu alors dans cette lumière.Le pauvre de cœur devient alors, pour l’autre, la présence bienveillante de l’amour, de la bonté, de la tendresse, de la paix même de Dieu, étant lui-même déjà en Dieu, dans son royaume, proposant à tous, comme le fils de Dieu l’a fait, le bonheur en Dieu.
Alors, prions, mes amis. Dieu qui appelle au véritable bonheur ceux qui sont dans la peine, ouvre nos cœurs aux paroles de Jésus, qui veut aujourd’hui nous consoler et nous appeler à nous lever pour marcher sur ses voies, la voie des béatitudes, que chacun personnellement trouve dans telle ou telle béatitude comme un appel à s’engager dans la lutte pour l’évangile et pour le Christ, afin que le royaume des cieux arrive en ce monde et apporte ta joie aux hommes.
Amen.
