Mardi 31 mars

Nous voici dans le Mardi Saint, plus que deux jours avant le Jeudi Saint, nous approchons de ce mystère pascal et aujourd’hui l’Église nous aide encore une fois à nous approprier, à entrer dans l’épaisseur de ce mystère avec cet évangile tiré de Saint Jean qui nous montre comment Jésus sait par avance quel est celui qui va le livrer, il le dit, et puis révèle en quelque sorte ce secret à Saint Jean, le disciple que Jésus aimait, qui est à côté de lui, disciple lui-même sollicité par Pierre pour avoir cette réponse, quel est celui qui va livrer Jésus. Et ce qui est frappant c’est que Jésus dit à Saint Jean, au disciple, que c’est à celui à qui il donnera cette bouchée, le disciple ne le dit pas à Pierre, Judas reçoit cette bouchée, il y a cette phrase mystérieuse de Satan qui entre en lui et il part.

Et juste après Jésus dit qu’il est ce fils de l’homme qui est glorifié et Dieu est glorifié en lui et que Dieu le glorifiera.Parole mystérieuse où le terme de la gloire, du verbe glorifier réapparaît souvent et qui continue justement sur une annonce d’un départ, les disciples ne pourront pas le suivre, Pierre se révolte, redit sa fidélité en quelque sorte et Jésus lui annonce son reniement. Après l’annonce de la trahison de Judas, il y a l’annonce du reniement.

Je redis un peu les événements pour qu’on puisse bien entrer dans l’intelligence des paroles du Christ et je voudrais peut-être m’arrêter avec vous plus spécialement sur cette question de la gloire, qu’est ce que ça signifie pour Jésus être glorifié, pourquoi Dieu est glorifié spécialement au moment où il laisse Judas partir.

C’est précisément à ce moment-là que Jésus utilise cette expression étonnante, évidemment elle est trop riche pour être explorée justement dans cette méditation, mais je vous donne juste un point de réflexion qui pourra nous aider à entrer dans ce mystère pascal qui, rappelons-le, est vraiment celui par lequel le Christ nous sauve de notre péché pour nous communiquer la grâce. Et qu’est-ce que le péché sinon cette défaillance de notre liberté, cette incapacité que nous avons à faire le bien par nous-mêmes, par nos propres forces. Et voilà peut-être une des clés pour comprendre ce que gloire peut signifier.

La gloire de Dieu c’est justement, voilà la proposition que je vous fais et avec laquelle nous pourrions prier et méditer, la gloire de Dieu c’est de réaliser son dessein de salut, de manifester son amour, non pas en empêchant la liberté de s’exprimer, même quand elle est mauvaise, non pas en empêchant Judas de faire son plan, Jésus le laisse faire, alors même qu’il l’a averti tout au long de son ministère, il le laisse faire, il n’empêche pas le mal parce qu’il a créé ces créatures libres et il ne veut pas intervenir ou en tout cas contrecarrer le libre exercice de cette liberté. Donc la gloire de Dieu c’est de réaliser son plan, non pas en empêchant la liberté des hommes mais en proposant son salut.

On pourrait dire mais pourquoi Dieu n’empêche pas le mal ? Et c’est une question qui revient souvent et qui tapisse toutes les écritures, toute l’histoire du salut, toute l’histoire de l’église, toute la réflexion des saints et la réponse mystérieuse que le Père nous donne en nous envoyant son fils c’est que justement Dieu n’empêche pas le mal parce qu’il n’a pas voulu contrecarrer le libre exercice de la liberté qui constitue la dignité de ses créatures mais il ne l’a pas empêché mais il a voulu venir l’habiter de l’intérieur.

Donc la gloire de Dieu qui se manifeste en Jésus et bien c’est de venir porter sur lui le péché du monde. Il est cet agneau de Dieu que Jean Baptiste nous a désigné et que nous avons contemplé avec les disciples. Il est cet agneau de Dieu qui porte le péché du monde.

Jésus aurait pu user de violence, de force pour empêcher Judas, il aurait pu demander à ses disciples de le retenir mais il le laisse faire et par amour pour lui il va porter les conséquences dramatiques de sa trahison dans sa propre chair comme il porte les conséquences dramatiques de nos défaillances dans sa propre chair pour nous en libérer si nous le voulons bien et ce sera exactement la même chose avec Pierre confronté à son impuissance. Sa liberté par elle-même ne peut pas faire le bien Jésus l’annonce à Pierre mais par avance il lui offre son salut qu’il lui donnera au matin de Pâques, quelques jours après Pâques quand il le rencontrera à l’épisode du lac de Galilée et après son triple renouement il lui proposera justement de lui redire son amour à trois reprises et donc la gloire de Dieu et bien c’est justement de venir visiter notre liberté même quand elle est défaillante, mauvaise, porter sur lui notre péché, nous communiquer son amour et justement nous communiquer sa grâce, son pardon pour nous faire marcher avec lui justement sur son chemin de gloire, le chemin du ressuscité, celui qui nous attend au terme de cette semaine sainte.

Eh bien Seigneur, me voici devant toi, je sais que ton amour est allé jusqu’à porter sur toi dans ta chair mon péché pour m’en libérer, par amour pour moi tu n’as pas voulu m’empêcher d’exercer ma liberté, tu me veux libre, responsable et justement quand elle défaille cette liberté tu t’engages à emporter avec moi les conséquences justement pour m’éduquer, me faire grandir et surtout me communiquer ta grâce et ta sainteté.

Eh bien je vous propose comme résolution de cette journée encore une fois peut-être plus qu’un acte vertueux à poser, plutôt justement un regard, ce sera ça l’acte vertueux, un regard à maintenir sur le Christ, le Christ qui porte sur lui le péché du monde et peut-être nous pourrions le regarder sur la croix portant sur lui justement les conséquences de mon péché, les conséquences des péchés de mes frères, ceux qui me sont proches, ceux qui me sont loin, ceux de toute l’humanité et justement supplier le Père de communiquer à profusion sa grâce par l’offrande que son fils a fait de lui pour moi, pour mes frères sur la croix avec cette belle prière en particulier révélée par Jésus à sainte Faustine, Père éternel je t’offre le corps, le sang, l’âme et la divinité de ton fils bien-aimé en réparation de nos péchés et de ceux du monde entier par sa douloureuse passion, sois miséricordieux pour nous et pour le monde entier.

Je suis le frère Baptiste Carme du Couvent de Toulouse

Lundi 30 mars

Nous voici entrés dans la grande semaine sainte depuis hier, le jour des rameaux. Nous avons acclamé le Seigneur après 40 jours passés à ses côtés pour essayer de le suivre. Nous entrons maintenant dans ce temps beaucoup plus profond, grave, où nous accueillons le mystère du salut, celui qui renouvelle la face de la terre, celui qui est l’unique, qui mérite d’être vécu.

Et donc, pour inaugurer cette semaine sainte, pour entrer dans ce lundi saint, l’Église nous propose de méditer un passage d’évangile extrêmement important, puisque les quatre évangélistes en parlent, celui, même s’ils en parlent différemment et puis à différents moments, est celui justement de cette rencontre entre la femme au parfum, appelée Marie dans l’évangile selon saint Jean, et cette femme qui pose un geste d’une folie en quelque sorte étonnante, puisqu’elle verse un parfum de grand prix sur la tête de Jésus, selon Marc et Matthieu, ou alors sur les pieds de Jésus, selon saint Jean. Et ce geste va entraîner une réaction des apôtres, des disciples, et saint Jean est le seul à nous dire que c’est Judas en particulier qui se scandalise. Et pourquoi on pourrait dire une telle réaction de la part de Judas ? Eh bien peut-être parce que ce geste est en contradiction avec la logique dans laquelle il est entré.

On va suivre Judas dans les jours qui suivent, et on verra à quel point justement son refus du salut est dramatique, mais contre ce refus du salut, eh bien nous avons cet accueil plénier du salut qui est manifesté par ce geste de Marie. Et saint Jean nous dit que Marie verse du parfum sur les pieds de Jésus et les essuie avec ses cheveux. Et il y a dans ce geste quelque chose de touchant, d’émouvant, profondément, mais qui en plus est orienté vers une zone particulière du corps du Seigneur, ses pieds.

Et ce geste, Marie le fait, la première, et c’est comme si elle lançait un grand mouvement qui sera suivi par Jésus lui-même, puisque nous l’entendrons le jeudi saint, Jésus lui-même lavera les pieds de ses disciples comme signe justement de ce serviteur qui donne sa vie pour ses amis, il donne tout. Et donc dans ce geste que pose Marie, on a comme une sorte de lancement de toute la semaine sainte, de tout le mystère du salut, et donc il faut le scruter ce geste et voir ce dont il est porteur. Et donc représentons-nous Marie prenant ce vase de parfum, le faisant couler aux pieds de Jésus et l’essuyant, essuyant ses pieds avec ses cheveux.

On voit un geste d’un amour fou qui sera d’ailleurs médité par les grands mystiques de la tradition d’église, qui se reconnaîtront en Marie. Et ce geste d’un amour fou, on l’a dit, il lance la semaine sainte il annonce le geste que posera Jésus à l’égard de ses disciples, mais Jésus lui-même explicitera son geste de laver les pieds de ses disciples comme un signe de la passion qu’il devra vivre.

Et donc si on revient à ce geste de Marie, on peut se dire que dans cet amour fou de Marie, à travers ce geste du parfum, eh bien on a une illustration, on pourrait dire suave, savoureuse, de ce que vivra Jésus intimement lorsqu’il vivra sa passion et sa résurrection.Cet amour fou de Jésus sur la croix, il nous a aimé jusqu’à en mourir, il va ressusciter et nous emporter dans sa gloire, eh bien il a comme son illustration première dans cet amour fou de Marie pour Jésus.

Quand on contemple Marie verser son parfum, eh bien on est comme introduit au mystère du Christ, pour que l’image de Dieu soit parfaitement manifestée, nous a dit le livre de la Genèse, eh bien il fallait qu’il y ait un pendant masculin et féminin, mâle et femelle il les créa, eh bien pour qu’on ait une image parfaite de la rédemption, nous avons évidemment le corps ensanglanté et douloureux du Seigneur sur la croix qui sera transpercée et duquel jaillira cette eau vive qui nous sauve, mais avant cela et vraiment pour qu’on comprenne bien qu’il ne s’agit pas seulement d’un mystère douloureux qui n’a aucun sens, mais vraiment d’un mystère de charité qui se donne jusqu’à l’extrême, eh bien nous avons Marie avec ce vase de parfum qui nous fait sentir, et c’est vraiment le bon mot qu’il faut utiliser puisque saint Jean nous dit que toute la maison est embaumée par ce parfum, eh bien Marie avec son parfum nous fait sentir la bonne odeur du Christ, c’est à dire la bonne odeur de sa charité extrême, alors peut-être nous pourrions prendre comme résolution du jour de contempler ce geste de Marie, de contempler justement de prendre un temps pour contempler cette charité de Marie et de poser un regard intérieur vers la croix du Christ qui pourrait nous rebuter, parce qu’elle est un mystère douloureux, et de voir à travers les plaies du Christ justement ce parfum de sa charité, de voir à travers sa couronne, sa tête couronnée d’épines, eh bien ce parfum qui a été versé sur sa tête par Marie, de voir à travers ses pieds cloués, eh bien le parfum de sa charité qui donne tout pour nous, donc cette résolution d’aujourd’hui elle est une résolution contemplative, regardons Jésus crucifié, mais regardons justement à travers ses plaies, eh bien cette charité extrême qui transforme la souffrance en amour, et qui justement va grâce à Marie nous faire comprendre que nous sommes arrivés au cœur même de ce pour quoi nous avons été préparés pendant ce carême, c’est à dire le mystère de notre rédemption et de cet amour fou.

Seigneur nous voici devant toi, Marie nous a aidés à te contempler, à voir justement derrière le scandale de ta passion douloureuse, la révélation de ton amour jusqu’à l’extrême, tu as tout donné, tu retournes vers le Père, tu nous emportes dans ta charité, le Père nous a tellement aimés qu’il t’a envoyés pour nous sauver, et donc nous accueillons ton amour pour nous, nous voulons avec Marie rester à tes côtés, te suivre en chacune de ces journées de la sainte semaine dans laquelle nous autrons, pour accueillir cette charité avec laquelle tu nous as aimés, et pour la diffuser sur le monde.Que ce parfum que Marie a répandu sur toi, eh bien vienne aussi sur nous pour que nous devenions comme toi une bonne odeur, une bonne odeur de charité, par amour pour toi et par amour pour nos frères,

Amen.

Et je suis le frère Baptiste, Carme du couvent des Carmes de Toulouse, j’aime beaucoup la Bible, l’exégèse et la vie intérieure aussi, puisque comme tous les Carmes, j’aime particulièrement cette prière qui s’appelle l’Oraison, qui consiste en un cœur à cœur avec le Christ dans le silence.

Dimanche 29 mars

Ah, chers amis de Cathoglad, s’il y a bien une chose qui mérite en ce jour des rameaux, c’est d’entendre beaucoup de prédicateurs et commentateurs dire que Jésus est rempli d’humilité en montant sur un âne. Voilà une énorme confusion, car l’âne a toujours été, dans l’Ancienne Alliance, une monture royale.

Et donc, par conséquent, si Jésus, en ce jour de cette entrée messianique et triomphale au jour des rameaux, monte sur un âne, ce n’est pas du tout par humilité.Mais non, il se laisse acclamer, car oui, il est bien ce Messie tant attendu. Et donc, oui, la foule est là à l’acclamer avec ses rameaux, déposant les vêtements sur le sol, et Jésus assume pleinement sa royauté. Il monte sur l’âne, le petit d’une ânesse, comme le précise l’Évangile.

Simplement, notons que parmi les différentes montures royales, il s’agit d’une monture qui n’est pas guerrière, mais une monture pacifique. Car lorsque le roi montait sur un âne, c’est qu’il n’allait pas à la guerre, mais qu’il se promenait tranquillement, et qu’il pouvait être acclamé, contemplé par son peuple.

Donc, si Jésus monte sur un âne, c’est vraiment en roi pacifique.Il est le prince de la paix, et c’est précisément la paix qu’il va apporter à Jérusalem et au monde, dans la passion qu’il va subir quelques jours après.

D’ailleurs, c’est toujours absolument saisissant d’imaginer que dans la même liturgie, nous entendons l’acclamation messianique, et aussitôt, la même foule qui a crié Hosanna, et bien crié à mort, crucifie-le, comme la liturgie de ce jour nous l’a fait vivre.

Alors, oui, rappelons-nous que cette entrée du Christ sur un âne réalise la parole du prophète Zacharie, donc qui annonce l’arrivée du roi à Jérusalem. Tresaille d’une grande joie, fille de Sion, pousse des cris d’allégresse, fille de Jérusalem.Voici que ton roi vient à toi. Il est juste lui et protégé de Dieu. Il est monté sur un âne et sur un poulain petit d’une anesse.

Alors, la foule crie Hosanna au fils de David béni, soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna in excelsis, Hosanna dans les hauteurs. Oui, en criant, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, vous avez certainement reconnu un extrait du psaume 118.Cela nous indique que le peuple de Jérusalem, bien sûr, était pétri de l’écriture sainte, il connaissait ce peuple, les psaumes, et donc, en bon connaisseur de la liturgie juive, le peuple va utiliser un verset psalmique de ce psaume 118, une prière archiconnue que Jésus a accueillie. Mais, bien sûr, nous voyons qu’en le désignant aussi comme fils de David, c’est sa messianité qui est pleinement reconnue.

Vous le savez, à l’époque où le Christ a vécu, il y a eu des quantités de types qui se sont présentés comme étant le messie sauveur tant attendu par Israël.Il y avait, à l’époque du Christ, une sorte de paroxysme dans cette attente de la venue de ce messie sauveur. Et là, le peuple reconnaît en Jésus celui qui était la réalisation de l’attente d’Israël. Et donc, c’est magnifique de voir Mathieu, qui cite le prophète Zacharie, et donc qui reconnaît l’accomplissement des écritures en Jésus.Vous savez que ce sont plus de 300 prophéties qui s’accomplissent dans la vie du Christ et rien qu’une trentaine le jour de la mort du Christ le vendredi sans.

Alors, donc, nous entendons aussi, vous savez que l’évangile a été écrit en grec, que nous entendons aussi résonner ce mot Hosanna, qui est un mot hébreu, bien sûr, et qui est un mot là aussi programmatique puisque ce mot signifie donc littéralement sauve. Dans cette acclamation, il y a un appel à ce que ce messie sauveur réalise ce pour quoi il est venu de nous sauver.Hosanna, ça veut dire sauve. Et donc, c’est une interpellation extrêmement forte qui est lancée au fils de David, à ce messie qui vient réaliser ce pour quoi il est venu.

Et puis, je voudrais, pour terminer ce petit commentaire des rameaux, faire mémoire d’un épisode historique qui s’est produit là aussi un jour des rameaux, une histoire assez incroyable et méconnue.

Nous sommes en 1937. Le pape Pionze, véritable pourfendeur du nazisme, veut se faire entendre de tous les catholiques allemands. Et il va donc rédiger une encyclique, habituellement, vous le savez, les encycliques, les lettres encycliques sont rédigées en latin.Là, il va la rédiger en allemand, mit Brennender Sorge, avec un souci brûlant. C’est quoi cette lettre encyclique ? C’est une condamnation sans appel de l’idéologie nazie et donc de cette idéologie qui est absolument contraire au christianisme. Et le texte de cette encyclique a été rédigé en allemand pour qu’il puisse être largement répandu et annoncé auprès du peuple allemand.Il va circuler sous le manteau, de manière absolument prodigieuse, et finalement, chaque prêtre va être appelé en pleine messe des rameaux, le dimanche 21 mars 1937, à lire le texte du pape Pie XI.

Donc c’est très beau parce que si ce texte a été résonné le dimanche des rameaux, c’était précisément pour que nous puissions comprendre et que le peuple allemand puisse comprendre que nous, nous sommes bien sûr les disciples de ce roi pacifique monté sur un âne et non pas que nous ne pouvons jamais nous afféoder, que nous ne pouvons jamais nous agenouiller devant aucun pouvoir humain.

Et c’est ce que rappelait avec une immense force cette encyclique Miet Breidender’s Orgue.

Alors au début de cette semaine sainte, chers amis de Cathoglad, oui, suivons pas à pas ce messie sauveur qui entre dans la cité sainte où il va verser son sang pour notre salut. Ne nous agenouillons devant aucun puissant ici-bas, mais contemplons, adorons notre sauveur.

Chers amis, je vous bénis de grand coeur au début de cette semaine sainte.Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Samedi 28mars|

Quand j’étais jeune et que j’allais à l’église, je trouvais que les chrétiens parlaient tout le temps de la mort. Alors aujourd’hui, nous allons essayer de traiter ce sujet de la mort. Est-ce un sujet intéressant quand on dit qu’on est une religion des vivants ? C’est quand même très étrange.La mort est très présente dans la foi chrétienne. Mais alors, pourquoi ?

Premier point, petit détour par l’économie. En économie, tout ce qui est limité prend de la valeur.C’est hyper clair aujourd’hui, quand on est dans une phase de sécheresse, il manque de l’eau, l’eau a énormément de valeur. Quand on a faim et que le frigo est limité, trouver un aliment a énormément de valeur. Tout ce qui devient précieux est en général assez rare.Si ça me manque, ça prend de la valeur.

Donc les chrétiens vont poser, affirmer la limite du temps. En fait, notre temps est compté.Je me suis dit comment illustrer ça ? Dans les études, ça se voit. Quand je n’ai pas d’examen et que j’ai du temps, je ne travaille pas du tout. Je perds mon temps. J’en ai tellement que je ne sais pas quoi en faire. Alors je divague, je vais sur des jeux vidéos, je perds mon temps. Pareil au boulot, quand il n’y a pas d’échéance, ça se relâche, ça se détend.

Alors que quand l’examen arrive, je vais bosser comme un furieux, je vais m’organiser, je vais travailler les matières. Je vais dire à tout le monde que je suis à la bourre, que je n’ai pas de temps. Mais en fait, ça me dynamise et me structure.Donc quand on pose une échéance, ça nous tient.

À l’échelle de la vie, poser la mort, ça vient en fait dire « regardez, si la vie est limitée, ça veut dire qu’elle a beaucoup de valeur ». Donc les chrétiens sont des gens géniaux. Jésus-Christ est absolument génial.À nous dire que la mort est importante, il vient nous dire « la vie a une valeur énorme ».

Petite note de bas de page entre nous, si dans notre société, on ne parle jamais de la mort, en fait c’est la vie qui perd de sa valeur. Si on n’a pas de fin, si tout ce qu’on fait est illimité, j’entends souvent cette expression « on ne décide plus, on passe son temps sur le rond-point, on ne s’engage pas parce que ce n’est pas grave, j’ai le temps, je ferai ça plus tard, je vais voyager ». D’accord, mais en fait non. La vie étant limitée, comment je fais pour que j’ai 20 ans, ce soit la plus belle année de ma vie.J’ai 25 ans, ce soit la plus belle année de ma vie. J’ai 65 ans, que ce soit la plus belle année de ma vie. J’ai 105 ans, comme un compagnon dont on m’a parlé hier, un compagnon jésuite, 105 ans, il arrive encore à faire de sa journée la plus belle journée de sa vie.Ça, c’est le défi chrétien. Le temps est limité.

Si le temps est limité, la grosse question c’est « j’en fais quoi de mon temps ? ». Et donc en fait, la question de la mort nous place devant la question du sens de l’existence.Et vous voyez que c’est énorme. C’est vachement compliqué de dire comme ça spontanément « le sens de mon existence, c’est ceci ou cela ». Pas grave. Comme Jésus est le chemin, la vérité est la vie.Il est ce processus de découverte du sens de l’existence. Nous, comme on est chrétien, on peut regarder Jésus. Et comme on le regarde, on va enquêter sur « c’est quoi une vie qui a du sens ? ».

Puis on le voit, lui, il est serviteur, il est à l’écoute, il est dévoué, il prend soin des malades, il prend soin des gens qui vont bien, il prend soin des riches et des pauvres, il est jeune chez tout le monde.Donc en fait, il nous indique, il nous permet par l’action de chercher le sens de notre existence. Et derrière, Dieu ne trompe pas. Quand la vie est belle, quand la vie, moi j’aime bien dire, a de la gueule, il nous donne, Dieu, la paix, la joie, la tranquillité qui dure.

Je me rappelle de cette journée que je passais avec ma grand-mère quand j’étais petit. Oui, parce que ma grand-mère m’a appris à aimer. Je me rappelle de ce concours de sport qu’on a gagné parce qu’on formait une équipe qui était belle.Donc Dieu met un coup de stabilo, il met un like, il dit ça, ça gêne, garde. De la même manière, quand on n’est pas câblé ou orienté vers le sens de l’existence, qu’on joue un peu à côté, on est dans la compétition, on veut absolument gagner, mais du coup on joue seul, on n’est plus avec nos coéquipiers, on travaille solitaire.

En fait, on devient sec et mécontent.Il peut y avoir de la joie parce que j’ai gagné, mais j’ai gagné tout seul. Cette joie, elle ne dure pas. Petit à petit, je me dessèche.

Donc Dieu, en fait, il indique la mort pour dire la vie est un challenge et ensuite dans la vie, il va nous marquer les moments qui sont une vie vivante à fond. En gros, la mort va nous inviter à chercher l’essentiel. Parce que je suis mortel, parce que ça va se finir un jour, le temps qui me reste, je vais vraiment le mettre au bon endroit.Cela nous permet d’affirmer notre foi. On va passer dans la vie par des hauts et des bas, par des trajectoires compliquées. Pourquoi on a le carême ?

Pour se rappeler tous les ans que ce qui gagne, ce n’est pas les difficultés, c’est une issue positive qu’on ne connaît pas encore, puisque nous aujourd’hui, on est dans la difficulté.Donc en fait, le Christ nous montre aussi que sa mort, comme ce n’est pas la fin de l’histoire, l’enquête va continuer. Donc nous aussi, on peut tirer profit, si on peut dire, de la mort de Jésus qui est dépassée. Ça veut dire que notre temps est limité, donc il est précieux.Mais quand ensuite on se plante au quotidien, on pourra dépasser ses erreurs pour ressortir vers plus de vie.

Alors apprenons à faire la différence. Il y a d’un côté la vie, il y a d’un autre côté la mort.La vie, c’est ce qui dynamise, ce qui donne de l’énergie, ce qui connecte aux autres. La mort, c’est ce qui déconnecte des autres, c’est ce qui fait que je prends, j’accapare, je veux que ça revienne à moi. Et si on apprend à distinguer, alors dans mon ordinaire, je pourrais choisir plus la vie, ce qui connecte aux autres, ce qui offre, ce qui stimule, et rejeter ce qui renferme, ce qui est plus étroit ou aigri presque.

Là, je vous propose un outil qui s’appelle en langage technique l’examen. Mais on pourrait dire, c’est la reprise de ma journée. De nouveau, c’est l’entraînement. Comme en fin de journée, je peux me dire, tiens, mais seigneur, où est-ce que tu étais au rendez-vous? Je t’ai vu et j’ai joué le partenariat. Merci. Ou est-ce que je peux dire, seigneur, je t’ai vu, mais je n’ai pas joué le partenariat.Pardon.

Par exemple, un collègue qui est venu, pour le merci, il arrive, il propose un café, je dis oui, je suis dispo et je laisse ma tâche et je le suis. Pour le pardon, il arrive, je dis non, je suis occupé, j’ai des choses à faire, je ne peux pas te voir aujourd’hui.En plus, je ne l’aime pas trop et ça m’arrange de dire que non, non, je dois finir ce que j’ai là. Ça, ce sera le pardon. Seigneur, je n’ai pas saisi la vie et je l’ai reconnu.

Puis il y a le s’il te plaît. Le s’il te plaît, c’est ce troisième temps où je vais, demain, seigneur, je crois que ce serait important que je fasse attention à telle relation, à telle personne, à tel trait de caractère. Par exemple, facilement, je critique un tel ou une telle.Facilement, je ceci ou je cela. Ou je dis que je ne suis pas disponible avec mon mari, ma femme. Je vais dire non, je ne peux pas, je nourris les enfants.Au lieu de dire oui, on va se parler, je t’écoute.

Donc je redis cette technique, elle est assez simple. Merci seigneur.Où est-ce que j’ai rencontré la vie aujourd’hui? Pardon seigneur. Où est-ce que j’ai refusé la vie aujourd’hui ou choisi la mort? S’il te plaît seigneur, demain, aide-moi à avoir un lieu où je peux essayer de m’améliorer.

Alors la mort est vraiment une bonne nouvelle.C’est ce qui donne sens à notre existence. Le Christ vient nous dire la mort n’est pas la fin de l’histoire. Dans notre petite mort du jour, comment vivre comme les ressuscités?

Vendredi 27 mars

Bonjour. Aujourd’hui, nous allons essayer de comprendre faire silence devant le monde, la grâce du repli. Faire silence, se replier, être en retrait, ça veut dire qu’on va entendre tout ce qu’on a à l’intérieur.

Et bien souvent, on en a peur. J’ai cet exemple il n’y a pas très longtemps d’un jeune qui devait aller en retraite et le jour même, il a annulé. Non, j’ai trop peur, je sais ce que je vais entendre et je ne veux pas l’entendre.

Alors, la grâce du repli, se retirer, ça va être un combat, une manière de sentir que va-t-il se passer si je me retire.

Premier élément, notons que le monde va vite. Nos journées sont rapides.Il y a du travail. Les jours et les nuits s’enchaînent. Le monde est sans fin, c’est-à-dire que ça ne s’arrête jamais.On parle de flux, flux de réseaux sociaux, flux d’informations, flux du trafic routier et les bouchons, on n’aime pas ça parce que c’est le flux qui s’arrête. Donc, on est dans un monde qui va vite et qui n’invite pas du tout à s’arrêter. D’ailleurs, on voit des gens qui s’arrêtent pour des pressions, nous-mêmes on s’arrête pour des pressions.Ce n’est pas bien vu socialement ou on se sent désocialisé. Donc, on n’est pas dans un monde où le repli est à la mode.

De la même manière, on est dans un monde que j’appelle problème-solution.Problème, il y a une difficulté, il faut aller à tel endroit. Solution, on va mettre un train, un avion, un bus, un tram, je ne sais quoi. Et donc, le but du jeu, quand il y a un problème, c’est de le résoudre, c’est de faire sauter le problème.

Imaginez si je vais dans le silence et que j’entends mes problèmes, comment je vais les résoudre dans le silence ? Si c’est moi le problème, quelle horreur ! Par peur de ne pas pouvoir résoudre le problème, on va exclure la retraite, le repli. Je ne veux pas entendre ce qui se passe au fond de moi.

Alors là, il va falloir se battre.Parce qu’en fait, nous ne sommes pas faits comme un téléphone ou le monde. Nous ne sommes pas un problème, nous sommes un mystère. Ce n’est pas du tout pareil. D’ailleurs, c’est le nom d’un dessert, le mystère, et d’un dessert doux, sucré et agréable. C’est une meringue qui a à l’intérieur une boule de glace. C’est-à-dire, quand on creuse la meringue, on tombe sur une pépite.

Ah, ça va être ça la retraite. Creuser pour tomber sur une pépite. Un défi pour rentrer en soi, c’est de repérer quand est-ce qu’on expérimente le silence.Or, bien souvent, on va le vivre quand autour de nous, les choses se calment. Ce n’est pas forcément des moments où on va bien. Quand on est obligé de se taire, c’est des moments qu’on n’aime pas.Donc, si les expériences de silence qu’on a, comme je le disais tout à l’heure, c’est l’exemple de la dépression, où on me demande de me taire à tel et tel moment, où je n’allais pas bien, du coup je ne savais pas quoi dire, quoi penser, alors on a une expérience négative du silence.

Et forcément, quand il y a de l’activité, quand on fait des choses, quand on est sur un terrain de foot, on n’est pas en silence. Et on adore ça.Donc, il va falloir faire attention et décorréler le moment où je choisis le silence du moment où je subis le silence.

Et pour descendre en soi, descendre à l’intérieur, creuser le mystère, donc fermer ce qu’il y a à l’extérieur pour rentrer à l’intérieur, eh bien ça, ça va être une expérience positive de silence. Mais cette expérience positive, elle doit s’appuyer sur le fait que j’ai confiance en moi.Je suis quelqu’un de bien.

Alors quand je dis j’ai confiance en moi, parfois c’est très difficile à entendre ça, parce que justement, on va dire mais non, je n’ai pas confiance en moi, je suis qui, je suis quoi, je ne sais pas. Eh bien Dieu a confiance en nous.Et dans le silence, en rentrant à l’intérieur, ce que l’on va découvrir, c’est Dieu qui est déposé au fond de mon cœur et qui dit, viens, j’ai besoin de toi pour inventer quelque chose de formidable, toi-même, ta vie.

Donc le retrait, ça va être quitter l’activité pour descendre dans le silence. Ce silence est un lieu sécurisé.Moi j’aime bien dire que c’est comme un laboratoire, les petits laboratoires de chimie où à l’école, quand on est petit, on met deux produits dans un tube à essai et ça fait une petite explosion ou ça change de couleur. Il n’y a aucun danger, il n’y a pas assez de choses pour que ça explose.

Quand on fait silence, on est dans une activité retirée, c’est relativement passif.Donc on va ressentir des choses, mais c’est comme dans un laboratoire. On va les ressentir fort, mais en fait il ne se passe rien. Je suis dans une chapelle, je suis dans le métro ou dans le bus en allant au travail et j’ai décidé de faire silence, de ne pas mettre de musique.

Ce laboratoire-là va rendre lisibles, claires, les mouvements de mon âme. On pourrait dire autrement ce que je vis à l’intérieur, les échos de ce qui se passe dans ma vie. Donc en fait le repli me fait peur, mais ce que je vais y vivre n’est absolument pas dangereux.Moi je me souviens, quand je faisais mes études, je n’aimais pas du tout mes études, je le savais que je n’aimais pas mes études et je ne voulais pas faire de retraite parce que je me disais que je vais entendre que je n’aime pas mes études et que j’ai raté ma vie parce que je ne fais pas ce que j’aime.

Et en fait, qu’est-ce que j’ai entendu en faisant silence ? Pas du tout ça. J’ai entendu « je n’aime pas mes études », mais j’ai pu entendre des choses toutes petites qui me disaient « oui parce que moi j’aimerais être avec les gens ». Je ne m’attendais pas à ça. Descendre dans le silence m’a fait découvrir les petites flammes que je portais et qu’on ne voit pas quand on est à 100 000 à l’heure dans l’activité.

Alors j’aimerais terminer en vous donnant quelques trucs. Où rencontrer le silence ? Alors il y a les grandes formules d’aller quelque part, dans un monastère, dans un centre spirituel pour faire une retraite.Nous les jésuites on aime bien ça, proposer les exercices de Saint Ignace, pour se poser avec la Bible et imaginer ce qui se passe, prendre le temps d’être avec Jésus, de le voir agir.

Mais on peut aussi dans plein d’autres lieux différents pour vivre le calme. Si vous n’en avez pas les moyens, on peut aussi descendre un arrêt de bus plus tôt et marcher ce soir-là.La semaine a été compliquée, on a plein de choses, parfois négatives, sur le cœur. Je sors un arrêt plus tôt et je marche, je me défoule, je dis « Seigneur, regarde tout ce que je porte, ça moisit presque à l’intérieur, je te l’offre dans le silence, ça remonte et ça apaise. » De la même manière que ce soir-là il fait beau, je rentre à pied de l’école, du boulot, et j’en profite.

Moi j’aime beaucoup le jardin aussi, comme lieu de calme où on va parfois par le travail, prendre soin du jardin, c’est aussi prendre soin de soi. Moi je me souviens, je parlais un peu aux plantes quand j’étais plus jeune. Je leur racontais ma journée, ma vie, c’était une manière de vivre mon petit laboratoire intérieur, ce qu’il y a là-dedans, et de l’offrir au Seigneur.

Alors je vous invite vraiment à ce retrait du monde, à fermer les paupières et rentrer dans le mystère de notre vie, dans ce que nous sommes à l’intérieur. C’est fin, c’est délicat. Quand on a le nez dans le guidon, on ne voit rien, on ne voit même pas où on va.OK, on produit quelque chose de beau, un effort, c’est nécessaire. Quand on est dans le repli, on fait le point carte. Au fait, c’est quoi mon désir ? Je vais où ? Qu’est-ce que je vis dans l’existence ? Ça peut paraître énorme, mais ça existe déjà.Et Dieu, dans le silence, nous redit tout ça avec sa petite musique à lui.

Seigneur, offre-nous d’être à l’écoute de cette petite musique intérieure, qu’on l’entende davantage pendant ce carrément, et qu’on puisse suivre cette musique sans avoir peur. C’est nous-mêmes, c’est nous-mêmes que tu nous as donné, tu nous as donné ça.Nous sommes cette petite musique, nous sommes partenaires avec toi de cette musique, que nous puissions la suivre.

Amen.

Mercredi 25 mars

Bonjour, aujourd’hui nous avons de nouveau un passage important tiré de l’Évangile selon saint Jean. « Avant qu’Abraham fût, moi je suis ». Cette parole de Jésus, elle est magnifique, elle est extraordinaire, elle est même provocatrice comme on le verra. Mardi dernier, je ne sais pas si vous vous rappelez, mais je vous ai commenté cette autre phrase de Jésus, toujours dans l’Évangile de Jean, chapitre 8, verset 28. « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez que moi je suis ».

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans l’Évangile selon saint Jean, il y a beaucoup de « je suis ». Mardi dernier, je n’ai pas eu le temps d’expliquer, d’approfondir, d’explorer ce « je suis » de Jésus. Mais puisque ce jeudi, l’Évangile nous propose une parole forte de Jésus, où il prend clairement position par rapport à Abraham, c’est quand même impressionnant cette phrase. Avant qu’Abraham fût, donc un verbe au passé, moi je suis, un verbe au présent, et une forte accentuation sur cette présence quasi intemporelle de Jésus.

Alors, explorons le sens de ce « je suis ».

Nous avons sans doute deviné que derrière cette parole, derrière ce « je suis » de Jésus, il y avait ce fameux « je suis qui je suis » dans le livre de l’Exode, lorsque Dieu se révèle à Moïse dans le buisson ardent. Et donc, Jésus fait effectivement référence à ce « je suis », à ce Dieu qui est « je suis ». Parole de révélation qui ne peut pas laisser indifférents les Juifs contemporains qui l’ont entendu, et on comprend que cela a été très provocateur.

Mais en fait, l’Évangile de Jean abonde en affirmation de ces « je suis ». Il y a plusieurs « je suis » que j’aimerais vous indiquer. Le premier « je suis » apparaît dans le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Dans ce discours, la Samaritaine, à un moment donné, lui pose la question « es-tu le Messie ? » Et Jésus répond « je suis » égaux à Amy. Au chapitre 6, « c’est moi lors de la tempête, je suis, n’ayez pas peur.» « Si vous ne croyez pas que je suis, au chapitre 8, au chapitre 13, afin que vous croyez que je suis. » Et au chapitre 18, un texte un peu étonnant, lorsque Jésus est arrêté au jardin de Gethsémanie, Jésus dit « je suis » et les soldats reculent les mêmes tombes.

Ce « je suis » de Jésus est très fort et très puissant. Ce sont les « je suis » absolus de Jésus, comme celui que nous avons lu avant qu’Abraham fût « je suis ». Mais aussi, il y a de nombreux autres « je suis » qu’on pourrait qualifier de métaphoriques. Au chapitre 6, « je suis le pain de vie. » Au chapitre 8, « je suis la lumière du monde.» Au chapitre 10, « je suis la porte, je suis le bon berger. » Au chapitre 11, « lors de la résurrection de Lazare, je suis la résurrection et la vie. » À Thomas qui lui posait des questions au chapitre 14, « je suis le chemin, la vérité et la vie.» Au chapitre 15, « je suis la vraie vigne. » Alors que les synoptiques de Matthieu, Marc et Luc nous présentent l’identité de Jésus de manière très impersonnelle, quand viendra le Fils de l’homme, voilà. Mais ici, dans l’évangile de Jean, ce « je suis » est très fort, très révélateur. Il nous révèle une identité profonde de la personne du Christ Jésus. Nous révélons ainsi que Jésus est en lui-même révélation de Dieu. Il est Dieu et révélation de Dieu. « Qui m’a vu a vu le Père », nous dit Jésus dans le chapitre 14 de Jean. Et à partir du moment où on comprend que ce « je suis » traverse tout l’évangile, nous sommes provoqués.

Et donc, il n’y a pas beaucoup d’alternatives à ces nombreux « je suis ». Est-ce que Jésus dit la vérité ? Est-ce que Jésus dit n’importe quoi parce qu’il veut bien le dire, il est un peu fou ? Ou est-ce que Jésus est dans la vérité lorsqu’il révèle ces différents « je suis » ? Donc, je suis tenu de réfléchir, de discerner, de prendre une décision. Et c’est pour ça que ces nombreux « je suis » ont pour but de provoquer l’acte de foi. C’est pour ça que ce fameux Thomas qui ne savait pas qui était vraiment ce Jésus et que Jésus lui dit « je suis le chemin, la vérité et la vie » et bien ce fameux Thomas devra finalement toucher les blessures de Jésus crucifié, ressuscité pour faire cet acte de foi « mon Seigneur est mon Dieu ». Donc, nous allons poursuivre au cours de ce temps de carême et même durant le temps de Pâques cette lecture de l’Évangile selon saint Jean.

Et bien, nous sommes invités, j’ose encore une fois utiliser le mot « provoquer » à prendre position et à découvrir qui est ce Jésus pour moi. Alors aujourd’hui, la question se pose dans ma méditation personnelle, dans mon temps de prière, dans mon temps de lecture de la Parole de Dieu, à travers les différents événements de rencontre que je vais vivre aujourd’hui, et bien, qui est Jésus pour moi ? Qui est Jésus au cours de cette journée ? Et comment Jésus se révèle-t-il à moi pour que je le reconnaisse, non seulement comme homme, mais comme vrai Dieu, qui veut donner sa vie par amour pour moi, qui veut donner sa vie sur la croix pour me sauver, me libérer, me guérir, me transformer ?

Alors, je vous souhaite un très, très bon carême, bonne poursuite dans votre démarche, et que l’Esprit Saint vous accompagne pour vivre cette rencontre personnelle avec ce « Je suis ».

Mercredi 25 mars

La fête de l’Annonciation Chers amis, je vous propose de faire aujourd’hui un peu de théologie. Ce n’est pas tous les jours et la fête de l’Annonciation est une occasion extraordinaire pour méditer sur les mystères du salut.

En effet, la fête de l’Annonciation a quelque chose d’unique et de merveilleux, non pas d’abord dans le fait qu’une jeune femme de notre race accepte le projet que lui fait son sauveur, mais d’abord par l’action de ce sauveur qui décide, pour nous sauver, de venir habiter dans le sein d’une femme. Beaucoup de questions théologiques se sont posées et continuent d’agiter les ménages des théologiens sur cet événement.

Est-ce que c’est vraiment une personne de la Trinité qui vient dans le sein de Marie ? Est-ce que cette personne assume une nature humaine ? Est-ce qu’il y a deux natures dans cet individu qui est dans le sein de Marie ? Est-ce que cet individu est comme adopté par Dieu ? Est-ce qu’il est Dieu lui-même ? Est-ce qu’il est une personne humaine ? Est-ce qu’il est une personne divine ? Bref, il y a beaucoup de questions et je ne voudrais en garder qu’une, simple mais déterminante.

Qui est celui qui aujourd’hui vient et grandit dans le sein de la Vierge Marie ? Qui est-il ? Et je ne suis pas sûr que nous soyons tous bien au clair sur cette question.

C’est Jésus, bien sûr, c’est l’un d’entre nous et c’est le Fils de Dieu. Mais la personne qui est là en Marie est cette personne dont parle saint Jean au commencement était le Verbe. C’est celui qui est mentionné dans l’Ancien Testament. La sagesse était là quand tu fis toutes tes œuvres, elle dansait dans ta création. C’est celui qui est né de Dieu. Lumière née de la lumière. C’est cette personne-là. Mais attention, la Trinité n’a pas été diminuée d’une personne pendant le temps où Jésus était avec nous. Et cela a parfois un petit peu le danger. Jésus est Dieu et donc il est là et il est parmi nous.

Mais alors, qui est le Fils dans cette Trinité ? Qui est-il pendant que Jésus marche ici-bas ? Et trop facilement, nous projetons nos considérations humaines sur Dieu, sur qui il est. Or, il est immuable. Rien ne peut changer en Dieu. Et donc, lorsqu’il prend chair, ce n’est pas lui qui vient se glisser dans le ventre de Marie. Mais c’est ce qui est là, une matière qui est totalement assumée par lui, pour qu’il devienne la personne, le suppôt de cet individu qui pousse dans les entrailles de sa mère. Jésus-Christ, notre Sauveur. Il n’y a jamais eu un Jésus tout à fait humain qui aurait été adopté par Dieu. Mais il y a directement, tout premièrement, la personne divine du Verbe de Dieu qui vient dans le sein de Marie et se développe pour devenir Jésus que nous connaissons. Quelle est la conséquence de cela ?

La première conséquence, la plus simple et la plus importante, Dieu a vraiment pris notre chair. Et c’est parce qu’il a pris notre chair qu’il sauve tout ce que nous sommes. Ce qui n’a pas été assumé n’a pas pu être sauvé, disent les pères de l’Église. Et donc, pour nous sauver corps et âme, le Seigneur décide de venir investir tout ce que nous sommes.

La deuxième conséquence, c’est que notre humanité a sa place auprès de Dieu. Le Verbe n’a pas emprunté une humanité. Il a assumé notre chair et la gardera jusqu’à la fin du temps. Et ainsi, l’homme a droit de citer dans le cœur de Dieu. Et c’est avec notre humanité, notre corps, qu’un jour nous verrons Dieu.

Et enfin, la troisième conséquence, la plus gratuite, la plus belle peut-être, est que par son oui, la Vierge Marie ne devient pas simplement l’instrument du Très-Haut, ou celle qui va prêter ses entrailles par obéissance au Fils de Dieu. Elle devient vraiment la mère de Dieu, en tant qu’elle est vraiment mère de cet individu de nature humaine qu’elle porte. Et comme nous l’avons dit, cet individu est la deuxième personne de la Trinité, le Verbe.

Évidemment, Marie n’en est pas la source en tant que Dieu, mais puisqu’elle est la mère de Jésus, elle est vraiment la mère de Dieu.

Petite résolution pratique pour la journée. Puisque Dieu a assumé tout ce que j’étais, hormis le péché, il est passé à travers toutes les situations, les tentations, les passions que je peux connaître. Lui s’en est sorti indemne, si j’ose dire. Et pourquoi pas lui confier, non pas simplement comme à un Dieu très loin dans le ciel, mais à cet homme qui a choisi de venir habiter ma chair, pourquoi pas lui confier tel lieu de combat où je lutte particulièrement peut-être avec mes passions, avec ma chair. Car Jésus, lui aussi, a voulu connaître et vivre ce que je vis.

Prions, la bienheureuse Vierge Marie. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes, Vierge Marie, et le fruit de vos entrailles est béni. Aidez-nous à reconnaître que le fruit de vos entrailles est vraiment, personnellement, la deuxième personne de la Trinité, notre Seigneur et notre Dieu. Aidez-nous à comprendre, Sainte Vierge Marie, que le chemin que Jésus a pris pour venir jusqu’à nous est le même chemin qu’il nous propose pour aller vers lui. Nous voulons ressembler à Jésus en toutes choses, et donc nous nous plaçons entre vos mains, et nous nous disposons, nous aussi, à grandir dans votre sein pour que vous soyez notre mère dans l’ordre de la grâce.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Mardi 24 mars

Bonjour, aujourd’hui nous allons accueillir cette parole de Jésus dans l’Évangile de Jean, au chapitre 8, verset 28, lorsqu’il affirme « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que moi, je suis ». Aujourd’hui, j’aimerais me concentrer sur le verbe élevé que Jésus utilise plusieurs fois dans cet évangile selon saint Jean. Le verbe élevé vient du grec, veuillez me pardonner pour ce petit cours de grec, « upsōs » ou le substantif « upsōsis », l’élévation.

Ce terme peut avoir deux grandes significations, d’abord une signification plus spatiale, donc élevé physiquement, un objet hissé vers le haut, mais aussi un sens plus honorifique, c’est-à-dire exalté, donné une dignité supérieure, voire même glorifié.Dans l’Évangile de Jean, cette ambivalence est constante, c’est-à-dire que Jean constamment utilise les deux sens de ce verbe pour parler d’une réalité importante qui traverse non seulement tout son évangile, mais aussi qui nous permet de voir la fin ultime, le centre de cet évangile dans l’événement de la mort de Jésus, qui sera bien sûr élevé sur la croix pour être glorifié.

Quand Jean parle de ce verbe élevé, il fait référence à un texte de l’Ancien Testament que nous lisons habituellement le vendredi saint, dans le livre du prophète Isaïe, au chapitre 52, en parlant du serviteur souffrant, ce serviteur qui sera humilié, qui sera tué et qui sera exalté, élevé et exalté. Isaïe, chapitre 52, verset 13. Ce schéma paradoxal, extrême humiliation, extrême glorification annoncé par le prophète Isaïe, s’accomplit dans l’Évangile de Jean.

Et donc Jean a cette référence du prophète Isaïe lorsqu’il comprend ce que Jésus va vivre dans le mystère de sa crucifixion. Les occurrences sont nombreuses dans son Évangile, je n’en reprends que quelques-unes. Par exemple, lorsque Jésus rencontre Nicodème, au chapitre 3, verset 14, il lui dit effectivement que ce serpent élevé par Moïse, comme on l’a vu dans le livre des nombres, eh bien, ce serpent élevé sera exalté, sera source aussi de guérison. Ici, au chapitre 8, bien sûr, on a déjà cité ce passage, quand vous aurez élevé le fils de l’homme, eh bien, vous pourrez connaître que je suis. Au chapitre 12, l’expression est reprise, quand j’aurai été élevé de la terre, la foule reprend cela au verset 34, mais au verset 33, l’évangéliste va être encore plus explicite, puisqu’il affirmera, je cite, « Il disait cela pour signifier de quelle mort il allait mourir.»

Donc, être élevé dans l’Évangile selon saint Jean signifie être crucifié. Mais chez Jean, cette équivalence ne réduit pas le sens, elle le révèle. La croix n’est pas seulement une exécution, elle est simultanément une exaltation. Dans la perspective historique, élever quelqu’un sur une croix signifie l’exposer, l’humilier publiquement, l’exécuter.

Mais Jean, lui, inverse radicalement la perspective, puisque l’abaissement devient glorification, la défaite devient une victoire, la condamnation une révélation, et la mort la manifestation de l’amour de Dieu. La croix devient ainsi le trône glorieux du Christ. Chez Jean, la passion n’est jamais présentée comme une tragédie, mais comme l’heure de la glorification. Et ce thème de l’heure dans l’Évangile de Jean est aussi un sujet très important. L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Cette heure, évidemment, désigne l’événement de la passion.

Et c’est aussi, comme on le voit dans le passage d’aujourd’hui, l’événement de la révélation. Dans ce fameux passage de Jean, chapitre 8, verset 28, Jésus dit bien, « Alors vous connaîtrez que je suis ». Là, ça, c’est un thème extrêmement important qu’on n’a pas le temps d’aborder maintenant, mais jeudi, je vous expliquerai le sens de ce « je suis » de Jésus. Ce « je suis » qui nous révèle, dans l’événement de la croix, son heure glorieuse, qui nous révèle qui il est pleinement. Je suis. Cette identité divine nous est pleinement donnée, révélée, dans cette heure de la glorification.

Mais puisque Moïse, dans le livre des Nombres, nous révèle aussi que cette élévation apporte le salut, la guérison, eh bien, cette glorification de Jésus n’est pas qu’un autocentrement sur le Christ, mais dévoilement de la grâce qui va jaillir de son côté, transpercer, pour que nous puissions être guéris, libérés, rachetés, transformés par la grâce du Christ. Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi, et donc, cette élévation n’est pas seulement glorification, mais aussi libération et guérison. Nous pouvons le remarquer dans les évangiles synoptiques de Matthieu, Marc et Luc, la glorification vient après ou avec la résurrection.

Mais dans l’évangile de Jean, la glorification de Jésus est déjà pleinement vécue à la croix. Alors, en ce temps du carême, puisque nous découvrons jusqu’à quel point Jésus est glorifié dans cet événement de la croix, comment est-ce que je me prépare à me centrer, à me concentrer dans ce temps des 40 jours, à vivre pleinement le but ultime de ce temps du carême?

Aujourd’hui, je suis invité à prier et à me poser vraiment la question, comment mon carême m’oriente et me concentre sur cette heure de Jésus? Comment cette journée que je vis aujourd’hui me permettra de plonger plus radicalement dans ce mystère de la mort-résurrection du Christ, glorifié, exalté, et qui veut me guérir, me sauver, me libérer?

Alors, je vous souhaite un bon temps de carême et une belle journée. Que l’Esprit Saint vous éclaire et vous aide à vivre cette réflexion sur le sens de la glorification de Jésus à l’heure où il est crucifié.

Lundi 23 mars

Dans cet évangile de la femme adultère, nous assistons à une scène tout à fait unique dans l’évangile, dans laquelle le Christ écrit.

vous réfléchissez, le Christ n’a jamais rien écrit. La seule chose qu’il a écrite, c’est, selon ce que nous venons d’entendre, sans doute la liste des péchés ou quelques phrases de l’Ancien Testament, qu’il a écrit avec son doigt dans la poussière du sol. D’abord, cela nous enseigne que le Christ ne nous a pas donné un livre. La Bible n’est pas ce que Dieu nous a donné. Dieu nous a donné lui-même.Il nous a donné son propre fils. Il s’est fait homme.

Et la Sainte Écriture nous rapporte ce que le Christ est venu accomplir parmi les hommes.Ce que le Christ a écrit avec son doigt dans la poussière, finalement, a été balayé par le vent. Et seuls ceux qui étaient sur place ont peut-être déchiffré ce qu’il avait écrit. Le Christ n’est donc pas une parole figée.Le Christ est une parole vivante. Il est une personne. Il est Dieu qui se fait homme pour venir parmi nous, pour habiter parmi nous, et pour nous enseigner, nous révéler son Père, au moyen de sa vie, de ses paroles, de ses œuvres.

Ce que je veux dire par là, c’est que finalement notre religion n’est pas une religion figée. Ce n’est pas un code. Ce n’est pas un code moral. Ce n’est pas une liste de choses à faire ou à ne pas faire. La justice que Dieu vient nous enseigner, elle se trouve dans la personne du Christ. L’homme juste, au fond, n’est pas celui qui suit la loi, qui respecte la loi, ou qui évite le mal.L’homme juste, c’est celui qui développe dans son cœur la vertu de justice, celui qui, dans toutes ses actions, même lorsque personne ne le voit, ne fait que le bien. Les deux vieillards qui ont accusé faussement Suzanne, pensaient que, parce qu’ils n’avaient pas été vus, alors leur réputation d’homme juste était suffisante.

Mais Dieu voit le fond des cœurs. Dieu voit nos intentions. Dieu voit le bien que nous voulons faire, le mal que nous évitons par la force de nos actes. Voilà ce qu’est la véritable justice.Ce n’est pas d’être considéré comme juste. Ce n’est pas d’avoir une bonne réputation. La véritable justice, c’est d’avoir un cœur pur, d’être face à Dieu, dans la lumière de Dieu, et de pouvoir lui dire « Seigneur, pardonnez mes fautes, mais transformez mon cœur, donnez à mon âme cette vertu de justice qui fait les saints, qui fait ceux qui résistent au mal, quelles que soient les difficultés à passer.»

Ce que nous enseigne l’Église, à travers ses textes liturgiques, c’est finalement que, pour être juste, il ne s’agit pas ni d’être simplement vu comme tel par les hommes, ni d’être sans péché. Celui qui est juste, c’est celui qui a développé la vertu de justice dans son âme, et qui demande miséricorde à Dieu. Nul n’est sans péché.Seul Jésus-Christ est le juste par excellence. Celui qui est juste n’est pas celui qui n’a pas commis de péché, mais celui qui est capable de lever les yeux vers le Christ et lui dire « Seigneur, pardonnez-moi. » Voilà ce qui va faire la justice dans notre âme, dans nos vies de chrétiens aujourd’hui, pendant ce temps du carême, parce que nous aurons le courage de nous tourner vers le Christ en lui disant « Seigneur, ayez pitié de moi.Seigneur, transformez-moi. Justifiez-moi. Rendez-moi justice, c’est-à-dire faites-moi miséricorde

Et alors, nous entendrons, comme cette femme adultère qui a eu le courage de demander la miséricorde de Dieu, eh bien nous entendrons le Christ nous dire « Va et ne péche plus. » Voilà la véritable miséricorde. La véritable miséricorde n’est pas l’indifférence face au mal, n’est pas le fait de laisser le mal avoir lieu, mais c’est de se convertir et de laisser le Christ nous transformer et nous rendre meilleurs.Alors que ce temps du carême soit véritablement un temps de conversion, que désormais, ayant bénéficié de la miséricorde de Dieu, nous devenions meilleurs en évitant le péché, en évitant le mal et en faisant le bien. Voilà ce qu’est le cœur d’un homme ou d’une femme juste, c’est celui qui demande pardon, qui confie le passé à la miséricorde de Dieu et qui se tourne vers Dieu pour désormais faire le bien tous les jours de sa vie. Je vous propose de terminer cette courte méditation par une prière que l’on appelle les litanies de l’humilité.Je vous l’appellerai après, mais nous pouvons en faire aujourd’hui simplement, en lire simplement une partie.

Que d’autres soient plus aimés que moi, accordez-moi Seigneur de le désirer. Que d’autres soient plus estimés que moi, accordez-moi Seigneur de le désirer.Que d’autres grandissent dans l’opinion et que je diminue, accordez-moi Seigneur de le désirer. Que d’autres soient employés et que je sois mis de côté, accordez-moi Seigneur de le désirer. Que d’autres soient loués et que je sois oublié, accordez-moi Seigneur de le désirer.Que d’autres soient préférés en tout, accordez-moi Seigneur de le désirer. Que d’autres puissent être plus saints que moi, pourvu que je devienne saint autant que je le peux, accordez-moi Seigneur de le désirer.

Comme résolution pour aujourd’hui, décidons par exemple de dire du bien ou de faire un geste de charité envers quelqu’un dont on dit souvent du mal. Que ce soit votre belle-mère, que ce soit votre voisin, que ce soit votre concurrent, eh bien profitons de cette journée de carême pour lui dire du bien ou au minimum prier pour lui.

Dimanche 22 mars

L’attitude de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui est bizarre. Son comportement est même un peu déroutant. On peine à le suivre.

Au début de l’évangile, Jésus enchaîne une série de réactions difficilement compréhensibles pour ses disciples. D’abord, Jésus est serein. Quand on lui annonce que son ami Lazare est malade, il reste calme, il ne bouge pas.Il se contente de déclarer que cette maladie ne conduit pas à la mort et qu’elle est pour la gloire de Dieu.

Deux jours plus tard, le Seigneur décide de s’en retourner en Judée, là où il compte de nombreux ennemis. Il paraît alors insouciant, voire téméraire pour ses disciples.

Ceux-ci lui font remarquer que les Juifs là-bas cherchent à le lapider. Ils s’étonnent que Jésus veuille y retourner. Mais le Seigneur répond de manière assez énigmatique que celui qui marche en plein jour n’a pas à craindre de trébucher.Et il se met en route pour la Judée. Il se dirige sciemment vers ceux qui veulent le tuer. Et le dialogue devient alors encore plus incompréhensible pour les disciples.

Non seulement Jésus leur apprend que son ami Lazare est mort, mais il affirme qu’il s’en réjouit, car cela va permettre à ses disciples de croire. Ainsi donc, au début de notre évangile, Jésus est successivement impassible face à la mort de son ami, insouciant des menaces de mort à son encontre, et finalement joyeux de la mort de son ami, car ça va causer la foi des disciples.

Donc on comprend que ceci soit un peu dérouté.Mais le Seigneur n’est pas plus facile à suivre dans la suite du texte. A son arrivée à Bétanie, à côté de Jérusalem, il est rejoint par Marthe, la sœur du défunt, qui lui reproche son absence. « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.

En réponse, Jésus adopte encore une nouvelle attitude. Il invite Marthe à la foi et à l’espérance. Il se déclare comme étant la résurrection et la vie.

Rarement dans l’évangile on trouve des déclarations aussi fortes. « Moi, je suis la résurrection et la vie », dit Jésus à Marthe. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Rendez-vous compte, frères et sœurs, à ce moment précis, à quelques pas de là, le corps de Lazare a déjà commencé à se décomposer. Il sent déjà, dira Marthe un peu plus tard.

Et pourtant Jésus lui déclare « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ». Jésus adopte donc l’attitude d’un Messie triomphant.Il s’exprime comme le maître de la vie, comme le vainqueur de la mort. Arrive alors la deuxième sœur, Marie, qui lui fait le même reproche. « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Et elle pleure.

Et les juifs qui l’accompagnent pleurent aussi. Et Jésus pleura à son tour. Et là, on n’y comprend plus rien.

Celui qui un instant auparavant se proclamait la résurrection et la vie, pleure devant le tombeau de son ami. L’évangile nous dit que Jésus fut saisi d’émotions, qu’il fut bouleversé et que les gens autour n’y comprenaient plus rien. Et se demandait même, lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher la mort de son ami Lazare ?

Ainsi donc, à Bethany, Jésus se présente à la fois comme un homme en larmes et comme la résurrection et la vie. Il est à la fois ému de compassion et certain d’être la résurrection. Eh bien, c’est ce contraste, ce paradoxe même, qui fait le mystère de notre foi. Si nous sommes chrétiens, frères et sœurs, c’est parce que nous croyons que Jésus est à la fois vrai homme et vrai Dieu.

Si nous sommes chrétiens, c’est parce que nous croyons quand la personne de Jésus, le Verbe s’est fait chair, que Dieu en Jésus a assumé toute notre humanité, qu’il n’a pas fait semblant. Si bien que Jésus, la personne de Jésus, vrai homme et vrai Dieu, est un divin mystère.

Et c’est ce mystère qui apparaît aujourd’hui à Bethany. Un mystère de la foi, ce n’est pas quelque chose qui arrête notre intelligence, c’est quelque chose qui la dépasse. Le mystère de la foi, ce n’est pas une vérité sur laquelle bute notre intelligence, c’est une vérité que notre intelligence n’aura jamais fini de contempler.

Alors, revenons à Bethany et regardons à nouveau le Seigneur. Plus précisément, regardons comment Jésus nous sauve. Contemplons la manière dont il rend la vie à Lazar. Et regardons bien, car c’est de cette même manière que Jésus veut nous apporter à nous aussi la vie. D’abord, Jésus nous sauve comme un souverain, comme un maître, un vrai maître. Il n’est pas un dirigeant politique qui prend des décisions sans en connaître les conséquences.Il n’est pas comme ses présidents qui déclenchent des guerres courtes, puis en fait s’enlisent dans des conflits aussi malheureux qu’interminables.

Non, Jésus est un vrai souverain, un vrai souverain. Il connaît le prix de ses actions, il sait ce qu’il fait, il assume le poids de ses décisions.Et il sait qu’en montant à Jérusalem, il va au devant de ses ennemis. Il sait qu’en rendant la vie à Lazar, il signe sa propre mort. Il choisit de donner ce signe éclatant, car il sait que ses disciples vont avoir besoin d’une foi plus grande encore pour le suivre en sa passion.Il choisit de se manifester comme souverain de la mort, car demain il se présentera comme le serviteur souffrant et l’agneau du sacrifice. Tout cela, Jésus le veut et le maîtrise.

Frères et sœurs, cet évangile est un appel à notre foi, notre foi en Jésus, notre souverain sauveur.C’est en le reconnaissant comme notre maître et notre seul vrai maître que Jésus devient notre sauveur. Comme Marthe, comme Marie, comme les disciples, disons-lui, oui Seigneur, je le crois, tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde.

Mais ne nous trompons pas sur son règne, ne nous méprenons pas sur sa majesté. Jésus, notre maître et seigneur, se présente aussi comme un ami, comme un ami qui se fait proche, comme un ami qui se laisse toucher, comme un ami qui est prêt à donner sa vie pour nous. Le Seigneur ne reste pas à distance de nos tristesses, il n’a pas peur de pleurer avec Marie, Marthe et tous leurs proches. Il vient à leurs rencontres, il prend le temps d’écouter leurs peines et leurs reproches.Il ne se dérobe pas, mais il les invite à la foi et à l’espérance. Et c’est encore ainsi que Dieu nous sauve, chers frères et sœurs de Cathoglad, comme un ami qui se fait proche, un ami qui partage nos larmes et y mêle les siennes, comme celui qui est plus intime à nous-mêmes que notre propre cœur. Oui frères et sœurs, c’est l’amitié qui a porté Jésus auprès de Lazare et c’est encore cette amitié qui lui fait frapper à la porte de nos corps, de nos cœurs.

La semaine prochaine, nous entrerons dans la semaine sainte. La semaine prochaine, Jésus entrera dans sa passion, mais déjà, aujourd’hui, c’est le même amour qui le conduit à Bethany auprès de Lazare.

Aujourd’hui, nous voyons Jésus, vrai homme et vrai Dieu, qui pleure et qui se réjouit.La semaine prochaine, nous le verrons, qui meurt et qui donne sa vie. Et tout cela n’est qu’un seul et même mystère, c’est l’amour de Dieu qui intervient dans l’histoire et qui nous sauve.

Samedi 21 mars

Bonjour, nous poursuivons la lecture de l’évangile de Jean aujourd’hui, et comme vous l’avez senti sans doute hier, dans le chapitre 7, la tension monte d’un cran. Et donc je voudrais remettre un peu de contexte autour de notre texte, puis vraiment essayer de plonger dans la contemplation de ce verbe incarné de Jésus qui a pris notre chair, et de la manière dont il a choisi de le faire, ce que ça a comme impact sur ses contemporains et sur nous. Et enfin, du coup, je voudrais essayer d’aborder quelques pistes concrètes sur la fin de notre carême, et comment nous pouvons être au plus proche de Jésus dans sa passion, pour accueillir le plus pleinement possible la joie de sa résurrection.

Donc le chapitre 7, il s’agit de la fête des tentes. C’est une grande fête qui dure 7 jours, qui se passe à Jérusalem, et puis elle symbolise, ou elle rappelle plutôt, elle fait mémoire du passage du peuple hébraïque dans le désert. Et donc pendant 7 jours, on vit sous une tente pour se rappeler de la fragilité de la vie, et surtout de la dépendance du peuple à Dieu.

Et ça c’est important ce contexte, pour comprendre un peu mieux l’enjeu de notre passage. Ensuite, on a vu que Jésus hésitait à monter, ou en tout cas disait dans un premier temps à ses proches, c’est pas le moment. Et puis finalement, Jésus monte quand même.

Ce revirement peut paraître surprenant. Moi, j’y vois vraiment comme la disponibilité de Jésus à l’Esprit Saint, qui au départ lui a dit, c’est pas le moment, et puis là, qui lui dit, c’est le moment. Jésus enseigne dans le temple, et son enseignement est choquant, perturbant.

Il bouscule énormément. Pourquoi ? Parce qu’en fait, il vient de Galilée, qui est une région assez perdue, où il n’y a ni tellement de gens, ni une école rabbinique de renom. Et là, on l’entend parler avec assurance.

En plus de ça, Jésus, juste avant notre passage, incarne la figure de la sagesse. Il se tient comme elle, debout. Il s’écrit.On peut retrouver des traces de ça dans le livre des Proverbes. Et il parle de cette eau qui désaltère, cette eau de la sagesse, mais comme nous le dit l’évangile de Jean, juste avant notre passage de nouveau, en fait, cette eau de l’Esprit Saint, qui vient irriguer les cœurs, et qui vient permettre à l’homme de se laisser façonner par le Seigneur, et de se tourner vers lui. Donc voilà les éléments de notre contexte, dans lequel Jésus arrive et parle, parle avec force.

Or, cette parole provoque un schisme, nous dit le texte de Jean, une division. Parce qu’il y a ceux qui, en fait, se laissent façonner, qui se laissent interpeller par ces paroles. N’est-il pas le prophète annoncé, nous disent-ils.Ce prophète annoncé, en fait, c’était une promesse que Dieu avait faite dans le livre du Deutéronome, Deutéronome 18, 18. Et je ferai lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi. Je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira ce que je leur prescrirai.Et donc les gens s’interpellent. Est-il celui qui doit venir ? En fait, ce qui va se jouer, c’est ce que Jésus avait dit à Nicodème, au chapitre 3.

Or, justement, il y a de nombreux liens de notre passage avec Jean 3. Ce que Jésus avait dit à Nicodème, c’est l’enjeu de la liberté humaine. Or, le jugement le voici, disait-il.La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière, ne vient pas à la lumière de peur que ses oeuvres ne soient dénoncées. Mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses oeuvres ont été accomplies en union avec Dieu. En fait, voilà ce qui est en train de se passer dans ce passage-là. Est-ce que ces interlocuteurs vont se laisser façonner ? Est-ce qu’ils vont réussir, comme ces premiers, à se laisser imprégner de ce message, ou comme les gardes qui reviennent vers les chefs des pharisiens ? Ou est-ce qu’au contraire, ils vont basculer dans ce qu’on appelle, en termes bibliques, dans l’endurcissement, dans le fait que le cœur se ferme, et quand il commence à se fermer, souvent il s’enferme de plus en plus, dans une logique de mort. Ici se joue donc un mécanisme qui est décrit par la Bible avec un mot, celui de l’endurcissement.

Les premiers donc se sont laissés interpeller, se sont laissés façonner, irrigués par cette eau promise par Jésus, alors que les autres s’enferment, en particulier les chefs des pharisiens. En fait, à la suite du chapitre 5, plus ça va aller, plus leur cœur va s’endurcir. Et c’est ce que nous voyons quand les gardes reviennent, où ils sont insultants vis-à-vis de la foule, qu’ils traitent de maudits, ou même vis-à-vis de Nicodème, qui leur rappelle la loi, qu’ils pourtant connaissent et sont censés appliquer, eh bien en fait, ils montrent un mépris profond de Nicodème et de la Galilée.

Or, le lecteur attentif sait deux choses, c’est qu’un, il y a eu parmi les chefs des gens qui se sont convertis, en la présence de Nicodème, c’est déjà le premier démenti, et deux, celui qui est le lecteur qui connaît un peu la Bible, sait qu’au moins deux prophètes, Osée et Amos, viennent du Nord. Donc en fait, par ces deux paroles, on voit que les chefs des prêtres s’endurcissent, ne cherchent pas à s’interroger, ne cherchent pas à se laisser bousculer.

Mais comment cela se fait-il ? Comment cela se fait que le Verbe Tout-Puissant ne s’impose-t-il pas plus à ses interlocuteurs ? Pourquoi ne manifesterait-il pas plus à ce moment-là qu’il est vraiment le Verbe, qu’il est vraiment celui qui est attendu, comme les premiers l’ont dit, qu’il est le Fils de Dieu, qu’il est Tout-Puissant, qu’il peut tout faire ? Pourquoi d’ailleurs ne l’a-t-il pas fait après la résurrection ? Pourquoi ne s’est-il pas manifesté à Pilate, ou aux soldats qui l’ont crucifié, ou aux chefs des prêtres, pour leur dire « et alors, vous avez vu ? » Pourquoi Jésus d’ailleurs ne le ferait-il toujours pas aujourd’hui ? Parce qu’il pourrait faire un miracle en live sur Twitch, sur un live Insta ou n’importe quelle plateforme, et au moins les gens se convertiraient.

Pourquoi d’ailleurs ne le fait-il pas pour moi, dans les doutes que je peux avoir, dans les difficultés que je rencontre ? Pourquoi ne se manifeste-t-il parfois pas plus ? En fait, vous voyez, c’est là la profondeur du mystère du Verbe incarné. Quand Jésus a accepté de se réduire, Paul dit même « anéantir » dans le temps et l’espace, il veut le faire par amour pour nous. Il veut vivre toute notre vie dans ce qu’elle est, mais dans la simplicité de ce qu’elle est aussi, dans son quotidien, qu’il souhaite assumer.

Et il a un infini respect de notre liberté. Il frappe à la porte de notre cœur, c’est l’Apocalypse qui nous dit ça, « voici que je me tiens, que je frappe à la porte du cœur, celui qui ouvre, j’entrerai, nous prendrons notre repas ensemble ». En fait, c’est chaque jour que le Christ nous invite à la conversion, mais il ne force pas, il ne forcera jamais. C’est une des traces de la toute-puissance de Dieu, en fait, qu’il puisse même accepter d’être tellement discret qu’on puisse nier son existence et le fait qu’il ait vraiment envoyé son Fils.

Chers amis, c’est ce qu’il me paraît essentiel pour ce message de carême, que nous poursuivons notre conversion. Nous en sommes là dans notre parcours, nous avons réalisé des efforts, il y a eu des réussites, il y a eu des choses que nous avons bien faites, et rendons grâce à Dieu pour tout cela. Et puis il y a eu des chutes, des patatras, des trucs où on a eu la flemme qui a été plus forte finalement, mais cela ne doit pas nous empêcher de poursuivre ce chemin.

Comment allons-nous vivre notre semaine sainte ? Comment pouvons-nous laisser l’Esprit Saint nous préparer à être au plus près de ce Dieu qui nous aime tellement qu’il accepte de vivre toutes nos angoisses, toutes nos morts, toutes nos séparations, qu’il les assume, qu’il les remplit de sa présence ? Alors oui, chers amis, voilà la profondeur du mystère. Elle est cachée, elle est à chercher, et c’est l’Esprit Saint qui peut vraiment nous guider pour sans cesse, toujours plus ouvrir nos cœurs, déposer nos amertumes, déposer nos endurcissements, et lui demander la grâce de cette conversion.

Seigneur, nous te rendons grâce pour ce temps que tu nous offres.À travers ces lignes et cette page d’écriture, tu nous manifestes que notre cœur peut s’endurcir, que nous pouvons faire exprès de ne pas voir des moments où tu nous interpelles, où tu nous remets en liberté. Alors Seigneur, nous nous confions à toi, nous confions nos vies, nous te confions nos chemins que tu connais, de nous ouvrir à la présence de l’Esprit Saint pour sans cesse rendre notre cœur plus malléable, plus souple à ta présence, et le conduire vers toi et cette vie éternelle qui a déjà commencé.

Amen.

Peut-être que nous pouvons demander la grâce de voir, la grâce de voir nos endurcissements, ces lieux où nous avons construit non seulement peut-être des murs de briques, mais des murs en pierres de taille où le Seigneur ne peut plus rentrer. Et dans ces lieux, nous pouvons invoquer la présence de l’Esprit Saint pour que lui fasse tomber les murs.

Vendredi 20 mars

Somme nous des soldats de la vérité ?

Voilà, bonjour chers amis et chers auditeurs de Catoglad. J’interviens aujourd’hui en lien avec surtout la première lecture, cette difficulté face à l’injustice et le juste qu’on traîne dans le mépris etc. De quelle façon nous pouvons être, c’est le thème d’aujourd’hui, soldats de la vérité coûte que coûte.Et bien sûr la vérité a un prix comme le fait d’être soldat. Mais déjà une première remarque, est-ce que cette expression soldat de la vérité pour un chrétien n’est-elle pas un peu forte ?

Est-ce qu’il n’agit pas à nouveau d’être chevalier blanc, faire la morale aux autres sans tenir compte des situations, de leur complexité, etc.

Alors je répondrai simplement, déjà avec saint Paul qui s’adresse à l’un de ses disciples, il s’appelle Timothée, c’est dans la deuxième lettre qu’il écrit à Timothée, au chapitre 2, lorsqu’il dit eh bien souffre avec moi en bon soldat du Christ.

Et dans combien de lettres de saint Paul, il prend cet exemple, cette image du guerrier, du guerrier grec mais au fond qui est habillé un peu comme nos militaires d’aujourd’hui. Prenez les armes de lumière, mettez la cuirasse de la vérité, le glaive de la parole, le casque de l’espérance, etc. Donc ce sont des descriptions et des images qui tiennent mieux, si vous voulez, de soldats, du militaire, du guerrier.

Bon soldat du Christ. Et si vous relisez ce passage de la deuxième épître à Timothée, vous verrez quelque chose d’extraordinaire parce que saint Paul insiste auprès de son disciple pour lui dire ne t’occupe pas des affaires du monde, occupe-toi des affaires de Jésus-Christ. Et en termes militaires, pardonnez-le-moi, ça s’appelle la bulle opérationnelle.

Je l’ai vu sur un certain nombre d’opérations extérieures. Est-ce qu’il rend le retour à la maison où je reviens au quotidien, aux affaires de ce monde ? Vous imaginez le soldat après sept mois en Afghanistan qui rentre chez lui et l’épouse qui lui dit maintenant tu vas chercher les gamins à l’école, tu vas t’occuper du carnet de notes, tu vas faire les courses, tu vas voir pour le rendez-vous chez le médecin. Toutes choses qui n’étaient plus de ses affaires, il n’avait qu’une préoccupation, c’était la mission et tout était ordonné pour cela.

Saint Paul, qui doit bien connaître aussi ce monde, des légionnaires romains j’imagine, redit cela en bon soldat du Christ prend aussi sa part de souffrance.

Donc il y a un coût, mais en restant occupé par la mission.

Alors bien sûr, je sais bien que nous sommes tous bien occupés aussi par les affaires de ce monde, la lessive à faire, les gamins à aller chercher, etc.C’est tout à fait normal. Mais pensons que la mission n’est pas un métier et l’annonce de la vérité en Jésus-Christ, c’est quelque chose qui doit au moins à certains instants nous occuper, nous mettre dans cette bulle opérationnelle, quitte à revenir ensuite.

Alors bien entendu, ce sont des armes de lumière et celle qui est la vérité, c’est une arme tout à fait redoutable, qui peut être pleine de douceur, de compassion. Si par exemple, j’explique que la mort n’est pas une fin, mais qu’elle est un passage, c’est quand même très consolant et ce n’est pas une illusion, c’est la vérité de notre espérance. Nous savons qu’il y a quelque chose, une vie après la mort et une vie dans le cœur du Père. Donc tout ceci est très consolant, mais la vérité peut être aussi tranchante comme un glève.

Alors j’aimerais quand même rajouter ceci, c’est que c’est toujours, et le saint Paul le dit, une vérité dans la charité. C’est-à-dire, amour et vérité se rencontrent, dit le psaume. J’aime beaucoup ce passage.Il n’y a pas d’opposition entre une annonce de la vérité claire, franche, et puis en même temps beaucoup de tendresse. C’est peut-être la façon dont nous annonçons la vérité qui fait qu’elle apparaît comme un couteau qui tue et non pas une vérité qui console et une lumière qui illumine. Donc cela c’est vraiment un élément, je crois, très important.Soldat de la vérité, oui, mais un soldat plein d’amour, plein de tendresse.

Le Père a tant aimé le monde qu’il a donné son fils pour lui. Donc quand on parle du jugement de Dieu, c’est-à-dire que son amour est comme un jugement qui met en lumière nos péchés pour les brûler, pour les dévorer.Donc il faudrait que nous soyons des témoins. C’est un mot qui nous est peut-être plus familier aujourd’hui que celui de soldat de la vérité. Mais enfin, c’est quand même le vocabulaire chrétien que nous affirmions Naguère, les anciens se souviennent, lorsque le jour de la confirmation l’on disait maintenant tu deviens un soldat du Christ, etc.Jusque-là tu bénéficiais de la protection des autres, maintenant c’est à toi d’être aussi acteur et promoteur de la vérité.

Alors pour terminer ce commentaire, je me permets une question qui va peut-être vous apparaître philosophique, mais qui est quand même terriblement importante. Les soldats de la vérité, il faut d’abord connaître cette vérité qu’est Jésus-Christ, mais la réflexion du monde, ou la critique du monde contemporain tient dans ceci. Y a-t-il une vérité ? Au fond, est-ce que tout n’est pas qu’une question de point de vue ?

Et effectivement, par exemple je prends une réalité, le soleil, le monde, le cosmos, il y aura le point de vue du poète, il va écrire un beau poème, il y aura le point de vue du scientifique qui va dire il y a tant de milliards, de millions d’années lumières, etc. Il y aura le point de vue du philosophe qui va dire comment sait-il qu’il y a quelque chose et pas rien, etc. Il y aura peut-être le point de vue de l’homme courant dont je suis qui se dit c’est super, il y a du soleil aujourd’hui, tant mieux pour mon pique-nique, etc.Ou du paysan qui dit heureusement qu’il pleut pour mes plantes. Bon, il y a des points de vue différents évidemment. Si je vous mets un même objet que vous le regardez de face ou de profil, vous ne vénérez pas tout à fait la même chose, mais l’on oublie quelque chose de tout à fait déterminant.

Celui qui a dit qu’il était la vérité a dit aussi qu’il était la lumière, et il n’y a qu’une lumière. Et si je reprends les images que je viens de vous donner, oui, il y aura des points de vue sur la réalité, même sur Dieu, mais une seule lumière que la lumière du soleil. Jésus a dit qu’il était la lumière, donc en fait la vérité que nous avons annoncée c’est Jésus-Christ en tant que lumière, et la lumière est là pour éclairer l’ensemble des choses.Qu’est-ce que cela signifie pour moi ?

Ça veut dire que mon système de pensée, mon filtre, mes lunettes que j’enlève là pour vous amuser, n’est-ce pas, et bien c’est Jésus-Christ, c’est la foi, et je regarde tout de mon point de vue, bien entendu, je suis français, je ne suis pas né dans tel pays d’Afrique ou à l’autre bout du monde, etc., ou j’ai un autre point de vue dicté par ma culture, par ma famille, par ma situation, etc., mes études, certes, mais qui que ce soit, à partir du moment où je suis chrétien, mon référentiel intérieur, ma façon de lire le monde et les autres, et par exemple la personne humaine, bref, cette lumière intérieure est unique et nous la retrouvons, il n’y a qu’une seule vérité, c’est Jésus-Christ.

Voilà peut-être ce que je voulais vous partager sur soldats de la vérité, coûte que coûte, le prix de la vérité, nous le connaissons, et nous allons peut-être prier maintenant, une prière spontanée tout simplement, s’il y a un prix à payer qui peut être celui de notre existence, de notre honneur, peut-être une dégradation, peut-être une mise de côté, peut-être tout simplement le martyr, eh bien je vais demander au Seigneur pour nous tous cette vertu exceptionnelle qu’on appelle le courage.

Seigneur, dans cette annonce de la vérité, donne-moi de revêtir d’abord pour mener le bon combat, comme le dit saint Paul, les armes et les armures de la vérité, la foi, l’espérance, la charité, la parole de Dieu, et surtout Seigneur, donne-moi le courage qui me permet d’aller au-delà de mes peurs avec toute la tendresse de Dieu.

Amen.

Le défi du jour, mes amis, j’ai envie de vous poser la question de la façon suivante, c’est pas une réponse, c’est une question intérieure que vous pouvez vous poser de la façon suivante. Comment je regarde le monde, mais surtout l’autre, l’autre qui peut être tout près dans ma famille.

Quel est mon référentiel, si vous voulez. Est-ce qu’elle est non pas mon idéologie, par exemple la pensée commune qui consiste à dire les vieux sont de trop dans l’autre monde, les personnes handicapées aussi, tout ça ce sont des poids, ou est-ce qu’au contraire, par exemple, j’ai la lumière du Christ, posons-nous cette question en toute transparence à l’égard de nous-mêmes.

Et à ce moment-là, je vais regarder chaque être humain, même la personne handicapée, même celle qui pèse dans ma propre vie, et bien je vais le regarder avec les yeux du Christ.Et là, je serai effectivement soldat de la vérité.

Voilà, j’ai été heureux, très heureux, de partager ce petit moment avec vous. Vous savez que les évêques, puisque je suis évêque émérite de Strasbourg, après avoir été huit ans aux armées, sont docteurs de la vérité.Ce titre est un peu prétentieux, parce que comme chacun de nous, nous cherchons la vérité à tâtons, dans la parole de Dieu en particulier et dans notre tradition. Et puis aujourd’hui, je suis retiré sur Paris, au service de tous.

Merci.

Jeudi 19 mars

Chers amis de Cathoglad, quelle joie de célébrer aujourd’hui Saint-Joseph au cœur de notre carême, une magnifique solennité que la liturgie de l’Église nous offre. Il y a quelques années, j’étais dans un foyer avec un frère joséphite congolais et il était en études à Paris pour faire un doctorat sur Saint-Joseph. Je me souviens que quand il m’a dit ça, j’ai écarquillé des yeux en me disant « Un doctorat sur Saint-Joseph, comment est-ce que c’est possible de rédiger plus de 400 pages sur un type qui n’a absolument prononcé aucune parole dans les évangiles dont nous n’avons absolument aucune parole ? Quel mystère ! » Et pourtant, il a réussi le défi.

Alors, je vais tâcher de vous dire quelques mots sur Saint-Joseph car, manifestement, il est possible de dire quelque chose de lui. Pourtant, effectivement, la première chose qui nous marque, c’est son silence. Saint-Joseph est vraiment l’homme du silence, de l’intériorité.

Alors, bien sûr, au cœur de ce carême, quel bel enseignement nous donne-t-il là à travers cette contemplation silencieuse qu’il fait du Verbe éternel, la deuxième personne de la Très Sainte Trinité, qui s’est fait chair en la Vierge Marie. Alors, dans l’évangile d’aujourd’hui, bien sûr, nous voyons que Saint-Joseph est le fruit mûr, l’accomplissement, le final de la généalogie. D’ailleurs, ce passage d’évangile, c’est vraiment, après toute la généalogie du Christ en Saint-Mathieu, l’aboutissement.

Il est la dernière personne mentionnée et, vous avez entendu, Jacob engendra Joseph l’époux de Marie, de laquelle fut entengré Jésus. Il y a une sorte de petite pirouette là, puisque nous savons bien que Joseph n’est que le père adoptif de Marie. Et donc, toute la généalogie mène à Joseph, parce que c’est une généalogie par les hommes.

Mais là, hop, aussitôt, on glisse l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, puisque bien sûr, Joseph n’est que père adoptif. Néanmoins, eh bien, on reconnaît quand même cette place essentielle qui est la sienne. Et donc, il est fils de David, parce que fils de Joseph. Et donc, il y a vraiment ce lien mystérieux à travers toute cette généalogie. Alors donc, Joseph va recevoir cette mission extraordinaire de donner le nom à Jésus. Il a, comme père adoptif, cette mission de donner le nom.

C’est extraordinaire. Enfin, nous-mêmes, nous avons reçu un nom. Et bien sûr, c’est quelque chose d’extrêmement beau de pouvoir être appelé par son nom.

C’est ce que fut le cas pour Jésus, qui a reçu son nom programmatique. Nous le savons bien, ce nom de Jésus que nous aimons tant. Il y a même une fête du nom de Jésus dans la liturgie.

Ce nom de Jésus qui veut dire Dieu sauve, un nom programmatique, c’est Saint Joseph qui a eu cette grâce inouïe de prononcer pour la première fois, en présence de l’enfant Jésus, ce nom béni que tous les âges, bien sûr, aiment tant prononcer. C’est ce nom, le seul nom sous le ciel par lequel nous soyons sauvés. Heureux Joseph qui a prononcé ce nom sauveur et a donné au divin rédempteur fait homme ce nom.

Alors nous aussi, oui, demandons cette grâce à travers le rappel du fait que Joseph ait donné son nom au rédempteur. Eh bien, faisons mémoire de ce nom que nous avons reçu nous aussi et que ce nom soit aussi une grâce inouïe de nous savoir aimés et connus de Dieu à travers notre nom. Nous pouvons aussi contempler la promptitude de Saint Joseph. A la fin de notre évangile, nous entendons « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit ». Regardez cette promptitude de Joseph. Il agit immédiatement, il ne procrastine pas. Et nous, nous le savons bien, il nous arrive souvent, ce que nous n’avons pas trop envie de faire, eh bien, de repousser.

Et parfois, voilà, c’est la catastrophe. Il y a des choses que nous devons, qui sont de l’ordre de notre devoir d’État, que nous n’assumons pas et nous repoussons, nous repoussons, nous repoussons. Alors, au cœur de ce carême, peut-être que, voilà, une magnifique résolution pour notre journée, celle de faire ce que nous avons à faire et de le faire promptement, sans repousser au lendemain.

À ceux qui, parmi vous, chers amis de Catoglad, sont de gros procrastinateurs, eh bien, voilà la consigne. Nous allons accomplir proprement, aujourd’hui, ce que le devoir d’État, notre condition de chrétien aussi, nous appelle à réaliser sans tarder. Alors, demandons, oui, cette grâce à Saint Joseph, à travers cette prière.

Ô mon bienheureux Père, servideur fidèle et prudent, que votre vie silencieuse et recueillie parle éloquemment à mon cœur. Que de remords salutaires ne me donnent pas, sur l’abus que j’ai fait de ma langue, cette discrétion admirable qui vous fait garder le silence, alors que mille raisons spécieuses m’auraient persuadé que je devais tout dire et tout révéler. Désormais, je veux, à votre exemple, apprendre à me taire, dénier recevoir, au Verbe incarné, en expiation des fautes que j’ai commises dans mes discours, les mérites si précieux du silence de Saint Joseph. Que ma bouche ne s’ouvre plus à l’avenir que pour vous bénir et édifier, mes frères, ainsi soit-il.

Alors, chers amis de Cateauclad, comme vous l’avez compris, votre défi du jour, c’est donc de ne pas procrastiner, c’est-à-dire de ne pas remettre à demain ce que votre devoir d’État vous appelle à faire aujourd’hui.

Alors, aujourd’hui, de la promptitude, on ne procrastine pas, on fait ce que notre devoir de chrétien nous appelle à faire.

Mercredi 18 mars

Voilà, bonjour. Ce 18 mars, nous sommes appelés à lire un texte de saint Jean. C’est parce qu’il y a plus facile le quatrième évangile et notamment le chapitre 5 dans lequel se situe la lecture d’aujourd’hui.Je vous rappelle juste le début. Jésus déclara aux Juifs, mon Père est toujours à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre. Déjà, ce n’est pas évident, mais ça veut dire à travers lui, c’est Dieu qui agit. C’est pourquoi de plus en plus de Juifs cherchaient à le tuer, car non seulement ils ne respectaient pas le sabbat, mais encore ils disaient que Dieu était son propre Père. Il se faisait ainsi l’égal de Dieu. Oh, quelle abomination ! Un rival pour Dieu.Mais Dieu est unique. Voyons, Sh’ma Yisra’el, écoute Yisra’el, le Seigneur, ton Dieu est l’unique Seigneur, tu aimeras le Seigneur.

Tous les jours, les Juifs disent ça comme une prière.À propos des Juifs, n’oublions pas que chez saint Jean, c’est une catégorie, construite une catégorie littéraire pour dire les opposants à Jésus. Ce n’est pas les Juifs, les personnes elles-mêmes, parce que parfois on fait erreur, sinon ça entretient l’antisémitisme. Bon, ceci étant, c’est vrai que c’est une abomination pour les Juifs de reconnaître que Jésus peut être Dieu puisqu’il n’y a, il ne peut y avoir qu’un seul Dieu. Nos aînés les Juifs, j’aime bien parler d’eux comme de nos aînés, car ce sont nos aînés, notre foi est dans le sillage de la leur même si elle l’a transformée, nos aînés les Juifs sont des monothéistes, et des monothéistes, j’ajouterais farouches, aussi farouches que les musulmans. Simplement, nous les chrétiens, sur la base des évangiles, mais il a fallu du temps pour éclairer ça, car c’était tellement difficile pour les premières communautés chrétiennes que Jésus pouvait se faire en effet l’égal de Dieu sans tomber dans un polythéisme.

Donc en respectant le monothéisme qui était celui des Juifs, il a fallu du temps, des siècles, pour préciser avec le vocabulaire trinitaire ce que l’on voulait dire par là. Je résume la chose, au fond c’est très simple, nous sommes un monothéisme, je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur, etc., un seul, mais pas un monothéisme monolithique, c’est pas un bloc, c’est un monothéisme pluriel, un monothéisme ouvert, parce que c’est le monothéisme de l’amour. Alors, là encore précisons, l’amour n’est pas le propre des chrétiens, Dieu merci, de l’amour il y en a dans toutes les religions, et même dans les non-religions, dans les humanismes, éventuellement athées, il y a aussi de l’amour, heureusement, donc les chrétiens n’ont pas le monopole de l’amour. Pourtant, et ça c’est un énorme progrès, ce qu’ils disent les chrétiens, et là dans le sillage de leurs aînés les juifs, c’est que le chemin vers Dieu c’est celui de l’amour, car tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et ton prochain comme toi-même, voilà, dit Jésus, qui résume toute la loi et les prophètes.

Ce résumé de la loi et des prophètes, Jésus l’a fait en prenant deux textes de la Bible, de l’Ancien Testament ou du Premier Testament, celui du « Écoute Israël, la prière de chaque jour, tu aimeras le Seigneur ton Dieu », et un texte qui se trouve dans l’Exode, « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce qu’a fait Jésus, c’est qu’il a rapproché les deux, ce qui est très curieux, spontanément je fais ça, et ça c’est la croix, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, la verticale, et ton prochain comme toi-même, l’horizontale. Alors on imagine, au croisement de ces deux dimensions, verticale et horizontale, le visage de Jésus, qui est le visage de l’amour de Dieu, de Dieu qui aime à en mourir, Dieu aime à en mourir, voilà le cœur du message chrétien.

Mais pour que nous puissions dire cela, que Dieu en Jésus a manifesté qu’il nous aime à en mourir en Jésus, donc comme fils, eh bien il faut que Dieu en lui-même soit l’amour. En Jésus, il nous a été révélé que Dieu est amour pour nous jusqu’à donner sa vie pour nous, mais ceci n’est possible que parce que Dieu est amour en lui-même.

Si bien que l’ultime originalité de la foi chrétienne, c’est cela, le cœur du cœur de la foi chrétienne se résume dans les trois mots que nous trouvons à la fin de la Bible, dans la première lettre de saint Jean, « Dieu est amour ». Première lettre de saint Jean, chapitre 4, « Dieu est amour ». On ne peut pas faire phrase plus simple. Les petits-enfants du cours préparatoire sont capables de dire une phrase comme ça. On met un sujet, un verbe, le verbe être en plus, et on attribue « amour » à « Dieu est amour » et alors ? D’ailleurs beaucoup de gens aujourd’hui ne s’étonnent pas « Dieu est amour » et alors c’est pas nouveau ? Mais si c’est nouveau, on ne l’avait jamais pensé.

Comment on ne l’avait jamais pensé ? Regardez les religions. Dans toutes les religions, Dieu est représenté beaucoup plus comme Jupiter ou comme Zeus que comme amour, c’est-à-dire celui dont on se méfie, vis-à-vis duquel il faut se réconcilier parce que forcément on transgresse, même sans le vouloir, des choses qui sont interdites. Donc après on lui envoie des coups d’incendie, des prières, etc. Mais ça c’est Jupiter, c’est Zeus, c’est celui qui nous menace tout le temps. Et là, dans la révélation de Jésus, il nous est dit que Dieu il aime et il aime en mourir. Et que même la toute puissance de Dieu, car si Dieu n’est pas tout puissant, ce n’est plus Dieu. La toute puissance de Dieu, comme l’a répété, mais il ne l’a pas inventé. On trouve ça déjà chez saint Thomas d’Aquin et on trouve ça plus encore dans une prière d’ouverture de la messe du dimanche, je crois que c’est le 26e ou le 27e, Dieu qui manifeste ta toute puissance lorsque tu prends patience et prends pitié.

Eh bien, en effet, la toute puissance de Dieu, le pape François nous l’a répété avec une force particulière, mais encore une fois, ce n’est pas lui qui l’a inventé, la toute puissance de Dieu se révèle ultimement dans sa miséricorde. Dieu est amour, amour en lui-même, voilà le mystère trinitaire. Je le disais, notre monothéisme, un seul Dieu n’est pas monolithique, il est pluriel, il est ouvert, car c’est le monothéisme de l’amour. Un jour, on m’a demandé, je me prénomme Louis-Marie, tu as enseigné la théologie de nombreuses années, pour toi, quel serait le mot qui définirait mieux ce qu’est Dieu du point de vue de la Bible, etc. Alors, j’ai évidemment failli dire amour, ça c’est clair, j’aurais pu bien sûr, mais le mot amour est tellement connoté de diverses manières que j’ai dit, Dieu est ouverture. C’est beaucoup plus neutre, mais Dieu est ouverture. Ouverture du Père sur le Fils et l’Esprit Saint, c’est le mystère trinitaire, et ouverture sur nous à en mourir.

Ce qui veut dire tout de suite que nous ne pouvons témoigner de ce Dieu que dans la mesure où nous-mêmes, nous sommes dans l’ouverture. Si je regarde l’autre comme quelqu’un que j’ai à convaincre, c’est fichu, je ne suis plus dans l’ouverture. Je suis dans le calcul, c’est venez et vous verrez, voilà, je témoigne de ça, je souhaiterais que vous partagiez cette foi, mais Dieu vous aime quand même, et puis peut-être que même dans votre chemin proprement religieux, il est bien possible que vous me précédiez dans le royaume de Dieu. Et bien vive Dieu, si Dieu c’est ça, et pour moi Dieu c’est ça, et la religion c’est ça. Vive le mystère trinitaire, ça apparaît comme quelque chose, et c’est de fait assez complexe, mais finalement ce qui est en jeu, vraiment ce qui est le cœur du cœur, je me répète de la foi chrétienne, c’est bien ça, c’est un Dieu qui nous aime à en mourir parce qu’il est amour en lui-même, Père, Fils, Saint-Esprit. Peut-être pourrions-nous, comme prière, relire le psaume de ce même 18 mars qui dit ceci, « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour.

Il n’agit pas envers nous selon nos fautes, il ne nous rend pas selon nos offenses. Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, fidèle en tout ce qu’il fait. Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés. Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Il est proche de ceux qui l’invoquent, de ceux qui l’invoquent en vérité.» Voilà, j’aime beaucoup cette idée de fidélité. Dieu est fidèle. Être fidèle en amitié, c’est très important. Être fidèle à la parole donnée, c’est très important. C’est très important parce qu’il n’y a pas seulement l’enthousiasme du début, il en faut sans quoi on ne fait rien de grand dans la vie, mais il faut tenir après au long des années, même au jour le jour, la fidélité. Dieu est la fidélité même. En dépit de tout, il est fidèle, comme dirait Jésus, jusqu’à 70 fois cette fois. Le défi, c’est toujours de se dire que notre amour pour Dieu, nous essayons quand même de l’aimer, je pense que nous réussissons à peu près, mais notre amour ne peut être juste que s’il commence, ou s’il se croise avec l’amour du prochain.

Et le prochain, c’est d’abord le prochain le plus proche, pas celui qui se trouve en extrême-orient ou au pôle Nord. Enfin, ce n’est pas exclu, mais évidemment ceux que Dieu nous donne dans une famille, parmi des collègues de travail, dans le voisinage, dans les magasins du voisinage, etc. Alors, rappelons-nous que aimer, ce n’est pas avoir nécessairement des sentiments d’amitié forte, mais c’est respecter les personnes, les considérer comme des personnes qui demandent la joie de vivre elles aussi, et faire en sorte que notre rapport avec eux soit un rapport qui leur permette cela. Voilà, ce petit livre est très modeste, il est lisible, je pense, par beaucoup de gens, beaucoup de gens, ce n’est pas fait pour des spécialistes. Il est intitulé « La messe autrement dit ». Alors, je ne m’embarrasse pas des détails de la messe, sur le Seigneur prend pitié, le Gloria, etc. Je vais sur les fondamentaux. On se rassemble, pourquoi ? Donc la messe est un acte de l’Église, c’est l’Église, c’est un « nous » qui célèbre, et pas des individus.

Et s’il y a un prêtre qui préside, c’est pour que le « nous » puisse célébrer, soit l’acteur lui-même. Voilà, et puis après je vais bien sûr sur la liturgie de la parole, puis la liturgie de l’Eucharistie, la prière eucharistique, et la communion, bien sûr. Et je termine par l’envoi, parce que j’aime beaucoup la formule qui nous est proposée maintenant, il est possible, « Allez en paix et glorifiez Dieu par votre vie ». La messe n’est pas le point final, elle est le passage pour que ce soit notre vie, qui soit gloire de Dieu, les pères de l’Église auraient dit, qui soit le sacrifice spirituel que Dieu attend de n

Voilà, bonjour. Ce 18 mars, nous sommes appelés à lire un texte de saint Jean. C’est parce qu’il y a plus facile le quatrième évangile et notamment le chapitre 5 dans lequel se situe la lecture d’aujourd’hui.Je vous rappelle juste le début. Jésus déclara aux Juifs, mon Père est toujours à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre. Déjà, ce n’est pas évident, mais ça veut dire à travers lui, c’est Dieu qui agit. C’est pourquoi de plus en plus de Juifs cherchaient à le tuer, car non seulement ils ne respectaient pas le sabbat, mais encore ils disaient que Dieu était son propre Père. Il se faisait ainsi l’égal de Dieu. Oh, quelle abomination ! Un rival pour Dieu.Mais Dieu est unique. Voyons, Sh’ma Yisra’el, écoute Yisra’el, le Seigneur, ton Dieu est l’unique Seigneur, tu aimeras le Seigneur. Tous les jours, les Juifs disent ça comme une prière.À propos des Juifs, n’oublions pas que chez saint Jean, c’est une catégorie, construite une catégorie littéraire pour dire les opposants à Jésus. Ce n’est pas les Juifs, les personnes elles-mêmes, parce que parfois on fait erreur, sinon ça entretient l’antisémitisme. Bon, ceci étant, c’est vrai que c’est une abomination pour les Juifs de reconnaître que Jésus peut être Dieu puisqu’il n’y a, il ne peut y avoir qu’un seul Dieu. Nos aînés les Juifs, j’aime bien parler d’eux comme de nos aînés, car ce sont nos aînés, notre foi est dans le sillage de la leur même si elle l’a transformée, nos aînés les Juifs sont des monothéistes, et des monothéistes, j’ajouterais farouches, aussi farouches que les musulmans. Simplement, nous les chrétiens, sur la base des évangiles, mais il a fallu du temps pour éclairer ça, car c’était tellement difficile pour les premières communautés chrétiennes que Jésus pouvait se faire en effet l’égal de Dieu sans tomber dans un polythéisme. Donc en respectant le monothéisme qui était celui des Juifs, il a fallu du temps, des siècles, pour préciser avec le vocabulaire trinitaire ce que l’on voulait dire par là. Je résume la chose, au fond c’est très simple, nous sommes un monothéisme, je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur, etc., un seul, mais pas un monothéisme monolithique, c’est pas un bloc, c’est un monothéisme pluriel, un monothéisme ouvert, parce que c’est le monothéisme de l’amour. Alors, là encore précisons, l’amour n’est pas le propre des chrétiens, Dieu merci, de l’amour il y en a dans toutes les religions, et même dans les non-religions, dans les humanismes, éventuellement athées, il y a aussi de l’amour, heureusement, donc les chrétiens n’ont pas le monopole de l’amour. Pourtant, et ça c’est un énorme progrès, ce qu’ils disent les chrétiens, et là dans le sillage de leurs aînés les juifs, c’est que le chemin vers Dieu c’est celui de l’amour, car tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et ton prochain comme toi-même, voilà, dit Jésus, qui résume toute la loi et les prophètes. Ce résumé de la loi et des prophètes, Jésus l’a fait en prenant deux textes de la Bible, de l’Ancien Testament ou du Premier Testament, celui du « Écoute Israël, la prière de chaque jour, tu aimeras le Seigneur ton Dieu », et un texte qui se trouve dans l’Exode, « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce qu’a fait Jésus, c’est qu’il a rapproché les deux, ce qui est très curieux, spontanément je fais ça, et ça c’est la croix, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, la verticale, et ton prochain comme toi-même, l’horizontale. Alors on imagine, au croisement de ces deux dimensions, verticale et horizontale, le visage de Jésus, qui est le visage de l’amour de Dieu, de Dieu qui aime à en mourir, Dieu aime à en mourir, voilà le cœur du message chrétien. Mais pour que nous puissions dire cela, que Dieu en Jésus a manifesté qu’il nous aime à en mourir en Jésus, donc comme fils, eh bien il faut que Dieu en lui-même soit l’amour. En Jésus, il nous a été révélé que Dieu est amour pour nous jusqu’à donner sa vie pour nous, mais ceci n’est possible que parce que Dieu est amour en lui-même. Si bien que l’ultime originalité de la foi chrétienne, c’est cela, le cœur du cœur de la foi chrétienne se résume dans les trois mots que nous trouvons à la fin de la Bible, dans la première lettre de saint Jean, « Dieu est amour ». Première lettre de saint Jean, chapitre 4, « Dieu est amour ». On ne peut pas faire phrase plus simple. Les petits-enfants du cours préparatoire sont capables de dire une phrase comme ça. On met un sujet, un verbe, le verbe être en plus, et on attribue « amour » à « Dieu est amour » et alors ? D’ailleurs beaucoup de gens aujourd’hui ne s’étonnent pas « Dieu est amour » et alors c’est pas nouveau ? Mais si c’est nouveau, on ne l’avait jamais pensé. Comment on ne l’avait jamais pensé ? Regardez les religions. Dans toutes les religions, Dieu est représenté beaucoup plus comme Jupiter ou comme Zeus que comme amour, c’est-à-dire celui dont on se méfie, vis-à-vis duquel il faut se réconcilier parce que forcément on transgresse, même sans le vouloir, des choses qui sont interdites. Donc après on lui envoie des coups d’incendie, des prières, etc. Mais ça c’est Jupiter, c’est Zeus, c’est celui qui nous menace tout le temps. Et là, dans la révélation de Jésus, il nous est dit que Dieu il aime et il aime en mourir. Et que même la toute puissance de Dieu, car si Dieu n’est pas tout puissant, ce n’est plus Dieu. La toute puissance de Dieu, comme l’a répété, mais il ne l’a pas inventé. On trouve ça déjà chez saint Thomas d’Aquin et on trouve ça plus encore dans une prière d’ouverture de la messe du dimanche, je crois que c’est le 26e ou le 27e, Dieu qui manifeste ta toute puissance lorsque tu prends patience et prends pitié. Eh bien, en effet, la toute puissance de Dieu, le pape François nous l’a répété avec une force particulière, mais encore une fois, ce n’est pas lui qui l’a inventé, la toute puissance de Dieu se révèle ultimement dans sa miséricorde. Dieu est amour, amour en lui-même, voilà le mystère trinitaire. Je le disais, notre monothéisme, un seul Dieu n’est pas monolithique, il est pluriel, il est ouvert, car c’est le monothéisme de l’amour. Un jour, on m’a demandé, je me prénomme Louis-Marie, tu as enseigné la théologie de nombreuses années, pour toi, quel serait le mot qui définirait mieux ce qu’est Dieu du point de vue de la Bible, etc. Alors, j’ai évidemment failli dire amour, ça c’est clair, j’aurais pu bien sûr, mais le mot amour est tellement connoté de diverses manières que j’ai dit, Dieu est ouverture. C’est beaucoup plus neutre, mais Dieu est ouverture. Ouverture du Père sur le Fils et l’Esprit Saint, c’est le mystère trinitaire, et ouverture sur nous à en mourir. Ce qui veut dire tout de suite que nous ne pouvons témoigner de ce Dieu que dans la mesure où nous-mêmes, nous sommes dans l’ouverture. Si je regarde l’autre comme quelqu’un que j’ai à convaincre, c’est fichu, je ne suis plus dans l’ouverture. Je suis dans le calcul, c’est venez et vous verrez, voilà, je témoigne de ça, je souhaiterais que vous partagiez cette foi, mais Dieu vous aime quand même, et puis peut-être que même dans votre chemin proprement religieux, il est bien possible que vous me précédiez dans le royaume de Dieu. Et bien vive Dieu, si Dieu c’est ça, et pour moi Dieu c’est ça, et la religion c’est ça. Vive le mystère trinitaire, ça apparaît comme quelque chose, et c’est de fait assez complexe, mais finalement ce qui est en jeu, vraiment ce qui est le cœur du cœur, je me répète de la foi chrétienne, c’est bien ça, c’est un Dieu qui nous aime à en mourir parce qu’il est amour en lui-même, Père, Fils, Saint-Esprit. Peut-être pourrions-nous, comme prière, relire le psaume de ce même 18 mars qui dit ceci, « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. Il n’agit pas envers nous selon nos fautes, il ne nous rend pas selon nos offenses. Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, fidèle en tout ce qu’il fait. Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés. Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Il est proche de ceux qui l’invoquent, de ceux qui l’invoquent en vérité.» Voilà, j’aime beaucoup cette idée de fidélité. Dieu est fidèle. Être fidèle en amitié, c’est très important. Être fidèle à la parole donnée, c’est très important. C’est très important parce qu’il n’y a pas seulement l’enthousiasme du début, il en faut sans quoi on ne fait rien de grand dans la vie, mais il faut tenir après au long des années, même au jour le jour, la fidélité. Dieu est la fidélité même. En dépit de tout, il est fidèle, comme dirait Jésus, jusqu’à 70 fois cette fois. Le défi, c’est toujours de se dire que notre amour pour Dieu, nous essayons quand même de l’aimer, je pense que nous réussissons à peu près, mais notre amour ne peut être juste que s’il commence, ou s’il se croise avec l’amour du prochain. Et le prochain, c’est d’abord le prochain le plus proche, pas celui qui se trouve en extrême-orient ou au pôle Nord. Enfin, ce n’est pas exclu, mais évidemment ceux que Dieu nous donne dans une famille, parmi des collègues de travail, dans le voisinage, dans les magasins du voisinage, etc. Alors, rappelons-nous que aimer, ce n’est pas avoir nécessairement des sentiments d’amitié forte, mais c’est respecter les personnes, les considérer comme des personnes qui demandent la joie de vivre elles aussi, et faire en sorte que notre rapport avec eux soit un rapport qui leur permette cela. Voilà, ce petit livre est très modeste, il est lisible, je pense, par beaucoup de gens, beaucoup de gens, ce n’est pas fait pour des spécialistes. Il est intitulé « La messe autrement dit ». Alors, je ne m’embarrasse pas des détails de la messe, sur le Seigneur prend pitié, le Gloria, etc. Je vais sur les fondamentaux. On se rassemble, pourquoi ? Donc la messe est un acte de l’Église, c’est l’Église, c’est un « nous » qui célèbre, et pas des individus. Et s’il y a un prêtre qui préside, c’est pour que le « nous » puisse célébrer, soit l’acteur lui-même. Voilà, et puis après je vais bien sûr sur la liturgie de la parole, puis la liturgie de l’Eucharistie, la prière eucharistique, et la communion, bien sûr. Et je termine par l’envoi, parce que j’aime beaucoup la formule qui nous est proposée maintenant, il est possible, « Allez en paix et glorifiez Dieu par votre vie ». La messe n’est pas le point final, elle est le passage pour que ce soit notre vie, qui soit gloire de Dieu, les pères de l’Église auraient dit, qui soit le sacrifice spirituel que Dieu attend de n

Mardi 17 mars

Il y a cette scène dans l’évangile de Jean qui commence de manière presque surprenante. Jésus arrive près de la piscine de Bethzata, à Jérusalem. Autour de cette piscine, il y a des malades, des paralysés, des aveugles, ils attendent.

La croyance de l’époque, c’est qu’un ange vient de temps en temps agiter l’eau et que le premier à y plonger après cette agitation sera guéri. Tout le monde attend ce moment. Et Jésus s’approche d’un homme qui est là depuis 38 ans, 38 ans qu’il attend à côté de cette piscine.

Et Jésus pose cette question qui peut sembler un peu bizarre. « Veux-tu être guéri ? » Évidemment qu’il veut être guéri. Et pourtant, Jésus pose la question. Et le malade dit « Je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au bon moment, pendant que j’y vais, un autre descend avant moi. » Cet homme, il regarde seulement l’eau. Et Jésus attire son regard sur lui. Le malade met sa foi dans l’eau, Jésus invite à la foi en lui. Il dit simplement « Lève-toi, prends ton brancard et marche. » Et l’homme est guéri.

Ça ne nous dit pas que les supports matériels sont mauvais ou inutiles, loin de là. L’écriture elle-même nous donne plein d’exemples. Comme dans le désert, Moïse fabrique un serpent d’airain. Ceux qui le regardent après avoir été mordu sont sauvés. Une femme touche la frange du manteau de Jésus et elle est guérie instantanément.

L’ombre de pierre, dans les actes des apôtres, guérit des malades sur son passage. Des objets, des gestes ou des lieux différents, Dieu peut s’en servir. Lourdes, c’est pareil, il y a de l’eau à lourdes et des gens sont guéris, vraiment.

Mais ce n’est pas l’eau qui guérit, c’est Jésus qui agit à travers la foi que les gens mettent dans sa présence et dans son action. L’eau, c’est un support, mais c’est Dieu qui agit. Même chose pour le tableau de Jésus miséricordieux qui est donné par Jésus à sainte Faustine. Il lui dit de le faire peindre et il promet des grâces à ceux qui vénèrent ce tableau. Ce n’est pas le tableau qui agit, c’est Jésus à travers la dévotion et la confiance, la foi qu’on donne à sa miséricorde.

Pour revenir à l’évangile du jour, ce malade, c’est un peu une image aussi de ce qu’on pourrait appeler le croyant immature. Et je dis ça sans aucune condescendance, parce qu’on y est tous passé et on y revient bien souvent. Le croyant immature, c’est quelqu’un qui a une pratique, une dévotion, peut-être même une vie de prière, mais qui est tourné plus sur les instruments que sur la personne. Il fait les gestes, mais sans laisser les gestes le conduire à une relation vivante avec Dieu.

Et ce qui est touchant dans cet évangile, c’est que le guéri reçoit la grâce avant même de connaître Jésus. Le texte le dit explicitement, l’homme ne sait pas qui l’a guéri. Il est guéri, il repart avec son brancard, mais il ne sait pas encore le nom de Jésus.

La grâce précède la connaissance. Dieu nous montre qu’il nous aime avant même de nous montrer qui il est précisément. Et c’est cet amour qui montre qui est Dieu. Dieu est amour. Et c’est pour ça que beaucoup d’athées, par exemple aujourd’hui, disent être remplis d’un amour extraordinaire lors d’un événement particulier. Et alors, ils se convertissent parce qu’ils se sentent aimés.

Ça leur montre qui est Dieu et ça les fait directement entrer dans une relation avec lui. Dieu est généreux, même avec ceux qui ne le connaissent pas encore bien. Et là, c’est ce qui se passe. Jésus est généreux, même pour quelqu’un qu’il ne connaît pas encore bien, qui est attaché à la forme. Là, Jésus le prend et il l’amène directement dans une relation avec lui.

Dans l’évangile, quand les autorités religieuses demandent au guéri qui l’a guéri, il va le dénoncer, dire que c’est Jésus, sûrement sans même savoir que Jésus est recherché. Il le fait sans mauvaise intention, mais il le fait. Il coopère sans le vouloir avec ceux qui s’opposent à Jésus. Et c’est là encore l’image du croyant immature, qui n’est pas encore bien ancré dans la foi. Il peut faire du bien et du mal dans la même journée par manque de connaissance de celui qu’il veut suivre.

A nous alors de veiller à la formation intellectuelle et spirituelle pour ne pas tomber dans ce travers involontairement. Et le carême, c’est justement la bonne période pour ça. Et alors, on reconnaît Jésus qui se révèle, et c’est ce qu’on voit dans le passage de l’évangile aujourd’hui encore une fois. L’église nous propose une lecture du livre d’Ézéchiel avant ce passage.

Le prophète Ézéchiel avait eu une vision du temple de Jérusalem, d’où jaillissait une eau qui coulait du temple, et il dit que là où l’eau passe, il y a des arbres qui poussent. Les fruits seront une nourriture et les feuilles un remède, c’est ce qu’il dit.

Cette eau qui vient du sanctuaire, qui guérit tout ce qu’elle douche, c’était une promesse messianique. Les malades autour de la piscine de Bethzata étaient là parce qu’ils croyaient que cette eau était l’accomplissement de cette promesse.

Et là, Jésus vient leur dire, c’est moi, je suis cette eau, en quelque sorte. Il l’avait dit à la Samaritaine quelques chapitres plus tôt, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. Jésus accomplit la promesse et la vision d’Ézéchiel.

Et alors, sa question, elle nous est posée à nous aussi. Veux-tu être guéri ? Guéri de quoi ? Peut-être d’une blessure ancienne ? Peut-être d’une habitude qui nous tient ? D’un blocage intérieur ? Ou de n’importe quelle autre chose à laquelle on peut penser ? Laissons Jésus retourner notre regard, il est la source et l’eau vive et il nous pose la question maintenant, veux-tu être guéri ? Et cette question appelle une réponse concrète.

Aujourd’hui, prenons 5 minutes au calme et posons-nous honnêtement la question, sur quoi est-ce que mon regard est fixé en ce moment ? Est-ce que je cherche vraiment Jésus ? Ou est-ce que je tourne autour de mes propres piscines ? Et s’il y a quelque chose dont on a besoin d’être guéri, disons-le lui simplement, dans notre prière.

Et notre prière, ça peut être juste, Jésus, tu as posé la question à se paralyser, et moi je te réponds, je veux être guéri de ça. Guéris-moi. Jésus s’est déjà levé pour venir jusqu’à nous, il attend juste qu’on se lève, nous aussi. Juste pour vivre avec lui en fait, et être saint.

S’il y a encore des petits blocages sur la prière, les sacrements, ce qu’ils veulent dire, et si tout ça, la question de la sainteté, ça paraît trop gros, infaisable, ou que vous avez juste envie d’être réchauffé dans la foi et reboosté, je vous propose mon livre, Soyons Saints, méthode pour ne pas gâcher sa vie. C’était l’instant promo, mais je suis sûr qu’il vous sera utile, comme il m’a été utile à moi, c’est pour ça que j’ai écrit ce livre. Bref, lisez-le, donnez-moi des nouvelles de tout ça, et à bientôt.

Lundi 16 mars

Cette scène dans l’évangile de Jean me frappe à chaque fois que je la lis. C’est un fonctionnaire royal, on vient de l’entendre, un homme important, habitué à ce qu’on lui obéisse. Il vient trouver Jésus, son fils est mourant, il fait le chemin depuis Capharnom et il supplie Jésus de venir guérir son enfant.

Et Jésus lui dit simplement, va, ton fils est vivant. Et c’est tout. Pas de grands gestes, pas de déplacement particulier, aucune mise en scène extravagante, juste une parole.

Et c’est cette parole de Dieu performative, elle agit, elle est puissante. Le texte dit quelque chose de beau et en fait très sobre. L’homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il partit.Il crut et il partit.

Il n’attend pas une confirmation, il ne demande pas un signe supplémentaire, il prend Jésus au mot et il rentre chez lui. Et en chemin, ses serviteurs viennent à sa rencontre, son fils est vivant depuis le moment exact où Jésus avait parlé.

Jésus parle, l’homme croit et l’enfant est vivant. Et c’est très simple. Et c’est la question qu’on peut se poser aujourd’hui aussi.

Et nous, est-ce qu’on croit ? Cette parole que Jésus a prononcée ce jour-là, on l’a aussi. L’évangile, la Bible, c’est la parole de Dieu. Ce n’est pas juste un témoignage humain sur Dieu, ce n’est pas un recueil de belles pensées spirituelles, c’est la parole de Dieu lui-même.

La Bible, elle est bien écrite par des hommes, mais des hommes inspirés par Dieu. C’est la parole de Dieu lui-même, une parole vivante et qui est adressée à nous tous. Et elle couvre, c’est ça qui est fou, absolument tout ce qu’on peut vivre.

Les psaumes portent toutes nos émotions. Il y a la joie, la colère, le découragement, la gratitude, l’espoir, le désespoir. Dans les psaumes, il y a tout.C’est ultra riche et trop beau. Il y a un psaume pour chaque état d’âme, en fait. Les livres de la sagesse, le Syracide, les proverbes, Coëlette, ils répondent à toutes nos questions existentielles sur la souffrance, sur nous, ce qu’on veut faire, ce qu’on peut faire, quel sens donner à ma vie, etc.

Comment être juste ? L’évangile nous dit qui est Dieu concrètement, dans sa manière d’agir, de parler, de regarder les gens. C’est Jésus. La Genèse pose les fondements de tout notre rapport à Dieu et au monde.Les lettres des apôtres nous disent en pratique comment vivre en chrétien, dans nos relations, notre travail, toute la communauté chrétienne.

Il y a des réponses à tout dans la Bible. Et c’est magnifique.Ce n’est pas des réponses magiques qui évitent d’avoir à réfléchir, mais c’est juste des vraies réponses qui nous guident et qui éclairent tout ce qu’on peut faire. Quand on médite là-dessus, ça oriente, ça console, ça répond à tout.

Moi, je trouve ça magnifique.Est-ce qu’on prend le temps de méditer un peu ces paroles-là tous les jours, de les lire, les ruminer ? Parce que ces paroles-là transforment vraiment la vie. Ce n’est pas juste comme un livre qu’on lit et qu’on referme, mais c’est quelque chose qui vraiment agit.

C’est la parole de Dieu performative.Exactement la même que quand Jésus dit à ce fonctionnaire royal « Va, ton fils est vivant ». Cette parole-là de Jésus, elle est vivante. Et la Bible, c’est la parole de Dieu vivante. C’est la même.

Je vous propose qu’on s’arrête un moment sur quelque chose d’hyper intéressant dans l’évangile. Il y a quelque chose qu’on remarque rarement. À chaque fois que Jésus parle, les gens ne peuvent rien contre lui.Il y a des pharisiens qui envoient des gardes pour l’arrêter. Les gardes reviennent sans personne. Et les pharisiens disent « Mais pourquoi est-ce que vous ne l’avez pas amené ? ». Et les gardes répondent un peu déstabilisés eux-mêmes « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ». En fait, ils n’ont pas pu l’arrêter.Les paroles de Jésus ont empêché les gardes. Et le texte revient régulièrement sur cette phrase. Son heure n’était pas encore venue.

Tant que Jésus parle, on ne peut rien contre lui. Et la scène du jardin des oliviers, elle est encore plus saisissante. Les gardes arrivent pour arrêter Jésus.Pierre sort son épée, prêt à se battre, et Jésus l’arrête. Là, il ne va pas parler particulièrement, sauf une phrase. Jésus, il se retourne vers les gardes et il dit simplement « Je le suis ». Les gardes qui cherchaient Jésus, Jésus répond « C’est lui ». Et là, les gardes tombent par terre.

L’effet de la seule parole de Jésus fait chuter les gardes. Parole puissante. Puis, Jésus garde le silence, il se laisse arrêter.Et à partir de là, il choisit le silence. Ce n’est pas qu’il ne va plus rien dire, mais juste le nécessaire. Et on le lit à plusieurs endroits aussi.À partir de là, devant le Sanhedrin, devant Pilate, il va être plus silencieux. Il parle de temps en temps, mais vraiment très sobrement. Et c’est dans ce silence-là que Jésus se laisse arrêter, juger, crucifier.Non pas parce qu’il n’a plus le pouvoir, mais parce qu’il choisit justement d’aller jusqu’au bout. Et c’est ça la parole de Dieu. Elle n’est pas décorative.Elle est vraiment et concrètement puissante. C’est une parole agissante. Et cette puissance-là, elle ne s’est pas arrêtée avec Jésus.

Après la Pentecôte, les apôtres feront des miracles. Pierre guérit un paralysé au nom de Jésus. Paul ressuscite un jeune homme.Ils prient, ils imposent les mains et ça se passe. Jésus lui-même dit, si vous aviez la foi grande comme une graine de moutarde, vous diriez à cet arbre, déracine-toi et va te planter dans la mer et il vous aurait obéi. Juste une graine de moutarde.Et cette foi, cette puissance qu’ont les apôtres, nous on l’a aussi.

La Pentecôte des apôtres, c’est notre confirmation. On a reçu le même Esprit-Saint.Personnellement, j’en ai vu des gens guéris par cet Esprit-Saint, des prières spontanées, simples, pas de cérémonie, mais juste Dieu qui agit et il prend notre prière au sérieux. Il y a cette dernière chose dans l’évangile que je trouve importante. Jésus dit, si vous ne voyez pas de signe de prodige, vous ne croirez donc pas.C’est presque un reproche. Et pourtant, il guérit quand même l’enfant parce que le signe, ce n’est pas le but que Dieu veut nous donner. Le signe, il est au service de la foi.Jésus veut guérir l’âme et la guérison physique, Dieu peut la donner pour qu’elle serve à notre salut, mais la priorité de Dieu, c’est qu’on finisse au paradis, c’est qu’on soit sain. La priorité de Dieu, c’est la foi, parce que c’est la foi qui nous sauve. Alors, ayons foi dans cette parole de Dieu et méditons cette parole de Dieu.

La Bible, Jésus, il y parle et Jésus, il nous guérit vraiment. Est-ce qu’on y croit ? Est-ce qu’on veut le croire ? Je vous propose une petite prière, simplement, pour affermir notre foi ou demander à Dieu d’affermir notre foi. La foi, c’est une vertu que Dieu nous donne et une vertu, comme toutes les vertus, ça grandit quand c’est exercé.Alors, posons des petits actes de foi, ici et là, dans notre journée, dans notre vie. Jésus, je crois que tu es là. Jésus, je crois que tu fais ça, que tu guéris, que tu consoles.Posons des actes de foi et voyons notre foi grandir. Et au milieu de tout ça, je vous propose cette petite prière au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Jésus, viens affermir notre foi.Fais grandir en nous le désir du paradis et fais qu’on te connaisse et qu’on t’aime toujours mieux.

Amen.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.Amen. Et comme petite résolution aujourd’hui, je vous propose de poser un acte de foi concret. Si dans la journée, vous vous sentez comme dépassé par quelque chose, alors on pose un acte de foi.Jésus, je crois en toi. Je crois que tu es là. Merci.Simplement. Jésus, je crois en toi. Je crois que tu es là.Merci.

Et pour aller un petit peu dans le détail, pour avoir des petits défis quotidiens, des choses à mettre en place concrètement pour vivre avec Jésus et devenir saint, parce que c’est de ça dont il s’agit, je vous propose d’aller voir mon livre « Soyons saints, méthode pour ne pas gâcher sa vie ».

En effet, pour être saint, je vous propose une petite méthode pour y arriver. Lisez-le et donnez-moi des nouvelles après ça.

Dimanche 15 mars

Qu’est-ce qui va se passer à Pâques pour les cathécumènes dans les paroisses ? Chère amie de Cathoglad, nous méditons depuis la semaine dernière sur les promesses de Pâques.

Qu’est-ce qui va se passer à Pâques pour les cathécumènes dans les paroisses ? Eh bien, on a entendu la Samaritaine et le Christ nous sauve, nous fait le don de cette vie nouvelle symbolisée par cette eau vive.

La Samaritaine se rend compte que son corps, son être, qu’elle n’aime pas, dans lequel elle ne veut pas descendre, est un lieu où la vie va jaillir, elle va devenir temple du Saint-Esprit. La première chose, c’est que le Saint-Esprit fait de nous un temple où il aime se reposer. On ne va pas adorer sur la montagne, on adore en nous. Prier, c’est se reposer en soi pour rencontrer le Seigneur.

Et la deuxième chose, et c’est l’évangile d’aujourd’hui, c’est que l’Esprit-Saint me donne de voir. Le baptisé va passer de l’obscurité à la vision. On a cet aveugle de naissance, ça veut dire qu’il va voir quelque chose qu’il n’a jamais vu. Qui est le Christ. Le Christ est ce créateur, ce recréateur, qui lui permet d’entrer dans cette inconnue.

Cette inconnue, c’est quoi ? C’est la vie éternelle. Et puis, sur la terre, c’est la foi. La foi, c’est ce don qui me permet de voir. Alors, vous voyez, on ne nous dit rien sur ce que voit l’aveugle. On ne nous dit pas qu’il voit des paysages, vous voyez. Non, en fait, il voit le Christ. Et à chaque fois, les noms du Christ vont changer tout au long de cet évangile. Avoir la foi, c’est avoir un don de Dieu qui me permet de voir. Voir quoi ? Voir en Jésus, pas simplement un homme historique, mais voir le Verbe de Dieu, voir mon Sauveur.

Et du coup, vous voyez, on voit bien dans l’évangile des gens, par exemple, qui voient des choses, comme la résurrection de Lazare, mais qui, justement, ne voient pas le Sauveur, mais voient un ennemi de la foi. J’aime bien dire, en reprenant cette expression de Guillaume de Mantière, que la foi nous fait passer du poids à l’opticien. Pour certains, avoir la foi, c’est poser un pas dans le vide, comme une balance qui me permettrait de croire. Ce n’est pas du tout ça, la foi.Ce n’est pas un saut dans le vide. La foi, c’est une paire de lunettes, c’est-à-dire une grâce qui me permet de voir dans des événements la trace de Dieu. Je vais voir, par exemple, dans Christ, non pas un personnage historique, mais le Fils de Dieu. La foi, ce n’est pas croire sans voir, c’est reconnaître ce que l’on voit. Je vais reconnaître dans l’Eucharistie, l’Hostie, la présence du Dieu vivant.

Je vais reconnaître dans les saints, non pas des épiphénomènes, des gens avec du charisme, mais la trace du passage de Dieu dans la vie de telle ou telle personne. Je vais rencontrer, je vous donne encore d’autres exemples, dans la réconciliation d’un couple, l’œuvre de Dieu. Je vais discerner, dans un temps de prière à la chapelle, le passage de Dieu qui me fait goûter, goûter comme est bon le Seigneur. Vous voyez, à chaque fois, ce don me donne quelque chose que, humainement, je ne peux pas avoir. Et c’est ça, vous voyez, cette vision qu’on retrouve dans la première lecture avec le choix de David. Eh bien, David, ce n’est vraiment pas celui qu’on aurait choisi, mais en fait, le prophète discerne en David, eh bien, l’élu.

Alors, d’accord, je reçois ce don, mais qu’est-ce que je dois faire ? Je dois coopérer. On voit bien comment cet aveugle va à la piscine de Sileo pour s’y laver. Donc, il fait un petit quelque chose. Et puis, la deuxième chose pour voir, c’est de refuser les ténèbres. Ce que dit saint Paul dans sa lettre, sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent que du néant, mais démasquez-les. Alors, il y a deux choses.

D’abord, de ne pas prendre part aux activités des ténèbres. Ça veut dire, non, non, vous savez, chaque acte nous conduit dans un lieu de vie ou de mort. Et puis, de démasquer, c’est-à-dire de reconnaître là où est la vie, là où est la mort. Alors, je me disais, mais comment on démasque les activités des ténèbres ? Comment je peux demander au Seigneur de me sortir de cet aveuglement ? Une chose, il y en aurait d’autres, mais une chose que je propose, c’est de demander à son frère.

En fait, pourquoi nous sommes en église ? Pourquoi le Christ appelle les disciples deux par deux ? Parce que vous avez quelqu’un à côté de vous qui vous dit, mais tu peux te tromper. Pourquoi nous avons un parrain ? Pourquoi nous avons une marraine ? Parce que le péché, par principe, il est auto-aveuglant. Ça veut dire que, en fait, celui qui est dans le péché, il est comme dans la boue du dragon. Et quand vous êtes dans la boue du dragon, vous ne voyez pas qu’il y a un dragon avec vous, à côté de vous. C’est exactement, c’est comme dans les paraboles. Mais Seigneur, tu nous dis, quand est-ce qu’on t’a vu avoir faim, avoir soif, être prisonnier ? On ne t’a pas vu. Oui, vous ne m’avez pas vu. Pourquoi ? Parce que le péché est auto-aveuglant. Voilà. Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas. Nous sommes un petit peu comme les idoles du psaume.

En fait, nous sommes aveuglés. Nous avons dans notre vie, en quelque sorte, des angles morts. Et donc, ce que je vous propose cette semaine, c’est de dire au Seigneur, « Mais écoute Seigneur, sur tel ou tel point, je te demande de me montrer mon angle mort. Sur telle activité, sur tel comportement, si je suis parent avec mes enfants, si je suis professeur avec mes élèves, si je suis curé avec ma paroisse. Seigneur, montre-moi ce que je ne vois pas sur ma propre vie. » J’ai la joie de sortir cette semaine un livre qui s’appelle « Vive nos relations dans la paix », qui s’affiche maintenant aux éditions des Béatitudes.

En fait, « Vive nos relations dans la paix », c’est un petit manuel pour que le chrétien ne soit pas aveugle, qu’il ait une lumière sur ses angles morts. En fait, c’est le fruit de pas mal d’années d’expérience en église, et je me suis dit que c’était bien de mettre par écrit un peu les pièges de la relation, les angles morts. En fait, des choses qu’on ne voit pas dans notre rapport utilitariste aux personnes, dans notre manière de parler, dans notre manière de gouverner, de dépenser l’argent, dans la gestion des conflits. Il y a un certain nombre de comportements, en fait, qui ne sont pas ajustés, mais on ne le voit pas.

Et donc, voilà, évidemment, je vous encourage à vous procurer ce livre. J’en suis fier, évidemment, sinon je ne l’aurais pas écrit, et il me semble qu’il est nécessaire. Et c’est un petit livre que vous pouvez partager avec d’autres, dans une lecture commune par Petite Fraternité, pour vous questionner.

Mais Seigneur, montre-moi où est mon aveuglement.

Samedi 14 mars

Bonjour, aujourd’hui nous allons essayer de mieux comprendre l’humilité. Alors l’humilité, attention, ce n’est pas s’écraser, se faire tout petit, disparaître, n’être plus personne, invisible et du coup complètement mangé par une attitude qui ne serait pas du tout juste. Puisque Dieu m’a donné ce que je suis, il m’a fait, il m’a offert au monde, on pourrait dire, non seulement il m’a fait, il m’a donné à moi, mais il m’a offert au monde, il faut que j’en fasse quelque chose.

Donc l’humilité, ça va être en fait la juste position, être comme il faut, positionné là où on m’attend avec les qualités qui sont les miennes. Donc en fait l’humilité, ça va être de prendre ma part, d’être actif selon ce que je suis et mon caractère. Descendons un peu dans plus de détails.

L’humilité, en fait, est un mot associé à l’humus. Je ne sais pas si ça vous dit quelque chose, l’humus, c’est en général la décomposition des feuilles qu’il y a dans la forêt. Quel que soit le type de forêt, les feuilles tombent et petit à petit, elles forment de l’humus.

En fait, ça veut dire de la terre. L’humilité, c’est tout ce qui est bas. C’est pour ça que parfois on le comprend mal en disant l’humilité, c’est s’abaisser.

Non, l’humilité, c’est avoir conscience qu’on vient de la terre, qu’on vient de ce qui est bas, de ce qui est humble. Nous sommes faits d’une matière simple, on pourrait dire. Et de partir de ce juste positionnement permet de se dire Dieu, lui, est ce qui est haut et grand.

Et ça tombe bien, Dieu a créé l’humus, a créé l’humain, a créé la matière humaine pour que nous allions vers lui, pour s’élever. Donc, l’humilité, c’est vraiment de se dire à partir de la matière que je suis, de la personne, de mon caractère, de mon histoire, de mon tempérament, comment je prends ma place dans l’existence. Typiquement, prenez une pierre, une pierre taillée par le tailleur.

Eh bien, il va la mettre là où c’est nécessaire pour que la maison tienne, ou la cathédrale soit debout. Imaginez une pierre qu’il veut mettre tout en haut pour bloquer la voûte et qu’il va dire non, moi, par l’humilité, je voudrais rester en bas.

Non, par l’humilité, je prends cette place que me laisse le tailleur.Donc, l’humilité, ça va être de se glisser au bon endroit, à l’image de chaque organe du corps ou de chaque pierre, chaque brique dans une construction. Pour être humble, je pense que ça s’apprend. Il faut du temps et petit à petit descendre dans cette école de l’humilité.

Mais ça demande de prendre la parole, d’avoir un avis, de réfléchir sur ce qui se passe autour de soi, de recevoir du coup la contradiction, de ne pas être d’accord, de débattre, d’aller de l’avant aussi, de manifester de l’élan, d’avoir confiance en soi aussi, de reconnaître ses qualités, de reconnaître ses défauts. L’humilité va demander cette école de vie de vraiment recevoir ce que je suis. On pourrait dire de manière simple, être humble, c’est reconnaître ses talents.

Mais attention, s’il vous plaît, avec le mot talent. Le mot talent, souvent, on l’utilise en mode, un talent, c’est quoi ? C’est ce qu’a l’autre et que moi, je n’ai pas. Il sait jouer de la guitare ? Pas moi.Il sait filmer ? Pas moi. Il est bon en dessin ? Pas moi. Ce n’est pas ça, le talent.

Le talent, c’est ce que j’ai et dont les autres peuvent avoir besoin. Ah oui, il y a celui qui est drôle et qui fait rire tout le monde, qui danse admirablement bien. Mais il y a celui qui regarde, il y a celui qui écoute, il y a celui qui voit.Quel est le coach qui n’a pas un talent énorme pour repérer ce qui se passe ? Le coach de Michael Jackson, le coach des grands danseurs, ils avaient l’œil pour repérer le geste qui n’est pas adapté.

Et ça, c’est un talent formidable. Mais c’est un talent auquel on ne pense pas. Puisque quand on voit le danseur sur scène qui fait une choré extraordinaire, on ne pense pas à son coach et à son sens de l’observation. Donc rappelez-vous bien ça. Être humble, c’est exercer ses talents. Mais nos talents, parfois, ils ne sont pas visibles. Celui qui danse une réunion, c’est se taire parce que le climat n’est pas bon et que s’il parle maintenant, ça ne va pas être entendu. Celui qui danse une réunion, c’est parler au bon moment.C’est un talent extraordinaire. Celui qui écoute ses collègues. Tout ça, c’est des talents invisibles.Et puis souvent, quand on est jeune, on ne dit pas que c’est des talents. Être observateur, est-ce que c’est un talent ? Eh bien oui, c’est un talent dont le monde a besoin.

Donc l’humilité, ce sera de repérer aussi ces vrais talents qui sont discrets, qu’on ne reconnaît pas forcément publiquement, mais qui vont vraiment aider notre entourage.

Quelques pièges à éviter. L’humilité va demander justement d’être capable de donner son avis, donc parfois de traverser le conflit, de tenir ma position, tout en écoutant celle de l’autre. D’être capable d’entrer dans la patience longue en disant je ne suis pas entendu, mais je pense que ce que je porte est intéressant.

L’humilité va demander d’éviter les peurs, la peur de se tromper. Mais aussi une peur folle, celle des autres, la peur des autres. Ou parfois la jalousie.Les autres sont vraiment doués, ils savent faire ceci, ils savent faire cela. Souvent d’ailleurs, on va se dire qu’ils ne sont pas très humbles, ils ont du talent ici ou là, ils font du show-off et tout. Mais la jalousie c’est quoi ? C’est moi j’aimerais avoir leur talent, alors qu’en fait je pourrais être dans la louange.Quelle chance on a dans l’église que lui il ait tel talent, il sait chanter. Moi j’aime le suivre et donc je suis dans la louange. Lui c’est bien qu’il chante et moi c’est bien que je suis celui qui suive, qui soit dans l’assemblée, qui chante, qui tape dans les mains, qui applaudisse.C’est ça mon talent, c’est d’écouter et de participer.

L’humilité se vivra toujours lentement. Face à l’humilité, je vous demande d’avoir pas mal d’audace, c’est une proposition.Mais celle d’oser, d’oser être soi-même, ça prend du temps. Moi il m’a fallu 25 ans pour reconnaître, accepter que je pouvais parler. 25 ans pour parler.

Alors que le talent était là, oui d’accord mais ça sert à rien, qu’est-ce que je vais raconter, je ne sais pas quoi dire. Allez-y, prenez la parole, prenez l’action, prenez le courage d’agir et d’exercer votre juste place, c’est-à-dire ce que vous êtes. Et ça, ce sera l’humilité

.Alors vraiment on peut demander ça à Jésus-Christ. Lui il a été fort parce qu’il était super balèze, on pourrait dire, il était Dieu.

Mais il est descendu dans l’humus, il a pris un corps humain et en fait il a agi à partir de cette simplicité-là.Il était hyper accessible, simple et il était doué Jésus, capable d’écouter et de patience, vraiment. On peut lui demander Seigneur d’être humble à ta manière, toujours au service des autres, tranquillement, toujours dans la louange de ce que nous sommes et de ce que notre entourage est aussi.

Vendredi 13 mars

Bonjour à tous. Aujourd’hui, nous allons traiter un thème simple, mais en fait fondamental, en fait non compliqué, l’amour. En français, dans cette langue, le mot aimer marche pour tout.

Aimer le chocolat, aimer marcher, aimer ma grand-mère, aimer faire du vélo, aimer telle ou telle musique. Du coup, ça met sur un même plan, on pourrait dire, des relations différentes entre ma grand-mère avec qui je vais passer du temps et du temps de qualité parce qu’on discute, on papote, il y a quelque chose de profond qui me fait grandir. Et puis aimer le skate, c’est quand même pas pareil.Le skate, j’y passe du temps et ça provoque des émotions, de l’adrénaline, des choses, du dépassement de soi. OK, j’ai le droit d’aimer les deux, mais c’est quand même pas pareil.

Alors, dans un premier temps, je vais faire un petit détour par le grec parce qu’en fait, le grec, c’est une autre langue, ce n’est pas la nôtre.Et comme c’est une autre langue, c’est aussi une autre mentalité. Et la mentalité avait des mots différents pour dire l’amour.

Le premier mot, c’est le mot philia. Et philia, c’est l’amour d’amitié, c’est-à-dire qu’on va être entre personnes équivalentes. Je crois que ça marcherait pour ma grand-mère, même si ce n’est pas les mêmes générations, pas les mêmes âges, des codes de respect qui ne sont pas les mêmes. Mais c’est un amour de partage, d’écoute, de relation.Dans la Bible, ce terme-là est utilisé dans le lien entre Pierre et Jésus, où Jésus va demander à Pierre, après sa mort, au moment où il ressuscite, « Pierre, m’aimes-tu ? » « M’aimes-tu comme un ami ? »

Deuxième mot, on a le mot grec agapé. L’agapé, c’est le sommet, c’est l’amour inconditionnel. On pourrait dire que c’est l’amour de Jésus pour l’humanité, c’est l’amour de Dieu pour tout le monde, c’est presque Dieu lui-même.C’est cet amour plein, généreux, à la fois maternel, à la fois paternel, qui prend soin, qui offre gratuitement, qui donne des cadeaux. C’est le sommet, c’est le top. Ce mot agapé, Jésus l’utilise quand il parle à Pierre et lui pose trois fois la question « m’aimes-tu ? ». Il utilise les deux amitiés et celui de l’amour inconditionnel.Cet amour inconditionnel, c’est celui que Dieu utilise pour dire qu’il aime le monde.

Troisième verbe, c’est le verbe de l’amour physique. Celui-là n’est pas dans la Bible, mais il est très clairement existant dans la culture grecque du temps où Jésus est vivant.Et ça va décrire l’amour des corps, on pourrait dire. Et puis, un dernier mot qui existe et qui vient dire l’amour fraternel, l’amour à l’intérieur de la famille. Dans la Bible, il n’est pas cité de manière précise comme un verbe, mais il est associé à d’autres mots pour dire cet amour entre gens proches de la même famille.L’amour peut se décomposer grâce à différents mots grecs. Ça nous permet d’élargir le sens du mot amour.

Concrètement, maintenant pour aimer, comment s’y prendre ? Aimer nécessite d’être plusieurs.Aimer se vit dans une communauté, avec d’autres gens, avec un entourage, avec des proches, au travail, dans mon activité, dans ma manière de vivre, dans mon logement, etc. Et avec ces gens, on va prendre du temps. Aimer se déploie dans le temps.Et aimer, ça ne va pas être des discours ou des sentiments. Alors ça, c’est très bizarre. Nous, on pense qu’aimer, c’est dire je t’aime. Aimer, c’est ressentir des choses. Oui, ressentir des choses est très important. Mais aimer, c’est d’abord des actions.Parce que je ressens des choses pour toi, je t’offre des fleurs. Parce que je ressens des choses pour toi et que tu es ma fille, je t’offre un biberon, du lait, du temps, de l’attention, de l’éducation. Parce que tu es un élève et que je suis professeur, je t’offre aussi ma patience.

Donc l’amour, en fait, se met dans les actions. Là où l’amour s’exprime, c’est dans ma manière de vivre. Donc même si l’amour va s’exprimer à plein de niveaux différents, au niveau de l’amitié, au niveau inconditionnel, au niveau de la famille, au niveau parfois de l’union des corps, en fait, à chaque fois, je vais donner ce que j’ai à quelqu’un qui n’a pas. Quand j’ai du temps pour apprendre à quelqu’un à lire, je lui offre du temps. Et il m’offre en retour ce qu’il est. Un sourire, sa capacité d’apprendre, sa propre patience, son intérêt.

Et donc l’amour va être cet échange entre quelqu’un qui a et qui donne ce qu’il possède, et quelqu’un qui n’a pas et qui reçoit. Et si on regarde Dieu, en fait, c’est bien ce qu’il fait. Dieu nous offre le monde, Dieu nous offre du temps, Dieu nous offre la vie.Et une question, que fais-tu de tout cela ? Moi je t’aime et je te donne, toi, quelle est ta réponse ? Pour aimer, ça ne se fait pas en un jour. L’amour va demander de l’entraînement. Si aimer, c’est une action, alors entraînons-nous.

Et là, j’ai un exemple qui, longtemps, m’a beaucoup énervé. Pourquoi à la messe, pourquoi dans les cultes, pourquoi les pasteurs, les prêtres, ceux qui prêchent, nous disent « Ah bah écoutez, il faut donner des pièces aux gens qui n’en ont pas. Il faut sourire dans la rue, dans les transports, dans le métro, dans le train.» Moi je me disais, mais ce n’est pas donner une pièce à quelqu’un qui a besoin d’argent qui va arranger la solution, enfin qui va donner des solutions à notre monde compliqué. Ce n’est pas de sourire dans le métro, dans les transports, dans la rue, qui va changer notre monde compliqué. Je me suis dit, ça ne tient pas la route ça.Et en fait, un jour, j’ai eu la notion d’entraînement. Je me suis dit, mais si moi je souris, la personne reçoit le sourire. Mais surtout, moi ça m’éduque.Je me dis « Oh, elle a répondu. Elle a réagi à mon sourire. Donc, je vais donner un deuxième sourire.Puis peut-être que ça va transformer ma manière d’aller au travail. Et je vais arriver, non pas fatigué de sortir du tramway ou du train, mais je vais arriver en souriant. Et souriant, quand on me demande quelque chose et que ça me dérange, ça va m’entraîner à m’ouvrir davantage et proposer de partager un fichier Excel, un travail, etc.» Donc en fait, s’entraîner, ça passe par des petites choses. Parce que ce qui se transforme, ce n’est pas le monde d’abord, c’est moi. C’est en fait moi qui apprend à m’ouvrir aux autres grâce à cet entraînement.Donc donner une petite pièce, l’enjeu c’est que j’apprenne moi à donner. Aujourd’hui, c’est une petite pièce, mais peut-être que demain ce sera du temps ou des grosses pièces, ou des objets de valeur que je vais pouvoir offrir. Pourquoi ? Parce que depuis tout petit, je me suis entraîné à donner.Et comme l’amour passe dans les actions, dans les actes, eh bien entraînez-vous.

Je prie le Seigneur, ce coach de l’humanité, qu’il puisse nous donner des signes qui nous encouragent dans les petites choses, pour que s’entraînant nous chacun à notre mesure dans les petites choses, nous puissions aussi le suivre un jour dans les grandes actions, dans les grandes choses.

Seigneur, viens nous aider, coache-nous à donner ce que nous avons, notre amour.

Jeudi 12 mars

Mercredi 11 mars

Mardi 10 mars

Bonjour, nous sommes Romain et Reina de Chateauviau, fondateurs de Miséricordia, une œuvre qui, au cœur de l’Église, souhaite vivre la compassion et l’évangélisation au service des plus pauvres. Dans les périphéries des grandes villes, nous voulons être le cœur de Jésus qui bat, de jour comme de nuit, pour ceux qui ont tant besoin de la grande miséricorde de Dieu. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Pierre s’adresse à Jésus avec une proposition qui, selon les normes de l’époque, était super généreuse.

Pierre propose de pardonner sept fois. Le chiffre sept représente la perfection, la plénitude. Et du coup, Pierre pense vraiment avoir atteint la limite du raisonnable.Et cependant, Jésus vient et brise ces schémas avec le célèbre 70 fois sept fois. À travers ça, Jésus nous demande de ne pas tenir un registre et de pardonner 490 fois, et puis, à la 491ème fois, de nous venger. Ce qu’il dit, c’est que la miséricorde, ça ne se compte pas.

La miséricorde, ça se vit. Le pardon chrétien, ce n’est pas un exercice mathématique, mais c’est une disposition du cœur. Il y a des moments dans la vie qui vous marquent à jamais.

Pour moi, ce moment s’est produit dans une favela au Brésil. Là-bas, au milieu de tellement de misère, j’étais confrontée à l’amour de Dieu. Et ce n’était pas un amour théorique, c’était un amour qui m’a laissée sans voix.

J’ai réalisé que ma dette envers lui était infinie. Si Dieu me faisait payer chaque erreur, chaque égoïsme, chaque fois que je lui avais tourné le dos, je n’aurais pas assez de vie pour le rembourser. J’étais comme l’homme de la parabole d’aujourd’hui qui devait dix mille talons, une montagne d’argent que je ne pourrais pas réunir, même en ayant cent vies.

Mais Dieu ne m’a pas demandé d’explication. Il n’a pas imposé de plan de remboursement. Il n’a même pas menacé.Il a simplement eu pitié de moi. Il a eu pitié de moi. Il a eu miséricorde de moi.Il a effacé ma dette. Il m’a offert une liberté que je ne méritais pas. Cependant, l’Évangile ne reste pas sur la montagne du premier amour.

Il descend dans l’abus du quotidien. C’est le mystère de ma propre misère. Comment est-il possible que moi, une pauvre jeune fille de favela qui a été sauvée de la ruine totale, je me découvre en train de refuser le pardon à mon prochain? Et c’est pourquoi le chemin que le Seigneur nous propose aujourd’hui est celui de la miséricorde.

Pour ma part, pendant longtemps, j’ai envisagé la miséricorde comme un concept. Mais aujourd’hui, j’essaye de la vivre comme un canal, comme une expérience. J’ai appris que l’amour de Dieu n’entre pas dans ma vie pour y rester comme une eau stagnante, mais qu’elle est appelée à couler à travers moi, vers les autres, comme une rivière vivante.

J’ai réalisé que la miséricorde, ce n’est pas un trophée que je garde dans un coffre-fort, mais c’est un flux, c’est une expérience. Et j’ai découvert cette vérité qui peut être douloureuse à regarder en face, mais qui est profondément libérante. Si je reçois le pardon de Dieu, mais que je ferme mon cœur à mon frère, alors je deviens saboteur de la grâce divine.

Aujourd’hui, l’évangile cesse d’être un récit étranger pour devenir comme un miroir pour nous mêmes. Nous sommes tous, toi et moi, ce débiteur de dix mille talents, une dette impayable. Mais nous sommes tous regardés avec cette compassion infinie.

Jésus termine par un avertissement sérieux. « Mon Père fera de même si vous ne pardonnez pas de tout votre cœur ». Nous sommes appelés à comprendre réellement ce qu’est le pardon. Pardonner, ce n’est pas oublier.

Pardonner, ce n’est pas non plus faire comme s’il ne s’était rien passé. Pardonner, c’est décider. Pardonner, c’est vraiment prendre cette décision souveraine, cet acte courageux de renoncer à la dette.

Cela ne vient pas de mes sentiments, puisque souvent ils sont blessés, mais ça vient de cette grâce que le Seigneur m’inspire pour aimer comme lui aime. C’est à ce moment-là que le miracle se produit. C’est en lâchant la chaîne de l’autre que je découvre qu’en fait c’est moi qui suis libéré.

Comme effort concret pour aujourd’hui, nous vous proposons de vous poser cette question. À qui est-ce que j’exige encore de payer ce qu’il me doit ? Est-ce que je suis prêt pendant ce carême à m’ouvrir au pardon que Dieu m’offre et à pardonner à ceux que je n’ai pas encore pardonné ? Nous vous proposons de prier avec nous cette petite prière.

Seigneur, Seigneur Jésus, Dieu d’infinie tendresse, je me présente aujourd’hui devant toi avec les mains vides et le cœur ouvert.Je viens te demander la miséricorde qui ne joue pas, mais qui embrase. Elle qui ne compte pas mes chutes, mais qui célèbre mon retour. Lave-moi, Seigneur, de ton amour, afin que je puisse abandonner mes fautes et reposer dans la paix.Ne laisse pas ta grâce éteigner en moi. Apprends-moi à être le canal de ta miséricorde.

Amen.

Lundi 9 mars

Aujourd’hui, je vais traiter avec vous la puissance et la grâce du témoignage. Alors, je vais faire un petit détour par un mot grec. En grec, le mot témoignage, c’est le mot martyr.Alors, tout de suite, moi, quand j’entends le mot martyr, je palis, parce que les martyrs, c’est les gens qui sont morts pour leur foi. Alors, la grâce du témoignage, c’est de mourir pour sa foi. Pas forcément.Si on retourne, justement, à l’origine du mot grec, le mot grec, c’est témoigner.

Et témoigner, je me dis, tiens, moi, ça me fait penser à un accident de la route, par exemple, qu’on va appeler des témoins. Et donc, les témoins, en fait, c’est ceux qui ont vu.Ils ont vu quelque chose. Alors, on va essayer de creuser le thème du témoignage à travers la vue, ou en tout cas l’essence. Ceux qui repèrent quelque chose, ça leur fait un effet.Et ensuite, quand ils en témoignent, quand ils en parlent ou quand ils agissent, l’entourage va être transformé.

Alors, rentrons tranquillement dans le détail. Premièrement, le témoin est celui qui a l’essence ouverte.Mais ça part d’un constat simple, entre guillemets, c’est que Dieu parle dans ce monde, où Dieu est présent dans ce monde, où les actions qui se déroulent autour de nous témoignent, parlent de l’action de Dieu. Donc, le témoin est celui qui va voir l’essence ouverte, la vue, l’odorat, le goût, et à travers ses sens et son observation, il va repérer les actions de Dieu. Ça me donne envie d’illustrer ça par un petit exemple.

C’est l’histoire d’inondation. Ce n’est pas très gai, mais voilà qu’un homme a sa maison qui commence à prendre l’eau. Passe un voisin qui lui dit, viens, je t’emmène, je pars en voiture, l’eau monte, viens avec moi.Et le voisin refuse, non, Dieu va venir me sauver. Et puis, passent ensuite des premiers secouristes en canoë, des secouristes organisés qui passent et proposent à ce monsieur de dire, monsieur, monsieur le voisin, venez, on vous emmène, l’eau monte de plus en plus, il faut partir maintenant. Et de nouveau, l’homme répond, non, non, non, Dieu va venir me sauver.

Troisième élément, cette fois, c’est les pompiers avec l’hélicoptère qui passent. Le monsieur, notre voisin, est sur le toit de sa maison. Et voilà que les pompiers arrivent et disent, monsieur, il est temps de partir, l’eau monte encore.Non, non, non, non, Dieu va venir me sauver. Et l’eau monte encore. Et notre voisin se retrouve chez Saint-Pierre au paradis.Arrivé chez Saint-Pierre, l’homme est tout étonné, il dit, mais, mais seigneur, je t’attendais, j’attendais ton action, tu n’es pas venu me chercher, pourquoi? Et là, Saint-Pierre, tous les ans, je commence à regarder notre voisin et lui dire, écoute, cher monsieur, on t’a envoyé d’abord tes amis locaux pour te dire, viens avec nous, on part en voiture. On t’a envoyé un canoë, tu n’as pas voulu monter dedans. On t’a envoyé un hélicoptère, tu n’as pas voulu monter dedans.À travers cette histoire, ce que je cherche à dire, c’est que premièrement, le témoin est celui qui regarde. Et si Dieu utilisait le voisin d’à côté, utilisait les secouristes ou l’hélicoptère pour dire à chacun d’entre nous, viens, je t’appelle à vivre. Donc en fait, la foi, on va la trouver où?

On va la trouver dans les messes, dans les cultes, dans les chants, dans la louange, mais aussi dans ce collègue qui tend la main, dans cette personne qui m’invite à venir.Et si je veux être témoin, d’abord, je regarde. Et si Dieu se cachait dans le sourire de ma fille ce matin, dans la contrainte que j’ai d’aller à l’école, mais que je vais vivre avec plaisir, etc. Premier élément donc, le témoin est celui qui ouvre ses sens.Donc deuxième point, après avoir été capable de voir, de sentir, de percevoir les choses. Mais deuxième point, le témoin est celui qui agit.

Et là, j’ai envie de prendre un autre exemple.Ces pompiers volontaires ou ces gens qui sont secouristes dans un village, ou ces gens qui toujours sont prêts à aller aider un voisin à arroser son potager, à récolter des choses quand vraiment la saison fait qu’il y a plein de pommes, etc. Ces gens-là, qu’est-ce qu’ils font? Ils sont dans l’action. Ils ne se regardent pas agir.Il y a besoin d’aller récolter les pommes. Ils sont dans le verger, ils récoltent les pommes et ils sont partis avec le panier et c’est parti. Imaginez ce pompier volontaire, ce secouriste où tout le monde se dit, lui, dès qu’il a besoin de servir, c’est le premier à y aller.Il fonce. Il a ça chevillé au corps. Ce type-là, c’est un serviteur.Cette femme, elle est toujours dévouée. C’est la première à visiter les voisins, etc. Donc le témoin, en fait, est celui qui va avoir une action.Il n’est pas d’abord à parler, il est à agir.

Mais c’est captivant. Ça veut dire que ce qu’il pense, ce qu’il perçoit, je pense que Dieu nous aime, je perçois chez mes voisins des gestes d’amour, eh bien moi-même, je vais reproduire la même chose. La grâce du témoignage, c’est d’abord l’exemplarité. Alors l’exemplarité, ce n’est pas donner des leçons. L’exemplarité, ce n’est pas dire, regardez comme je suis bien, regardez ce que je fais.Non, c’est d’agir, c’est de descendre dans l’action et d’offrir à mes voisins, à mon entourage, à ma famille, un dévouement dans les petites choses d’abord.

Puisque le témoignage, on pourrait dire, allez, on va glisser tranquillement. La sainteté va se glisser dans l’ordinaire des choses.Donc comment je suis en lien avec les personnes du village, avec les voisins, avec l’entourage, avec les personnes avec qui c’est difficile aussi ? Eh bien, le témoin est celui qui va se laisser travailler par Dieu et poser des actions qui sont saines. Si je vends un poulet, je ne vais pas augmenter le prix parce que c’est des gens du village d’à côté. Je vais garder la même ligne d’offrande de mes produits sains, bons et beaux à quiconque.Dans le fond, le vrai témoin, celui qui agit correctement, celui qui va en fait inspirer une parole saine en disant, celui-là, il est vraiment fort, c’est Jésus-Christ. Permettez-moi de dire, c’est le bonhomme Jésus. Et quand on le regarde dans l’évangile, qu’est-ce qu’on voit ? On voit sa manière d’agir et on voit la réaction de son entourage.Les gens sont étonnés, en reget, ou alors fascinés, ou alors on demande, s’il te plaît guéris-moi, regarde j’ai la lèpre, regarde j’ai ceci. Donc si vraiment on veut aussi entrer dans le témoignage, je l’ai dit tout à l’heure, point 1 on observe, on observe Jésus-Christ, point 2 on agit, on agit selon Jésus-Christ. 3ieme point et dernier élément, en fait le temoin nous invite à l’imiter et bien tout bêtement, un petit garçon qui voit un pompier,il va dire « maman quand je serais grand, j’ai envie d’être pompier ». La grâce du témoignage c’est ça, c’est de provoquer par notre action, parce qu’on a observé comment Dieu fonctionne, parce qu’on agit comme ça,notre action va en inspirer d’autres. C’est pas tant un discours sur ce qu’il faudrait faire ou être, mais c’est vraiment d’^tre à l’image de Jésus-Christ en action et cette action va provoquer chez les autres une réaction, ça c’est une grâce parcequ on se regarde pas le nombril, en fait c’est Dieu qui passe à travers nous. Si on veut passer pour qulqu’un de bien, en général, cela se voit. Si par contre, on est concentré sur ce qu’on fait, alors là Dieu passe à travers nous. On est vu par d’autres. Ils interprètent notre action et à leur tour eux-même deviennent des témoins.

On peut demander au Seigneur la grâce de regarder comment il agit, la grâce de transformer notre action, et la grâce peut-être d’être témoin, mais c’est le Seigneur qui passe à travers nous, que ce soit Lui qui utilise notre être, notre intelligence, notre vouloir, notre quotidien, pour petit à petit transformer notre monde.

Dimanche 8 mars

Dans les évangiles, Jésus fait souvent face à des personnes qui prennent le visage de personnages typiques. Par exemple, lors de sa Passion, Jésus est mis en face de Barabbas. La parole de Dieu nous donne assez peu d’informations à son sujet, mais nous nous le représentons assez facilement.

Si vous avez vu le film La Passion du Christ, réalisé par Mel Gibson, on voit les soldats escorter Barabbas, qui n’a plus rien à perdre. Il sait qu’il est condamné à mort, alors il en rajoute, il fait des grimaces, il tente de faire peur aux personnes de la foule, il devient l’image du criminel endurci. Mis en présence de Jésus, le contraste apparaît encore plus nettement.

Lorsque la foule crie son nom pour le faire libérer, il jette un regard vers le Christ, au corps torturé et au visage méconnaissable à cause des coups. Il comprend alors qu’il n’a pas été choisi positivement, mais parce que la foule a plus de haine encore contre celui qui est le juste. Ces divers face-à-face évangéliques mettent le Fils de Dieu face à l’humanité tout entière.

Chacun peut se reconnaître dans ces figures-types qui croisent le Sauveur. Aujourd’hui, Jésus rencontre la Samaritaine. On peut même lire qu’il arrive au puits avant elle et qu’il l’attend. Elle vient puiser de l’eau, il lui demande à boire. C’est un homme juif, elle, une femme samaritaine. Ils ne sont doublement pas censés se parler. Mais si Jésus entame la discussion, c’est pour conduire cette femme sur un chemin auquel elle ne s’attend pas. Elle met en avant son identité qui rend la demande de Jésus étonnante. Mais sans doute, même les Samaritains de son propre village ne voudraient pas boire de l’eau qu’elle pourrait leur donner.

Elle vient, en effet, à une heure où personne ne puise de l’eau. Elle est mise au banc de sa propre communauté. Jésus désire de l’eau, mais il révèle immédiatement qu’il peut lui donner de l’eau d’un autre type.

Cette eau vive qui désaltère une fois pour toutes et qui sera une source vivifiante. Alors, la Samaritaine répond du tac au tac, il lui serait bien pratique de ne plus avoir affaire des allers-retours jusqu’au puits, alors elle lui demande de son eau. Peut-être que la Samaritaine n’a pas pris Jésus au sérieux, alors il change de sujet, son mari.

Elle est bien obligée d’admettre qu’elle n’a pas d’époux et Jésus en profite pour lui montrer qu’il la connaît plus qu’elle ne le pense. Elle a eu cinq maris et l’homme avec qui elle vit actuellement n’est pas son époux. On voit que la révélation a frappé juste.

Si Jésus a connaissance de cela, c’est qu’il est un prophète. Alors, la conversation dévie vers la question du Temple de Jérusalem et du Temple du Mont Garisime. Alors Jésus lui révèle les choses à venir, où chacun pourra prier Dieu en esprit et en vérité.

« Mais le Messie doit venir », lui réplique la femme. Alors, révélation ultime, Jésus lui dit qu’il est le Messie. Elle va alors, telle Marie-Madeleine, aller annoncer cette nouvelle au village. Sans doute, comme Marie-Madeleine, on va se méfier des paroles d’une femme au passé peu recommandable. Mais la machine est lancée et la bonne nouvelle de la venue du Messie va produire son effet.

Pour cela, Dieu a utilisé cette femme pécheresse. Il s’est abaissé jusqu’à elle alors qu’elle est isolée. Il va même lui faire l’honneur de lui demander quelque chose à elle, elle que tout le monde fuit. Dans ce dialogue, qui devient une prédication, il va se révéler et lui faire comprendre que c’est bien d’elle qu’il a choisi volontairement pour aller annoncer la venue messianique et le commencement des temps nouveaux.

Contrairement à d’autres rencontres, Jésus ne va pas lui dire va et ne pèche plus. Le texte nous la présente comblée de joie et l’on comprend que sa vie a maintenant basculé. Elle a commencé à reconnaître sa faute et Jésus a pris les devants pour terminer son aveu. Il veut qu’elle reçoive de cette eau qui donne la vie, qui purifie et d’où jaillit la grâce.

En effet, qui voudrait vivre si c’est pour vivre une vie de rejet ? Jésus, lui, ne la rejette pas. Il veut que nous vivions et que nous vivions dans la joie et les chants. Oui, quand on sait que l’on est aimé par Dieu, alors la vie prend une autre saveur.

Alors, ne soyons pas comme le peuple au désert qui reçoit l’eau qui donne la vie mais qui a le cœur dur et ne veut pas recevoir l’amour de Dieu. Rappelons-nous que dans ce passage s’accomplit la mission de l’incarnation de venir pour les pêcheurs et les malades et que ce sont les prostituées et les publicains qui, touchés par l’eau de la grâce, nous précèdent dans le royaume de Dieu.

Seigneur, aide-nous à reconnaître nos misères et à recevoir ton pardon. Amen.

Samedi 7 mars

On vient d’écouter probablement l’une des plus belles pages de l’évangile, celle du fils prodigue. C’est une parabole qu’on appelle celle du fils prodigue alors qu’en réalité il s’agit de l’histoire de deux fils et d’un père. Le premier fils, il décide de demander à son père son héritage, c’est-à-dire le fruit du travail de son propre père.

Il s’en va, il dilapide tout et à un moment, il touche le fond. Et quand il revient, il dit cette phrase qui est bouleversante à son père, « je ne suis plus digne, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ». Il croit que son erreur a pu changer le regard de son père sur lui. Il revient mais il revient comme un esclave, il se repend mais il ne croit plus en son identité, l’identité d’être un fils de Dieu.

C’est pour moi une fausse repentance. Quand on dit je ne suis plus digne, traite-moi comme un serviteur, en final on ne fait que se définir par sa faute et si nous nous définissons par notre faute, le père, lui, nous aime et nous appelle par notre nom et continue de nous appeler son fils. Mais le père, il a un deuxième fils et ce deuxième fils, il est très important dans l’histoire parce qu’en fait, il voit ce que fait son père pour son frère, il ne lui dit pas « qu’est-ce que tu as fait pour mon frère ? », il lui dit « qu’est-ce que tu fais pour ton fils ? ». Déjà, il se met à distance et il est jaloux, il est jaloux parce que lui est resté, parce que lui a obéi, lui a servi, il n’est pas parti et c’est pourtant pour ce frère qui a tout dilapidé que le père organise une énorme fête, que le père a fait le choix de l’accueillir les bras ouverts.

Et ce frère, ce deuxième fils qui lui est resté fidèle, a obéi, a servi, il n’est pas parti, eh bien il a fait le choix de compter, de se comparer, de faire des reproches. Au final, il ne vit pas non plus comme un fils, mais comme un serviteur. Tous deux, chacun des fils, se sont trompés sur cet amour inconditionnel que le père a pour eux.

Et c’est peut-être ça, notre grande erreur. Et moi, je sais qu’à un moment dans ma vie, j’ai été un peu ces deux fils. Seigneur, je t’ai servi, je n’ai jamais transigé, tu ne m’as jamais donné de grands festins, et pourtant, tu vois ma révolte, mais est-ce que je mérite l’amour, ou est-ce que cet amour est inconditionnel pour moi ? Je me rappelle à une période dans ma vie, je chantais énormément, j’allais témoigner partout, dans les collèges, dans les lycées, je racontais mon histoire.

Et en 2017, alors que j’avais passé à peu près 200 jours hors de chez moi, que j’avais donné ma vie pour servir et pour être missionnaire, et bien à la fin d’un concert, je me suis effondré, je suis tombé d’épuisement, et là j’ai crié vers Dieu.

Et à ce moment-là, j’ai fait ce qu’on appelle concrètement un burn-out, c’est-à-dire que d’un seul coup, je n’ai plus rien, je n’ai plus rien ressenti. Je ne ressentais plus ni l’amour, ni la haine, je ne ressentais plus rien, j’étais vide.Et à ce moment-là, surtout, je n’arrivais plus à prier. Et quand on n’arrive plus à prier, on se demande si Dieu est toujours là. En fait, s’il ne s’est pas éloigné, s’il ne s’est pas détourné de moi.

Alors j’étais un peu comme ce fils qui avait à la fois une période de ma vie tout quitté pour tout dilapider, puis à une autre période de ma vie où j’ai tout fait, où je pensais avoir tout fait bien, et je suis tombé d’épuisement. J’étais dans une fatigue profonde, j’étais dans un épuisement, j’étais en dépression. J’avais surtout un énorme besoin d’être reconnu, de servir mais sans repos intérieur.

J’avais l’impression de toujours devoir être à la hauteur. Je croyais qu’être fidèle, ça devait être une performance. Et je confondais la performance et l’excellence.C’est-à-dire, la performance c’est quoi ? C’est de toujours vouloir se prouver à soi-même et de prouver aux autres que l’on existe. L’excellence, c’est mettre tous ses dons au service de Dieu pour l’honorer. Je n’arrivais plus à prier, et à ce moment-là, je me rappelle un jour, je commence à dire le « Notre Père ». Et cette prière « Notre Père », elle a été pour moi ma bouée de sauvetage.

Alors que je n’arrivais plus à me connecter à Dieu, je récitais machinalement ce « Notre Père », et en fait, je me rendais compte qu’en disant « Notre Père », je ne faisais pas que prier, je proclamais mon identité. Là où je me pensais être un serviteur, et bien d’un seul coup, je redécouvre que j’ai un Père, un Père qui m’aime profondément et inconditionnellement. Je ne suis plus seul et surtout, je peux dire Père parce que je ne suis pas un orphelin.

Alors, Dieu n’est pas un recruteur, Dieu n’est pas un chef, Dieu n’est pas un comptable, Il n’est pas un juge qui attend la faute pour que l’on puisse réparer. Non, Dieu est un Père qui nous aime inconditionnellement, et c’est ça qui a changé en moi profondément, de ne plus être un orphelin, de ne plus être un serviteur, mais d’être vraiment racheté par Dieu. Alors, pourquoi cette parabole me bouleverse ? Parce que nous avons tous une image blessée du Père, et c’est peut-être ça qui est le plus dur à comprendre.

C’est que dans notre propre vie, dans ma vie, peut-être que j’avais une image d’un Père qui était absent, qui a été dur, qui a été exigeant, qui a peut-être été indifférent, qui m’a souvent comparé, ou qui a été souvent silencieux, de cette autorité qui peut être mal vécue. Et tout ça a conditionné l’image que j’avais du Père. Or, s’il y a une chose que j’ai découverte, c’est que Dieu, lui, nous aime de manière inconditionnelle.

Et ce n’était pas les images de paternité qui sont sur cette terre qui devaient conditionner l’image que j’avais de Dieu, mais c’était Dieu qui devait me montrer ce qu’était l’amour d’un Père pour me permettre d’aimer de manière différente, absolue, et d’aimer surtout de la manière dont Dieu m’aime. Alors, redécouvrir cette capacité de Dieu à nous aimer inconditionnellement, c’est ça qui va faire pour nous une bonne repentance. C’est-à-dire, ce n’est pas pour me punir, ce n’est pas pour redécouvrir que nous sommes indignes ou que nous sommes comme des serviteurs.

Non, ce temps de repentance, c’est redécouvrir que Dieu nous aime et que je peux me présenter devant lui sans honte, sans peur, sans avoir à me juger ou à me comparer. La repentance, ce n’est pas se condamner, ce n’est pas se dévaloriser, se dire je ne suis plus digne. La repentance, c’est croire que le Père court vers moi, c’est accepter d’être relevé, c’est renoncer à la honte, c’est renoncer à la comparaison.

La repentance, ce n’est pas changer Dieu, c’est changer l’image que j’ai de lui. Alors, si je ne peux plus prier, Seigneur, apprends-moi à dire Père, guéris-moi de l’image brisée que j’ai de la paternité, apprends-moi que je ne suis ni esclave, ni serviteur, mais vraiment un fils. Et pendant ce carême, pendant cette journée, je t’invite à dire tout simplement, un Notre Père, en prenant le temps de penser à chacune de ces paroles, et en sachant que lorsque vous dites Notre Père, nous proclamons quelque chose, nous proclamons une identité, ce n’est plus ma faute qui me définit, c’est le fait d’être infiniment aimé par Dieu.

Vendredi 6 mars

Aujourd’hui, la première lecture nous propose une méditation sur Joseph, le petit Joseph, et l’évangile, lui, nous propose la parabole des vignerons homicides. Dans la symbolique de la parole, le propriétaire de la vigne qui envoie ses serviteurs, c’est Dieu. La vigne, c’est Israël.

Les vignerons, ce sont les chefs religieux qui tuent les serviteurs qui, eux, sont les prophètes. Les serviteurs, les prophètes que Dieu envoie. Et finalement, ils finissent par tuer le fils.

Le fils, vous l’avez compris, c’est Jésus. Les religieux feront donc tuer Jésus. Ce que ces paroles nous apprennent, c’est que le mal naît de la convoitise.

Cette convoitise grandit en nous comme une mauvaise herbe folle qui, dès qu’on l’arrose un peu, devient difficile à arracher. C’est l’ivraie qui étouffe le cœur. Les frères de Joseph envient la préférence de leur père à son égard et, peu à peu, ils montent un plan pour se débarrasser de lui.

Pareillement, les chefs religieux veulent se débarrasser de Jésus car il les dérange. Tout l’enseignement des évangiles, les pharisiens le prennent en pleine face, comme nous d’ailleurs. C’est là où l’humilité est importante car c’est l’amour qui nous parle.

Dieu est amour. Cet amour nous demande de nous décaler pour voir comment nous étions aveuglés. Peut-être que nous aussi nous avons des convoitises et que nous cherchons à nuire à notre prochain pour une raison qui nous paraît légitime.

Le Seigneur nous prévient avec ses paraboles. Si nous persévérons dans ses chemins, nous serons détruits. C’est l’autodestruction. Le combat spirituel existe. Le mal peut naître en nous, comme une plante mauvaise, à nous de ne pas la laisser pousser. Mais attention, ne cherchons pas pour autant à l’arracher brusquement car il est dit que nous pourrions abîmer le blé qui est sain et qui pousse dans nos cœurs.

La grâce du Seigneur peut faire du mal un bien. C’est toute la puissance de Dieu. Et on le voit dans la première lecture, plus tard, Joseph, vendu par ses frères, devient le deuxième homme le plus puissant d’Égypte car Dieu était avec lui.

La famine frappe. Ses frères descendent en Égypte quelques années plus tard pour acheter du blé et par désespoir ils se prosternent devant celui qui était leur frère mais ils ne le savaient pas. Il va finir par sauver sa famille et ses frères se repentiront.

Et c’est là qu’il leur dit cette phrase, vous aviez projeté de me faire du mal, Dieu a projeté d’en faire du bien. Et l’exemple le plus parlant pour nous est dans l’évangile. La parole, la parabole, conduit au sacrifice du fils.

Ils disent, voici l’héritier, venez, tuons-le, nous aurons son héritage. Cet héritier, c’est Jésus, il est crucifié, il meurt. Ce mal-là, Dieu va encore en faire du bien.Il ressuscite, rachète les péchés pour nous rouvrir les portes de la vie éternelle. Sa miséricorde s’adresse alors à tous les hommes qui se repentent car Dieu ne regarde pas son avantage, il aime et il aime infiniment. A l’instar des dirigeants religieux qui veulent garder le pouvoir, l’influence, le contrôle, sans passer par l’obéissance au véritable héritier, à la vérité et donc à la vie, ils se détournent du chemin de la vie et font pousser les fruits du mal en eux.

Nous aussi, nous avons à choisir, choisir de ne pas arroser cette herbe folle qui sommeille parfois en nos cœurs et qui peut naître à tout moment. C’est en cela que le Seigneur nous invite à veiller, regarder d’abord la poutre dans notre œil, avoir de la gratitude, remettre la dette à nos débiteurs, ce que nous disons dans le Notre Père, pardonner soixante-dix-sept fois, sept fois. Sept, la plénitude, c’est le chiffre de la plénitude, ça veut dire toujours espérer en lui, en Jésus, puiser à la source de l’Eucharistie pour nourrir notre âme.

Si nous avons du mal en nous, laissons Dieu le transformer en bien par sa providence et sa divine volonté. Ne mettons pas la barre trop haut dans nos cœurs en prétendant pouvoir arracher la racine du mal en nous définitivement, ce serait une vaine tentative. Gardons plutôt les yeux fixés sur lui, fixés sur la croix, fixés sur Dieu.Veillons à nos paroles et cultivons les fruits de la miséricorde pour porter du fruit. Et pour porter ces fruits de miséricorde, nous avons simplement à suivre l’enseignement du Christ dans les évangiles. Il nous montre le chemin, comment être avec les autres.

Voilà pourquoi la parole est vivante et puissante, elle nous vitalise et nous donne la vie éternelle. Porter du fruit, c’est participer à la grâce du Seigneur. Alors soyons convaincus que Dieu, l’être éternel qui a donné vie à tout ce que nous connaissons, nous fera porter du fruit si nous laissons la graine de la convoitise hors de notre cœur, cette graine du mal, et si nous l’avons laissée entrer en nous.

Soyons convaincus que sa miséricorde pourra en faire un plus grand bien, mais passe en notre disponibilité à cette grâce et à pouvoir l’accueillir. Tout cela passe par la porte de la repentance. Les frères de Joseph, après l’avoir vendu, ont dit « nous sommes coupables envers notre frère, nous avons vu son angoisse et nous ne l’avons pas écouté ». Après la disparition de Joseph, Benjamin devient le fils le plus aimé de Jacob, mais au lieu de répéter la même faute, les frères de Joseph protègent Benjamin.

Ils refusent de l’abandonner, et ce retournement intérieur est la porte ouverte au Seigneur pour les grâces futures. Alors Seigneur, donne-nous la grâce de choisir fermement, de renoncer au mal, de nous détourner de la convoitise, et donne-nous la persévérance de la foi pour laisser nos yeux fixés sur toi. Nous avons confiance en toi, en ta miséricorde, en ton amour.Fais-nous porter du fruit et laisse-nous être coopérateurs de ta grâce.

Peut-être pouvons-nous aujourd’hui adresser cette petite prière trois fois dans la journée, chaque fois qu’un moment de doute emplit notre cœur.

Jésus, j’ai confiance en toi.Jésus, j’ai confiance en toi. Jésus, j’ai confiance en toi.

Jeudi 5 mars

L’évangile de ce jour met en contact avec deux personnages dans cette parabole que Jésus énonce. Il y a d’abord le riche qui se complaît dans sa richesse, qui est dans le consumérisme, mais une vie qui est rapatriée sur elle-même et qui exclut l’autre. Et puis Lazare, qui est la figure d’une misère culpabilisante et qui est tout en attente, en manque et en même temps en ouverture.

Et il y a une aversion des rôles au terme de l’existence par le jugement de Dieu. C’est celui qui criait misère, qui avait le cœur ouvert, dont le Christ a entendu l’appel. C’est celui-ci qui est honoré, alors que le riche, enfermé dans sa richesse, est privé d’avenir.

La charité ne passera jamais, disait l’apôtre Paul. Nous serons jugés sur l’amour. Nous n’emporterons au ciel que ce que nous aurons donné sur terre. Nous sommes appelés à être, nous aussi, habités par la charité. « Voyez comme ils s’aiment », disait-on des premiers chrétiens. C’est la manière dont une communauté accueille, reçoit, considère des personnes, qui fait que celles-ci, à un moment ou à un autre, sont touchées et ont envie d’aller plus loin, de connaître la communauté, d’y insérer et de découvrir le Christ.

Cette charité, elle passe d’abord par le regard. Je pense beaucoup à cet évangile du jeune homme riche, où il est dit de Jésus « il le regarda et il l’aima ». C’était le philosophe Lévinas qui disait « il y a des regards qui dévisagent, qui peuvent être intrusifs, et des regards qui envisagent ». L’amour passe par l’attention à autrui, le regard. Là aussi, saint Augustin met sur la bouche du bon larron cette parole pour justifier sa conversion au Christ. Dans son regard, j’ai tout compris. Dans le regard du Christ, j’ai tout compris.

La charité passe par le regard, mais aussi par la présence, la densité de la présence. Quand un être est habité du dedans, il y a quelque chose qui touche, quelque chose qui passe pour rejoindre l’autre, lui manifester une considération, une qualité de présence. L’amour y passe aussi par des gestes, des attentions qui mobilisent notre corps. Il y a des gestes qui peuvent tuer, il y a des gestes qui peuvent relever, faire grandir.

Et bien sûr, l’amour passe par des paroles. Je me souviens, curé de la parole de la Sainte Trinité à Paris, en plein hiver, alors que dans la crypte on accueillait des SDF, il y avait au sortir de la crypte un pauvre air qui était avachi sur le sol. Je m’approche de lui et je lui dis « dis donc, mais qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ? » Il ne répond pas.

« C’est la faim ? » Non. « C’est le froid ? » Non. « Qu’est-ce qui est le plus dur ? » Il me l’a fait cette réponse.

« Le plus dur, c’est de n’être considéré par personne, d’être considéré comme une merde. » Oui, il y a des paroles qui relèvent, qui redressent. L’amour passe par une communication, dans le sens où on crée un dialogue, un échange avec les personnes.

On les rejoint dans ce qu’elles portent, dans leur souffrance parfois. La charité va jusque-là. Charité s’énonce aussi à travers un temps offert, un temps donné, une disponibilité. Ce n’est pas quelque chose de trop rapide, je suppose, de prendre la mesure des choses et d’offrir du temps pour créer des liens. Aujourd’hui, dans un monde où il y a beaucoup d’individualisme, de chacun pour soi, d’éco-centrisme, de cloisonnement, de mépris et d’indifférence, voilà que la charité est pour nous un impératif, lié à notre foi, mais lié aussi aux besoins de notre société. Il y a des chiffres qui sont éloquents.

On dit qu’un quart des Français se considèrent comme des personnes très seules, et un tiers des jeunes. C’est dire le challenge important qui est devant nous. La charité réclame notre zèle pour aller au-devant de toutes ces personnes qui ont besoin d’amour, besoin d’être aimées. Accepter aussi de recevoir de l’autre en lui donnant quelque chose, que ce soit un bien, que ce soit simplement un regard. Et ça suppose aussi une fidélité, une charité s’énonce dans la durée.

Mais profondément, la charité, elle passe par la prière. C’est le Christ qui donne cet amour, cette considération à son image, à son école. Alors nous demandons vraiment au Seigneur d’être des témoins de cette charité, vis-à-vis de ceux et celles qu’il met sur notre passage.

Seigneur, apprends-nous à aimer.Il n’y a pas d’autre visage de l’amour que toi. Et nous recevons dans l’évangile tous les signes, toutes les attitudes, les justes postures pour exprimer cet amour avec attention, prudence, respect. Que cet amour puisse en nous éveiller le désir aussi de communiquer aux autres le Christ qui est la source de l’amour et son accomplissement.

Une petite résolution que nous pouvons faire pendant ce temps de carême, ça peut porter sur, par exemple, des actes de charité vis-à-vis de nos proches et vis-à-vis des personnes lointaines.

Être attentifs aux gens qui sont déconsidérés, en particulier autour de nous, dans notre entourage, dans notre maison, dans les lieux que nous fréquentons, pour que nous puissions distiller la petite lumière de l’amour qui conduit à Dieu.

Mercredi 4 mars

Jésus nous dit dans l’Évangile de ce jour, le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir.

Il s’est fait serviteur. Notamment dans ce geste que Jésus va accomplir lorsqu’il va laver les pieds de ses disciples au moment de la Seine, la Seine-Seine, il fait le geste du service. Et Dieu appelle chacun d’entre nous à la suite du Christ, à devenir serviteur. Le service, il s’accomplit d’abord par rapport à Dieu, ce qu’on appelle le service du culte, rendre à Dieu tout ce qu’il nous a donné par notre action de grâce, par notre intimité avec lui. Mais aussi, nous avons reçu notre vie et nous sommes chargés de cultiver notre vie, de faire grandir notre vie.

Notre vie nous a été confiée, nous sommes confiés à nous-mêmes. Dieu ne va pas nous sauver sans nous, sans notre liberté, sans notre consentement. Et puis bien sûr, le mot service, il s’applique vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis des autres, être serviteur des autres.

Le mot service est conjoint profondément à la dimension du don. En Dieu, tout est joie, parce qu’en Dieu, tout est don, les aléombois. Profondément, l’amour conduit au don de soi.

C’est ce que dira Thérèse de l’Enfant-Jésus, aimer c’est tout donner et se donner soi-même. Et à travers le service, nous sommes invités précisément à ce don de soi, à travers les activités que nous pouvons rendre, que ce soit vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis des autres, ou en prenant soin aussi de soi-même.

Vous voyez, la première chose qui me semble importante, c’est de découvrir que notre vie est un don, notre vie nous a été confiée. Nous sommes débiteurs de Dieu. Et en réponse à cette largesse, magnanimité de Dieu vis-à-vis de nous-mêmes, nous sommes invités, appelés, à être vis-à-vis des autres dans la même posture du don. Donner de sa générosité, donner avec désintéressement et gratuitement de nous-mêmes pour aider les autres.

Cette dimension du service relève aussi du principe de justice, c’est-à-dire, l’autre est en droit d’attendre de nous quelque chose qui lui permette de vivre à la hauteur de son humanité. Ce service n’est pas simplement une prestation, il ne relève pas simplement du faire, de l’entreprendre, c’est un souci de la personne, un souci de la croissance de la personne. On utilise le mot service maintenant, on peut parler service public ou prestation de service. Ça peut être récupéré par des logiques marchandes économiques, d’abord le service, quelque chose qui porte attention à la personne.

Dieu aime qui donne avec joie, rappelle l’écriture. Le service s’accomplit aussi dans une joie, dans une action de grâce par rapport au fait que profondément on s’associe au Christ, on associe le Christ à chacun de nos gestes de générosité vis-à-vis des autres et le fait de donner nous permet aussi d’entrer dans cette joie qui est le propre de Dieu.

Le service implique la fidélité, pas simplement quelque chose qu’on peut faire quand on n’a rien d’autre à faire. Fondamentalement, le service s’inscrit dans une durée, dans une persévérance. Cette logique de service qui est constitutive de notre être chrétien, de notre action chrétienne pour former vraiment une fraternité et aider des hommes, des femmes qui ne sont pas reconnus, aimés, soutenus, qui à travers notre entremise, à travers notre engagement peuvent se relever, peuvent avancer. Ce service nécessite aussi d’être attentif à des dérives possibles, se prendre pour le sauveteur.

Il peut y avoir des appropriations du service, c’est mon affaire, c’est ma chose, on refuse que d’autres puissent collaborer avec nous. C’est parfois asservir les autres, on est tellement, on met la main mise sur les personnes qu’elles ne sont plus libres. On voit toutes les formes d’abus qui peuvent se glisser à travers une mauvaise considération du service. Il faut toujours faire la distinction d’ailleurs entre travailler pour Dieu et faire l’œuvre de Dieu, c’est-à-dire demander au Seigneur mais qu’est-ce qu’il veut profondément que l’on fasse, pas simplement avoir son idée fixe en disant je travaille pour Dieu mais je fais ce que je veux. Le service implique à un certain moment de rendre compte à Dieu et de le faire sous le regard de Dieu pour voir la meilleure manière d’entreprendre, les choix que je dois poser. Je ne veux pas tout faire.

Quand on est vraiment serviteur, on rentre dans le projet de Dieu, qui est un projet de salut. Nous sommes associés à son œuvre et le service nous rend profondément joyeux et rend les autres tout aussi bénéficiaires de la grâce de Dieu à travers nos propres activités, nos propres engagements. Dans ce temps de carême, nous sommes invités à rentrer dans cette grâce du service, rendre l’humanité un peu meilleure, là où Dieu nous a placés, à travers nos initiatives, nos engagements et d’aider les autres à découvrir la joie de servir pour qu’à leur tour, ils soient aussi serviteurs.

Nous n’existons pas simplement pour nous-mêmes, nous existons aussi pour aider les autres. Nous aidons les autres à devenir à leur humanité. Nous grandissons ensemble. Et à travers ce service, nous recevons aussi de ceux que nous servons.

Seigneur, apprends-nous à être des bons serviteurs. Bon et fidèle serviteur entre dans la joie de ton maître et Jésus dans une parabole. Bon et fidèle, deux vertus qui s’appliquent au service, la bonté et la fidélité. Dans tous les engagements qui sont les nôtres, dans notre vie personnelle, familiale, professionnelle, veillons à ce que toutes ces dimensions du service soient pleinement vécues, honorées, pour que nous puissions grandir et faire du bien à travers ce service qui nous rend responsables des autres et qui nous place selon le regard du Christ, le bon serviteur que le Père nous a envoyés pour nous sauver.

Pendant ce temps de carême, nous pouvons prendre quelques intentions et quelques engagements par rapport à cette dimension du service. Quel est le temps que nous donnons pour nos proches, ceux qui nous sont confiés, ceux qui sont autour de nous ? Quel est le temps que nous donnons pour la communauté chrétienne ?

C’est important aussi, Dieu nous a placés dans une vie de fraternité, comment nous employons nos charismes, nos talents, le temps que nous pouvons offrir aux autres.

Et puis par rapport à la société, à travers des oeuvres de charité, des oeuvres de solidarité que nous pouvons accomplir au milieu des personnes en lien avec d’autres organismes, associations, pour que notre monde soit plus beau, pour que notre monde soit plus marqué par la bonté et qu’il ait le visage de Dieu.

Mardi 3 Mars

Lavez-vous, vos péchés deviendront blancs comme neige. Nous trouvons cette expression dans la première lecture de la messe de ce jour. Dieu ne s’arrête jamais au mal que l’on commet. Le Seigneur nous rejoint dans nos défaillances, dans nos défaites, pour nous en relever. Et son amour nous conduit, à travers ce relèvement, jusqu’au ciel. Suivre le Christ, aimer le Christ, précisément, c’est à sa suite, faire cette trajectoire pascale qui est célébrée à chaque messe.

A chaque messe, nous ne célébrons pas uniquement la résurrection du Seigneur, mais le passage de la mort que nous rappelons à la résurrection. Oui, l’amour conduit à l’espérance. Mais pour n’espérer qu’en Dieu, disait Gustave Thibon, il faut avoir désespéré de tout ce qui n’est pas Dieu.

Et à travers les embûches, à travers les péchés, à travers les fautes, etc., qu’on a pu commettre au cours de notre vie, que finalement on fait cette découverte, c’est qu’en Dieu que nous pouvons trouver la véritable issue de sortie, l’issue de secours pour notre vie et la vie du monde. Nous avons à nous attendre à Dieu. Et Dieu sait le, est à la mesure des attentes profondes qui structurent l’être humain dans son cœur.

Besoin de sens, besoin de repère, besoin de transcendance, besoin de fraternité, besoin d’amour. Par rapport à cette nécessité d’une renaissance, d’un engendrement de nouveau que nous propose l’Église, et ce temps de carême est tout à fait propice à nous livrer à un combat contre toutes les formes de désespérance qui sont en nous. Le scepticisme d’abord, douter qu’un avenir soit possible.

L’horizon est bouché. On parle aussi beaucoup des utopies politiques, par exemple, qui ont fini dans la cendre et le sang au cours des dernières années. Par rapport au discours politique et aux crises de la démocratie qui frappent notre société, le défaitisme, le découragement peut nous guetter aussi.

Par rapport à tout ce qui est au niveau des crises climatiques, environnementales, on est facilement dans le catastrophisme. Alors bien sûr, on peut essayer de trouver des compensations dans la présomption technologique qui prétend créer un monde nouveau. L’homme se prenant pour Dieu veut recréer le monde pour aboutir à un homme numérisé, technologisé, fabriqué.

Ou alors, on se réfugie dans le consumérisme. On croque de l’instant, on vit à l’instinct. On n’a pas de regard sur l’avenir. Par rapport à toutes ces formes de fuite aussi, des utopies dans les ésotérismes, dans des quêtes spirituelles, le chamanisme et autres, il y a là aussi un énorme combat dans notre société par rapport à ces fausses sorties. Pour nous, l’issue c’est le Christ. Il est le visage de l’espérance.

Et cette espérance qu’il incarne parce qu’il a gagné la patrie du ciel et à la fois il nous accompagne sur ce chemin et il est au bout de la route, et bien ce visage de l’espérance se reflète en Marie, sa mère. Elle partage la gloire du ciel. Elle est là à nos côtés comme elle a été aux côtés du Christ pour nous conduire sur ce chemin de l’espérance.

L’âme de l’espérance, c’est la prière. C’est la veille, la vigilance du cœur. Comptez sur Dieu qui ne nous fera jamais défaut et qui veille sur nous et qui nous suit, qui nous relève.

On peut être sûr que dans les confidences de notre prière, dans ce cœur à cœur, nous trouvons la force d’aller plus loin, plus haut, et de nous relever et de nous réveiller. Prière, mais aussi sacrement. Le sacrement de l’Eucharistie en particulier, c’est le lieu privilégié où nous faisons cette expérience d’une espérance, le passage de la mort à la vie, le pas eucharistique que nous est donné pour ce voyage jusqu’à la patrie du ciel.

L’espérance a le visage du Christ. L’âme de l’espérance, c’est la prière. La vertu de l’espérance, c’est la persévérance. C’est au travers des combats ne jamais céder au découragement, à la fuite, mais savoir qu’avec courage, nous pouvons avancer, nous pouvons braver les difficultés en comptant sur la grâce de Dieu. Il nous faut continuer jusqu’au bout notre chemin avec constance, fidélité. Dieu sera notre récompense.

Ne regardons pas dans le rétroviseur de l’histoire, mais avançons dans cette certitude que Dieu est là à nos côtés. Le vecteur de l’espérance, c’est précisément notre engagement, notre détermination. Ce qui manque le plus aux chrétiens, disait Montalombert au XIXe siècle, c’est le courage.

Parfois le courage d’avoir peur, de brader et de braver les peurs. Avancer dans la nuit comme des pèlerins, dans l’obscurité guidée comme les rois mages par la petite lumière de l’espérance, cette petite fille espérance dont parlait Charles Péguy, qui nous entraîne sur les chemins de la foi. « J’espère en Dieu de toute mon âme », dit le psaume 129.

Soyons des prophètes d’espérance, cette espérance qui nous conduit vers le meilleur de nous-mêmes, c’est-à-dire vers Dieu. Je vous invite pendant quelques instants de recueillement à nous remettre entre les mains du Seigneur pour recevoir de nouveau cette vertu d’espérance qui nous rapporte à Dieu. Nous avons reçu cette espérance au jour de notre matin.

Seigneur, apprends-nous à espérer. Même dans la nuit, espérez contre toute désespérance. Espérez dans cette certitude confiante que Dieu ne nous abandonnera jamais. Il est là à nos côtés. Notre confiance est dans ton nom très saint, Seigneur. Avançons avec persévérance sur les chemins de l’espérance qui conduisent à Dieu.

Et puis, cette espérance qui nous habite, qui nous nourrit, nous puissions l’attester vis-à-vis de ceux qui, au contraire, sont dans la désespérance, dans le doute, dans la peur, que nous puissions leur offrir ce témoignage de l’espérance chrétienne par laquelle le Christ a vaincu la mort.

Je vous propose, comme petit effort de carême, de cultiver cette espérance en relisant votre vie, de repérer les moments où le Seigneur vous a parlé dans votre cœur et vous a permis de rebondir, d’être relancé, alors qu’apparemment tout était noir, difficile.

Et puis, si vous pouvez le trouver sur les réseaux sociaux, redire un acte d’espérance.

Vous confiez à Dieu et il vous entraîne vers le meilleur de vous-même. Il vous attend au bout du chemin.

Lundi 2 mars

La miséricorde Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Nous venons d’entendre dans l’Évangile cette invitation du Christ à la miséricorde. Cette miséricorde, vraiment, c’est le visage de Jésus.

Jésus est miséricorde. Et les dernières paroles qu’il a adressées au bon larron sur la croix expriment ultimement cette miséricorde en lui pardonnant son péché. Ce soir même tu seras avec moi en paradis.

Et ce dernier acte de Jésus récapitule, résume tous les actes antérieurs qu’il a pu accomplir dans son ministère. Il a fait miséricorde. C’était Jean-Paul II qui disait que la miséricorde est ce dont le monde a le plus besoin.

Nous sommes dans un univers où il y a beaucoup de violences, de cassures, de fractures de toutes sortes. Comment réparer, comment recoudre, pas simplement des ressources humaines. Il nous faut aussi compter sur l’intervention de Dieu, sur le pardon de Dieu, sur la miséricorde de Dieu.

Le mot miséricorde consonne avec le mot misère, un cœur qui se penche sur la misère. Dans un texte qu’il a écrit, Elie Wiesel raconte cette scène dans un camp de concentration. Chaque matin il y avait l’appel des prisonniers pour voir s’il n’y en avait pas qui avaient fuigué durant la nuit.

Et donc tôt matin, il y a l’appel des prisonniers et puis on découvre qu’il y a trois qui sont partis. Et alors à ce moment là la sanction est toujours la même. Autant de personnes qui sont parties, autant de personnes qui vont être massacrées devant tous les autres prisonniers.

Et plus exactement pendues. Et donc tout le monde a assisté à cette scène horrible où trois personnes qui étaient prises au hasard sont pendues devant l’ensemble des détenus. Et au milieu entre les deux, plus anciens, il y avait un jeune d’une vingtaine d’années qui est là suspendu au bois de la croix. Et alors à ce moment Elie Wiesel se tourne vers son ami chrétien et lui dit mais qu’est-ce qu’il fait Dieu dans cette situation ? Où est-il ton Dieu ? Son ami le regarde, pointe du doigt, le jeune qui est pendu entre ces deux détenus lui dit le Christ il est là. Oui, nous croyons en un Dieu qui vient rejoindre l’homme au moment où il s’affaisse. Et il est venu le rejoindre dans la détresse et lui-même l’a partagé cette détresse.

Il est tombé plus bas que terre. Pour qu’à partir de la résurrection il puisse relever, redresser tous ceux qui sont perdus, ceux qui sont à terre. Pour leur donner une nouvelle vie, une nouvelle espérance.

La miséricorde c’est le visage du Christ mais c’est aussi une tâche, un chemin. La miséricorde du Christ on la contemple à partir notamment après sa mort de son cœur transpercé d’où jaillit l’eau et le sang. Qui sont pour nous les sacrements de l’église, le baptême et l’eucharistie.

Le cœur de Jésus récapitule toute sa personne, tout ce qu’a été sa vie. Ce cœur il est chargé de l’amour, de la tendresse de Dieu. Véritablement la miséricorde elle jaillit de cette contemplation d’une vie qui a été donnée jusqu’à l’extrême pour nous sauver.

La miséricorde implique non seulement la contemplation mais aussi un travail de contrition. Si le Christ a été crucifié, s’il est mort pour nos péchés, cela doit nous interpeller nous-mêmes sur la manière dont nous avons mis ou pas le Christ au centre de notre existence, de notre cœur. Ça nous invite à relire notre existence pour voir ce qui a été les défaillances, les chutes, les lâchetés, les médiocrités, les avarices, les jalousies.

Travail de contrition pour se remettre en cause, pour exercer comme une repentance sur toute notre existence. Contemplation, contrition mais aussi la miséricorde c’est contempler, regarder le Christ agonisant. Il nous a aimé jusque là.

On ne peut pas rester inertes, insensibles à cette détresse d’un Dieu dont l’amour a pris un tel visage de celui qui va mourir pour nous. Le chemin de la miséricorde c’est aussi celui de la conversion du cœur. Trouver une autre dimension, une autre route dans notre existence pour aller plus profond, plus en vérité, pour être aussi compatissant vis-à-vis de celles et ceux que Dieu met sur notre route et qui ont besoin de cette miséricorde.

La miséricorde elle se déploie enfin dans une dimension de communion. On disait aux apôtres au moment du Sénat qu’ils ne formaient qu’un seul cœur, c’est-à-dire l’union qui était forgée par l’Esprit-Saint entre eux pour que cette miséricorde puisse retentir, rejaillir à partir de leur fraternité sur celles et ceux qu’ils allaient rencontrer sur les routes du monde. Autant de perspective pour nous, d’appel chacun d’entre nous à l’occasion de ce temps de carême de revisiter notre vie, pour placer notre existence sous le regard de la miséricorde du Seigneur.

Cette miséricorde, elle a trois accents. Elle est d’abord, bien sûr, un acte de charité devant la détresse, la pauvreté, la misère de celles et ceux qui nous entourent. Mais c’est aussi, la miséricorde, elle a un rapport à la vérité.

Faire miséricorde à quelqu’un c’est lui dire la vérité, c’est l’amener à la vérité, c’est ne pas lui mentir. Et puis, la miséricorde enfin emprunte le chemin de la communion fraternelle. La communion consonne aussi avec le mot justice.

La justice se caractérise par le fait de donner à quelqu’un ce dont il a droit, pour le respecter, le droit d’exister, le droit de vivre. La miséricorde aussi se déploie à travers ce sens de la justice. Donc la miséricorde ce n’est pas seulement un sentiment, c’est véritablement un sauf-conduit pour qu’à travers la charité, à travers la pauvreté, le sens de la pauvreté, à travers la justice, nous puissions faire en sorte que cette miséricorde se déploie vers celles et ceux qui nous entourent pour former un seul cœur.

Un cœur miséricordieux. La miséricorde ce n’est pas la loi du talion. La miséricorde c’est profondément lié à l’espérance, la fille de la miséricorde. Nous ne sommes pas avec le karma lié au passé. Nous construisons par la miséricorde un univers nouveau et le Christ nous précède sur cette route. Prions ensemble pour que cette miséricorde du Seigneur nous puissions en être à la fois les bénéficiaires et les acteurs.

Seigneur, fais-nous grâce par rapport à notre passé, les histoires compliquées qui ont été les nôtres, pour qu’à travers ton pardon, à travers ton regard miséricordieux qui se penche sur nous, pour nous donner la vie, nous puissions repartir sur de nouveaux chemins. Cette miséricorde dont nous bénéficions grâce à toi, qu’elle puisse aussi se traduire autour de nous par notre générosité, par notre sens de la vérité, de la justice et notre attention au plus pauvre. Nous te le demandons Seigneur, toi dont le cœur miséricordieux s’est penché sur la misère humaine, pour nous en libérer.

Et je propose à chacun d’entre vous, pour exprimer cette miséricorde, d’abord de relire, de prendre un temps pour relire dans son passé, lointain ou proche, les choses que nous avons à confier à Dieu dans le secret de notre cœur, de notre conscience, éventuellement à en trouver un prêtre pour nous confesser. Et puis d’exprimer cette miséricorde aujourd’hui à travers des générosités, à travers de ceux qui mendient au niveau matériel, mais aussi au niveau de la reconnaissance, de la considération. Nous avons besoin de trouver en nous des acteurs de miséricorde, des prophètes d’espérance.

Dimanche 1er mars

Imaginez-vous à la fin d’un concert de musique classique. Le premier violon a été particulièrement talentueux ce soir-là. Voilà que les applaudissements s’élèvent dans la salle, on salue les uns après les autres, et quand vient le tour du premier violon, il n’a pas le temps de s’avancer, c’est son violon qui jaillit, qui vient, qui marche devant le début de la scène, et c’est son violon qui salue gracieusement.

Puis, après un petit moment, quand les applaudissements diminuent, le violon s’adresse à la foule et il dit « Je voudrais, si vous le voulez bien, rendre hommage à ce musicien talentueux avec qui j’ai eu l’honneur de jouer. Et il a quand même participé, et pas trop mal, à la réussite de ce concert. On peut maintenant l’applaudir lui aussi.»

La scène est grotesque, mais c’est un peu la scène que nous vivons à la Transfiguration. Sur la montagne, il y a Jésus, Pierre, Jacques, Jean, a priori pas de chef d’orchestre, pas de musicien, mais il y a un instrument. Et c’est cet instrument qui m’intéresse aujourd’hui.

L’instrument qui est sur la montagne de la Transfiguration n’est rien d’autre que l’humanité de Jésus-Christ, son corps qui est resplendi de lumière et l’instrument que Dieu a choisi pour venir nous rejoindre. Attention, ce n’est pas un instrument comme les autres, ce n’est pas un pantin qu’on peut manipuler de loin. C’est un instrument absolument uni à la personne de Jésus-Christ, mais c’est un instrument quand même.

Le Verbe de Dieu, engendré de tous les temps dans la Trinité, n’avait pas de corps, n’avait pas de chair, et quand il prend chair, il a cet instrument de l’humanité de Jésus par lequel il vient nous rejoindre. Bien, c’est aujourd’hui cet instrument qui resplendit de lumière, qui est transfiguré par la gloire du Père. Et saint Pierre qui est là devant a cette proposition très naïve que de permettre à cet instrument lumineux de se reposer un peu, de se mettre dans une tente qui est rivée sur terre avec des sardines de l’époque.

C’est bien l’inverse dont il est question. Le Verbe de Dieu a planté sa tente parmi nous pour que nous puissions, nous, aller établir notre demeure, notre tente, dans l’intime de la Trinité. Et donc, se réjouir ou s’extasier devant la chair lumineuse du Christ en voulant la garder pour soi, pour qu’elle demeure parmi nous, c’est finalement manquer la cible.

C’est honorer l’instrument à la place du musicien. Car en effet, dans cette scène de la transfiguration, le plus impressionnant, ce n’est pas une chair qui se met à briller, mais c’est l’épiphanie de toute la Trinité. Le Père dans la voix, le Fils dans l’homme resplendissant et l’Esprit dans la nuée lumineuse.

Devant les yeux de Pierre, Jacques et Jean, le Dieu d’Israël, d’Isaac et de Jacob se rend manifeste, comme il l’a rarement été. Et la chose la plus intelligente que Pierre songe à faire, c’est que cette humanité visible et resplendissante du Seigneur puisse trouver une place confortable sur terre. Il manque l’essentiel de l’affaire.

Il manque la confession de foi en la Trinité sainte. Eh bien, frères et sœurs, en vérité, je vous le dis, chaque jour, chaque jour, nous faisons l’erreur de saint Pierre. Nous nous tournons vers l’instrument au lieu de nous tourner vers l’auteur de la grâce.

Et cet instrument, c’est nous-mêmes. Membres du corps mystique du Christ depuis notre baptême, nous sommes le prolongement de cette humanité sainte. L’Église continue la présence de l’humanité de Jésus dans le monde et donc chaque membre de l’Église est comme un membre du Christ envoyé dans le monde.

Ces membres du Christ sont les instruments que Dieu utilise pour rejoindre le monde et le sanctifier. Eh bien voilà, chaque jour de notre vie chrétienne, et en particulier depuis le début du carême, nous regardons la grâce agir en nous et parfois nous sommes tout à fait réjouis, et j’espère que c’est votre cas. Nous sommes heureux et fiers de voir les merveilles que Dieu fait en nous.

Mais soyons honnêtes, est-ce que nous applaudissons le musicien, celui qui œuvre à travers l’instrument, ou est-ce que nous applaudissons l’instrument qui est nous-mêmes ? Nous avons des succès dans le jeûne, dans la prière, dans la pénitence, dans le partage, et c’est très bien, mais trop souvent nous avons de la peine à reconnaître que celui qui œuvre vraiment, c’est le Seigneur, et que nous ne sommes que ses instruments. Et pour revenir à mon orchestre, qu’est-ce qu’on demande à l’instrument ? Pour que la musique soit belle, harmonieuse et juste, il faut le talent du musicien, du chef d’orchestre, et il faut aussi que l’instrument soit bien accordé. Et accorder un instrument, cela prend du temps.

À un moment, on pense qu’on a réussi, puis la température, l’humidité changent, et il faut tout recommencer et s’ajuster jour après jour. Dans le cas du violon, pour l’accorder, pour le monter, il faudra serrer résolument, et pour qu’il redescende, desserrer avec beaucoup de délicatesse. Pour le carême, c’est pareil.

Si nous voulons être des instruments ajustés dans la main de Dieu, il faudra parfois un peu serrer nos efforts, et parfois un peu relâcher, et entre les deux, écouter beaucoup. Je me rends compte que ma vie de prière diminue un peu, qu’elle est un peu plus fade, je resserre. Je me rends compte, au contraire, que je deviens un petit peu acerbe, irritable à cause de ma pénitence, je desserre.

Je réalise qu’en fait, je me lève chaque matin de la même façon, et que le carême est la même chose que le reste de l’année, je resserre. Je vois que j’ai de la peine à tenir mon engagement de prière, et que je n’ai même plus envie d’aller prier, je desserre.

Et donc, peu à peu, en desserrant, en resserrant, en s’écoutant, nous arrivons à être cet instrument ajusté qui pourra sonner juste.

Mais encore une fois, ce n’est qu’une partie infime de la beauté de la musique, car tout le talent, toute la grâce, toute la joie et toute l’harmonie vient du musicien qui est là derrière. Si je ne prends pas conscience de cela maintenant, alors le carême sera un temps où je me prépare pendant 40 jours à m’applaudir moi-même, au lieu de regarder l’action de Dieu dans ma vie.