Mercredi 13 mai

L’Évangile de Saint Jean nous présente un extrait du long discours d’adieu prononcé par Jésus, peu avant sa passion. Dans ce discours, il explique aux disciples les vérités les plus profondes qui le concernent, et ainsi la relation entre Jésus le Père et l’Esprit est-elle tracée. Jésus sait qu’il est proche de la réalisation du dessein du Père, qui s’accomplira par sa mort et sa résurrection.

C’est pour cela qu’il veut assurer aux siens qu’il ne les abandonnera pas, car sa mission sera prolongée par l’Esprit Saint. Il y aura l’Esprit pour prolonger la mission de Jésus, c’est-à-dire pour mener l’Église de l’avant. Jésus révèle en quoi consiste cette mission.

Avant toute chose, l’Esprit nous conduit à comprendre les nombreuses choses que Jésus lui-même a encore à dire. Il ne s’agit pas de doctrine nouvelle ou spéciale, mais d’une pleine compréhension de tout ce que le Fils a entendu du Père et qu’il a fait connaître à ses disciples. L’Esprit nous guide dans les nouvelles situations existentielles, avec le regard tourné vers Jésus, et dans le même temps, ouvert aux événements et à l’avenir.

Il nous aide à avancer dans l’histoire solidement enracinée dans l’Évangile, et aussi avec une fidélité dynamique à l’égard des traditions et des habitudes. C’est pour cela, chers amis, que nous invoquons l’Esprit Saint pour discerner. Et en ce 13 mai, l’Église fête Notre-Dame de Fatima, et cela prend une résonance particulière au cœur de ce mois de mai, traditionnellement consacré à Marie.

Pourquoi Marie apparaît-elle parfois dans l’histoire ? Et bien non pas pour ajouter une nouvelle révélation à l’Évangile, comme si le Christ n’avait pas tout donné et que l’Esprit Saint n’était pas capable de tout donner, mais pour réveiller les consciences lorsque le monde s’éloigne de Dieu. Marie est la messagère. L’Église est d’ailleurs très prudente avec les apparitions.

Toutes ne sont pas reconnues comme authentiques, certaines se révèlent fausses, exagérées ou mêlées d’erreurs humaines, et c’est précisément pour cela que l’Église examine longuement les fruits spirituels. La fidélité à la foi catholique, l’humilité des voyants et la cohérence du message avant de reconnaître une apparition. A Fatima, le message de la Vierge fut d’une grande simplicité et d’une grande gravité.

C’est un appel à la conversion, à la prière, au rosaire quotidien, à la pénitence pour les pécheurs et à la confiance dans le cœur immaculé de Marie. Marie n’est jamais au centre pour elle-même. Lors des apparitions vraies, elle apparaît toujours pour conduire à Jésus, comme une mère qui voit ses enfants s’éloigner du feu, vivants, de Dieu, et qui vient les avertir avec tendresse.

« Ne vous éloignez pas de ce feu. » Et peut-être est-ce cela, au fond, la vraie dévotion mariale, ne pas courir après le sensationnel, comme certains sont tentés de le faire, ou les secrets, mais accueillir Marie comme une mère qui nous aide à revenir au Christ avec, je le dis avec gravité, simplicité. Le moine Marie nous rappelle qu’aucune nuit intérieure n’est trop profonde pour être visitée par la grâce.

A Fatima, la Vierge a parlé dans un monde traversé par les guerres, les idéologies et les peurs. Aujourd’hui encore, son appel reste actuel, nous le ressentons. Beaucoup de catholiques se tournent vers Notre-Dame de Fatima pour demander la protection des familles, la guérison, la paix du cœur, ou celle des nations.

Et nous aussi, dans cette neuvaine et cette prière qui va suivre, nous pouvons déposer nos inquiétudes, nos blessures, nos espérances entre les mains de celles qui, depuis Cana jusqu’à Fatima, ne cessent de redire « faites tout ce qu’il vous dira ». Alors, chers amis, confions à Marie Notre chemin de vie, elle nous permettra de nous rediriger tout droit vers le Christ toujours. Cette neuvaine à Notre-Dame de Fatima est à prier tous les jours pendant neuf jours. Nous pouvons la prier pour les âmes du purgatoire, pour la guérison, pour la pureté des jeunes, pour la foi et la concorde des familles et la paix. Mais aussi pour toute autre grâce que nous voulons demander à notre Mère du Ciel. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen. Mon Dieu, j’ai un très grand regret de vous avoir offensé parce que vous êtes infiniment bon et que le péché vous déplait.

Je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence. Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal. Amen. Je vous salue Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

I

Mardi 12 mai

Commentaire de Sainte Catherine de Sienne

Courage, mes frères ! Ne nous laissons pas abattre, ni par le péché commis, ni par aucune illusion, aucune tentation du démon. La route a beau être rude et fangeuse, le Christ, notre médecin, nous a donné un remède pour toutes nos infirmités, un baptême de sang et de feu dans lequel l’âme purifie et lave tous ses péchés, consume et détruit toutes les tentations et les illusions du démon.

L’homme, tant qu’il vit dans la prison corruptible de son corps, éprouve une loi perverse qui l’invite et le sollicite toujours au péché. La douce bonté de Dieu lui a donné un remède continuel qui fortifie sa raison et sa liberté. Ce remède continuel est le feu du Saint-Esprit qui ne s’éteint jamais et répand toujours sa grâce et ses bienfaits, tellement que chaque jour nous pouvons nous appliquer ce doux baptême qui nous est donné par la grâce et non par le mérite.

Ainsi donc, quand l’âme regarde et voit en elle ce trésor et ce feu de l’Esprit-Saint, elle s’enivre tellement de l’amour de son Créateur qu’elle se renonce entièrement. Elle voit et considère seulement son néant et la bonté de Dieu à son égard. Elle voit que cette bonté infinie ne veut autre chose que son bien, et alors son amour devient parfait envers Dieu.

Elle n’a pas d’autre pensée, d’autre affection. Elle ne peut retenir l’élan de son désir, mais elle court sans fardeau et sans lien, car elle s’est délivrée de tous les obstacles qui pouvaient l’arrêter.

I

Lundi 10 mai

Paul, dans la première lecture, voulait aller en Asie. L’Esprit l’en a empêché. Il essaie la Bithynie et même chose.

Deux portes fermées d’affilée, sans explication, sans justification. Et c’est dans ce couloir sans issue qu’il reçoit la vision qu’il envoie en Macédoine. On a tendance à penser que Dieu guide en ouvrant des chemins lumineux devant nous.

Mais dans l’exemple de la vie de Paul, la Providence se manifeste d’abord par des blocages. Ce mur que l’on vit parfois dans nos vies, cette opportunité qui s’effondre, cette relation qui ne se fait pas, etc., ce n’est peut-être pas un abandon. C’est peut-être, au contraire, comme dans cet exemple, un chemin d’ouverture vers quelque chose d’autre.

Paul parle d’ailleurs d’une écharde dans la chair, une souffrance permanente, une limite qu’il a portée toute sa vie et dont il a supplié trois fois d’être délivré. Quelle est cette écharde ? Et quel est le lien avec cette Providence et ce refus ? Eh bien, c’est un mystère. Mais dans nos vies, parfois, nous sommes limités.

Et cette écharde peut être cette limite. La réponse reçue à cette écharde et à cette limite de Paul, c’est Dieu qui lui dit que ma puissance se déploie dans la faiblesse. On ne sait pas exactement ce qu’était cette écharde.

Une maladie, une tentation, un combat intérieur, peu importe. Ce que Paul comprend progressivement et que nous sommes invités aussi à comprendre, c’est que Dieu avait permis cette limite, précisément pour le protéger de l’orgueil. Après toutes les grâces extraordinaires qu’il avait reçues, les visions, les révélations, les miracles, cette faiblesse maintenue était une cage protectrice. Une cage dorée, protectrice qui mène au ciel. Bien évidemment que ce n’est pas toujours agréable. Mais Dieu nous protège puisque nous lui demandons de nous protéger.

Dieu ne supprime pas la croix que nous pouvons avoir dans nos vies. Il l’habite avec nous. Et c’est à travers elle que la puissance apostolique de Paul restait pure, féconde et humble.

Ensuite dans l’évangile, Jésus promet le défenseur. Saint-Irénée le dit avec une précision particulièrement intéressante. Là où Satan accuse, l’esprit défend. Satan te dit que tu es perdu. Il t’embrume l’esprit. Il te fait voir des choses que tu perçois comme étant vraies mais qui sont fausses.Bref, il essaie vraiment de perdre l’âme. Et il te mène vers des chemins qui ne mènent nulle part. Et qui se définissent uniquement alors par des échecs. Le regard qu’on a sur nous même après est complètement défait. Et on ne peut espérer en rien. C’est là où on s’attache à des choses qui ne sont pas de Dieu. Et l’esprit qui est le défenseur témoigne d’autres choses. Il intervient surtout avant. Et c’est ce qu’on a vu avec la providence divine qui vient contrecarrer les plans qui nous auraient peut-être fait tomber.

C’est lui qui ferme la route de l’Asie à Paul. C’est l’esprit saint. C’est le défenseur. C’est lui qui maintient nos vies dans des limites que l’on voudrait faire sauter. Mais qui nous protègent. Didyme d’Alexandrie dit que l’esprit nous comble de sa grâce au point de ne plus laisser de place à ce qui serait indigne.

Quand bien même le désir que l’on aurait irait dans le sens contraire de l’esprit saint. Il est là pour nous protéger. Alors l’esprit ne vient pas là nous imposer quelque chose. Il vient comme une transformation intérieure qui rend peu à peu le mal moins désirable. Les mauvais chemins moins attrayants. Il travaille du dedans. Mais il peut arriver aussi que par des événements extérieurs puisque la providence le permet. Le Seigneur à travers son esprit nous ferme des portes.

Ça peut être à travers une tempête. On était censé partir quelque part et tout à coup le train est annulé, l’avion est annulé. La destination où on aurait été, aurait été peut-être une destination où on aurait péché. Faire un grand péché qui nous aurait détourné de Dieu petit à petit.

Et l’esprit nous protège. Quand on est fidèle, il est toujours présent. Et même quand on n’est pas fidèle d’ailleurs puisqu’il se souvient lui de l’intention de notre cœur quand on le prie. Et si on lui demande avec une intention profonde qu’il nous protège, il le fera. Donc l’église ne va pas dire tel événement, telle tempête a empêché, c’est un miracle. Elle ne va pas le préciser comme ça. Mais c’est des choses qui arrivent. Et on ne peut pas statuer dessus. Et Dieu se sert de ce qui se passe dans l’univers. Il ne va pas faire éclater des trucs comme ça. Il ne va pas faire disparaître l’avion par exemple, non. Mais il y a des choses qui se passent, qui sont mystérieuses. Et que chacun d’entre nous peut témoigner. Peut-être en commentaire, comme ça, ça inspirera certaines personnes. Si vous avez quelques histoires assez courtes, n’hésitez pas à les partager.

Donc l’esprit saint rend peu à peu certaines choses qui sont mal, moins désirables.

Alors pourquoi, malgré tout, malgré ses protections, malgré le défenseur, certains sombrent-ils ? Et bien parce que l’esprit ne force personne. On a le libre arbitre quand même. Ces événements se passent dans des conditions particulières. Et nous avons notre choix. On peut y aller quoi qu’il arrive, à cette destination qui nous aurait perdu.

Vous voyez. Mais l’esprit saint avertit. Il retient. Il murmure. Il ferme des portes. Voilà l’action. Elle est douce. Mais elle est présente. Saint Paul lui-même reste libre. S’il voulait vraiment aller en asile, il serait allé. Mais il reste docile à l’esprit saint. Mais ça c’est une condition particulière de missionnaire qui reste à l’écoute des choses qui leur arrivent. Il essaie. Il discerne. Puis il accepte. Voilà le chemin.

Et c’est dans cet espace de liberté consentie que la providence peut agir. Quand on refuse cet espace, quand on étouffe méthodiquement cette voie intérieure, année après année, choix après choix, eh bien on a toujours le choix de se perdre. Bon c’est dommage. Mais c’est possible. Donc l’esprit saint et la volonté divine ne va pas à l’encontre de notre liberté. Donc cette porte, on peut la fermer nous-mêmes. Mais la bonne nouvelle, c’est que tant qu’on respire, on peut encore l’ouvrir cette porte. Il n’est jamais trop tard.

Donc il suffit d’un tout petit espace d’espérance qui peut être apporté par d’autres personnes. Et cette espérance peut être alors source d’ouverture. Et comme Paul qui accepte de ne pas comprendre pourquoi l’Asie lui est refusée, et qui repart quand même, ailleurs, en Macédoine, et maintenant nous pourrons y lire, peut-être, parfois, une protection de la providence divine.

I

Dimanche 9 mai

Chers frères et sœurs de Catoglad, vous feriez bien d’appeler votre avocat. C’est un petit peu ce que semble nous dire Jésus dans cet évangile. Nous avons dans la traduction française le mot défenseur pour qualifier l’Esprit-Saint dans la bouche de Jésus.

Mais derrière ce mot français se cache un mot grec qui est la langue de rédaction de l’évangile et ce mot grec c’est le mot paraclétos traduit parfois en français par paraclet ou même par avocat. Paraclétos c’est celui qui est appelé auprès de quelqu’un. Voilà comment Jésus nous décrit l’Esprit-Saint.

C’est l’avocat qu’il faut appeler auprès de nous, comme si nous étions dans un procès et que nous avions quelqu’un à côté de nous pour nous défendre. Alors nous allons dans cette homélie nous attarder sur ce mot qui est extrêmement riche de signification pour notre vie spirituelle, ce mot avec lequel Jésus qualifie l’Esprit-Saint qu’il nous promet. La première chose c’est que Jésus nous parle d’un autre défenseur.

C’est donc que l’Esprit-Saint n’est pas le premier avocat, n’est pas le premier paraclet. Le premier c’est tout simplement Jésus lui-même et ce qui est beau c’est que Jésus dit de l’Esprit-Saint la même chose qu’il avait dit de lui-même. Il dit que l’Esprit-Saint sera dans les disciples de la même manière qu’il avait dit moi je demeure en vous.

Il dit que l’Esprit-Saint sera avec eux de la même manière que Jésus a promis d’être avec ses disciples et puis il dit que l’Esprit-Saint le paraclet sera avec eux à jamais de la même manière qu’il avait promis qu’il serait avec eux tous les jours jusqu’à la fin du monde. Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas que Jésus se répète, c’est que l’Esprit-Saint vient accomplir la même mission que Jésus. Les deux partagent la même mission et on peut dire que si l’Esprit-Saint est un autre défenseur c’est parce que c’est Jésus notre premier défenseur et c’est parce que l’Esprit-Saint vient mener à sa perfection la présence de Jésus en nous.

Il est bon de se le rappeler parce que parfois on pourrait être un peu jaloux des apôtres qui ont vécu avec Jésus en se disant mais ce serait tellement plus simple ma vie spirituelle si j’avais Jésus en chair et en os à mes côtés, à côté de moi. Mais pourtant Jésus l’a dit à ses apôtres il vaut mieux pour vous que je m’en aille dit-il à ses apôtres dans Saint-Jean, un autre endroit de l’évangile. Pourquoi ? Et bien parce que la présence de l’Esprit-Saint n’est pas un lot de consolation.

La présence de l’Esprit-Saint va mener la présence de Jésus à un niveau inégalé. La présence de l’Esprit-Saint va permettre que la présence de Jésus dans le coeur des croyants soit parfaite et donc le fait que l’Esprit-Saint soit un autre défenseur et bien se comprend en référence au premier défenseur qui était Jésus mais se comprend aussi comme un progrès, comme une progression, comme un accomplissement du dessein d’amour de Dieu pour nous. Alors c’est donc le premier point c’est que l’Esprit-Saint est un défenseur, notre avocat, pas le premier, il est un autre défenseur.

Le deuxième point que je vous propose d’explorer c’est de se poser la question mais il est un défenseur contre qui ? Et bien en face d’un défenseur, en face d’un avocat, il faut un accusateur et l’accusateur nous dit l’Apocalypse, c’est le démon, c’est l’ennemi des origines, c’est Satan. C’est lui qui est, nous dit l’Apocalypse, l’accusateur de nos frères, c’est lui qui est celui qui veut nous réduire à notre péché, qui veut nous enfermer dans la culpabilité, qui veut nous faire douter de la possibilité de la miséricorde. Dans un très beau livre sur le mariage, John et Stacy Eldredge utilisent cette image en parlant de leur propre expérience de couple.

Ils disent que parfois dans leur couple, ils se sont fourvoyés en s’imaginant que l’un comme l’autre pouvait être leur ennemi. Oui, l’autre parfois me semble être un ennemi, mais pourtant, John et Stacy Eldredge poursuivent dans leur livre en disant, pourtant nous avons compris en progressant dans la foi que oui, notre couple avait bien un ennemi, mais que ça n’était pas notre conjoint, que c’était Satan. C’est lui notre accusateur, il vient à la fois accuser nos frères dans notre coeur, nous pousser à les juger, il vient aussi nous accuser nous-mêmes en nous poussant à nous rabaisser, en nous poussant à nous enfermer dans la culpabilité et en nous poussant à douter de la possibilité de la miséricorde.

Alors en face de cet accusateur, nous avons un défenseur, l’Esprit-Saint. Là où l’ennemi nous accuse, l’Esprit-Saint, lui, nous relève. Là où l’ennemi veut nous accabler d’un fardeau de culpabilité, l’Esprit-Saint, lui, vient nous assurer du pardon.

Là où l’accusateur nous inquiète, nous trouble, l’Esprit-Saint, lui, nous donne son fruit de paix et de joie intérieure. Alors, chers frères et sœurs, quand nous avons l’impression que l’accusateur parle dans notre cœur, lorsque nous avons le sentiment qu’il vient accuser en nous nos frères ou qu’il vient même nous accuser nous-mêmes, comme le dit Saint Jean, si votre cœur vous accuse, Dieu est plus grand que votre cœur. Il nous envoie un défenseur.

Alors quand nous avons l’impression que cet accusateur se déploie dans notre vie, dans notre cœur, appelons le défenseur, appelons notre avocat auprès de nous, appelons l’Esprit-Paraclet. Et puis enfin, eh bien, avec quelle arme ce défenseur nous défend-il? Nous l’avons compris, ce défenseur c’est un autre défenseur, le premier c’est Jésus, et comme c’est un autre défenseur, il vient mener à sa perfection la présence du premier défenseur en nous qui est Jésus. Défenseur contre qui? Contre l’accusateur, c’était notre deuxième point.

Et maintenant défenseur avec quelle arme? Eh bien Jésus nous le dit, avec l’arme de la vérité. Cet esprit est un esprit de vérité, nous dit Jésus. L’Esprit-Saint est un avocat, oui, un avocat qui dit la vérité, un avocat qui n’a pas besoin de mentir, bien plus un avocat qui s’oppose au père du mensonge qui est Satan.

L’Écriture qualifie Satan de père du mensonge, c’est lui qui a inventé ce mensonge. La tentation des origines était un mensonge. Satan a voulu mentir à Adam et Ève en leur faisant croire qu’ils ne pouvaient pas faire confiance à Dieu.

Eh bien dans le procès que le monde fait à Jésus en permanence, que ce soit à l’extérieur de nous ou même dans notre cœur, l’Esprit-Saint est cet avocat, ce défenseur qui dit la vérité, qui vient défendre Jésus en témoignant de la vérité sur lui. Et de cette manière, chacun d’entre nous, grâce au paraclet que Jésus envoie, une conviction peut habiter notre cœur. Ce n’est pas le monde, c’est Jésus qui a raison.

Et donc oui, moi qui suis croyant, j’ai raison aussi de croire et de souffrir pour la cause de Jésus, parce que l’Esprit-Saint qui est un esprit de vérité, un défenseur qui a pour arme la vérité, me l’assure. Non ce n’est pas le monde qui a raison, non ce n’est pas le père du mensonge qui a raison et qui veut me faire croire qu’il est vain de mettre ma confiance en Dieu, qui veut me faire croire que le mal aura le dernier mot, que ce soit dans le monde ou dans mon cœur. Non, avec Jésus, l’Esprit-Saint m’assure que je suis déjà vainqueur du monde et du démon.

Voilà cet avocat qui dit la vérité, voilà cette arme, cette arme qui est une arme puissante contre le père du mensonge. Satan n’a de pouvoir sur nous que dans la mesure où nous croyons à ces mensonges. Alors lorsque ces mensonges semblent près de nous faire tomber, invoquons le défenseur qui est l’esprit de vérité.

Chers frères et sœurs de Cathoglad, Jésus dans notre évangile d’aujourd’hui nous le promet, moi je prierai le père et il vous donnera un autre défenseur qui sera pour toujours avec vous l’esprit de vérité. Chers frères et sœurs, à l’approche de la Pentecôte, approfondissons notre méditation sur l’Esprit-Saint, approfondissons notre désir de recevoir cet Esprit-Saint, cet autre défenseur qui vient perfectionner la présence de Jésus en nous, ce défenseur contre l’accusateur de nos frères et ce défenseur qui nous défend avec l’arme de la vérité contre le mensonge.

Chers frères et sœurs de Cathoglad, que le Seigneur Jésus, depuis la gloire du ciel, répande sur nous son esprit de vérité qui est notre défenseur.

Amen.

I

Samedi 8 mai

ITrès souvent, Jésus, surtout lors de son congé des apôtres, parle du monde. Et là, il dit « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous.»

Il parle clairement de la haine que le monde a eu envers Jésus et aura envers ceux qui le suivent envers nous. Et dans la prière qu’il fait à table avec les disciples lors de la scène, il demande au Père de ne pas les retirer du monde, mais de les défendre de l’esprit du monde. Nous pouvons nous demander quel est l’esprit du monde ? Quelle est cette mondanité capable de haïr, de détruire Jésus et ses disciples et même de les corrompre et de corrompre l’Église ? Comment est l’esprit du monde ? Cela nous fera du bien de réfléchir à cela.

La mondanité est une proposition de vie. Mais certains pensent que la mondanité, c’est faire la fête, vivre dans les fêtes. Non, la mondanité peut aussi être cela, mais fondamentalement ce n’est pas cela.

La mondanité est une culture. C’est une culture de l’éphémère, une culture de l’apparence, du maquillage, une culture de l’aujourd’hui, oui, demain, non, demain, oui et aujourd’hui, non. Elle a des valeurs superficielles, une culture qui ne connaît pas la fidélité parce qu’elle change selon les circonstances, elle négocie tout, elle est d’apparence, d’artifice.

Voilà ce qu’est la culture mondaine. Et Jésus insiste pour nous défendre de cela. Il prie pour que le Père nous défende de cette culture de la mondanité.

Vendredi 7 mai

Il faut s’arrêter sur la précision du commandement dans cet évangile, le commandement de l’amour. Jésus ne dit pas aimez-vous les uns les autres comme vous aimeriez être aimés. Cette formulation là, on la trouve dans presque toutes les traditions humaines. Non, il dit comme je vous ai aimé.Aimez-vous comme moi je vous ai aimé.

Alors, il ne s’agit pas là de notre désir, ni de notre sensibilité. Ni de notre capacité naturelle à aimer. Jésus, c’est lui. A son image, à son exemple. Un Dieu qui s’est dépouillé de sa gloire, qui a lavé les pieds des disciples, qui a tendu l’autre joue, qui a pardonné depuis la croix. Il a souffert sa passion. Voilà l’exigence. Mais Jésus ne nous demande pas de produire cet amour par nos seules forces. Il nous demande de le laisser passer à travers nous, comme la sève passe par le sarment que l’on a vu cette semaine. Ce commandement est le plus grand parce qu’il nous dispose à demeurer dans l’amour de Dieu. Et cela nous branche à la source même de l’amour.

Et puis, il y a cette phrase qui devrait tout réordonner dans notre rapport à la foi. Plus tard dans l’évangile, il dit ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisi. Voilà quelque chose d’absolument unique dans l’histoire de l’humanité. Dans toutes les religions construites par l’homme, c’est l’homme qui s’élève vers le divin, qui cherche par la pratique, par la purification, par la connaissance ésotérique, par la discipline, etc. Il cherche Dieu, qui est le Dieu là-haut, puissant, lointain, exigeant, parfois même terrible.

Alors l’homme grimpe, il tente de grimper, mais ici le mouvement est inversé. Ce n’est pas nous qui avons conçu un idéal spirituel et lui avons donné un nom et une matière, un visage. C’est lui qui est descendu, le verbe s’est fait chair. C’est une entrée dans l’histoire, dans un corps, dans une famille, dans une culture précise, à un moment précis. Isaac de l’Etoile, qui est un moine cistercien du XIIe siècle, dit que par cette descente de Dieu, nous ne sommes plus seulement des créatures qui cherchent Dieu, nous sommes devenus des membres de son corps, son corps divin. Donc nous sommes devenus des fils adoptifs, capables de dire Abba, c’est-à-dire père avec la même voix que le fils.

Ce greffon d’amour divin dont parle l’évangile, c’est une réalité ontologique, quelque chose de la nature divine a été introduit en nous.

Mais alors, pourquoi ce commandement si beau, ce commandement de l’amour, cette initiative si extraordinaire, trouve-t-elle si souvent une porte fermée ? La question est honnête et mérite qu’on la regarde en face. Il y a des barrières qui ne sont pas des mauvaises volontés, mais qui sont des blessures, des héritages, des confusions.

Certains portent encore, sans s’en rendre compte, une vision de Dieu empruntée à une autre tradition. Le Dieu juge, le Dieu karma, la force impersonnelle du cosmos, les énergies spirituelles qu’on canalise, la réincarnation, etc. Ces représentations ne disparaissent pas d’un coup au moment du baptême ou de la conversion, elles coexistent, elles brouillent, elles empêchent de recevoir un amour personnel parce qu’on n’a pas encore vraiment rencontré une personne.

On est attiré par son message, mais on n’a pas encore rencontré.La foi en Jésus, c’est une rencontre à un moment donné. Et puis d’autres portent une blessure qu’ils ont sans le formuler clairement attribuée à Dieu, ou même peut-être parfois en le formulant clairement.

Un deuil, venu trop vite, trop soudain, injuste, une trahison, une maladie, un abandon. Et puisqu’il est maître de toutes choses, ce Dieu, c’est donc lui le responsable. Ce raisonnement est humain et compréhensible, on peut même être en colère contre Dieu. Mais il confond la toute puissance de ce Dieu avec l’arbitraire. Dieu ne cause pas le mal. Lui, tout ce qu’il fait, c’est qu’il entre dans le mal pour le traverser avec nous, comme il est entré dans la mort de sa passion pour en sortir vivant. D’autres encore sont blessés non par Dieu mais par l’Église. Et la blessure est réelle, parfois infligée par des hommes qui auraient dû être des témoins et qui ont été des scandales. Cela, dit l’Évangile, mieux aurait valu pour eux qu’on leur attache au cou une meule de moulin et qu’on les jette au fond de la mer.

Mais confondre l’Église pécheresse avec le Christ qui l’habite malgré ses membres défaillants, c’est refuser l’eau parce que la fontaine est abîmée. Or quand on a soif, on ne refuse pas l’eau. Alors que faire si l’on se reconnaît dans cette situation bloquée, empêchée d’accéder à ce commandement de l’amour divin ?

Eh bien chers amis, la réponse est très simple. Puisque ce n’est pas un effort moral qu’il faut fournir, c’est premièrement de nommer ce qui bloque, de le dire à voix haute. Seul ou avec quelqu’un de confiance ou dans la prière, même une prière maladroite, une prière en colère, Dieu reçoit tout. Il faut chercher un accompagnement parce qu’on ne peut pas vivre cela seul. Mais la guérison du cœur prend du temps, elle n’est pas forcément instantanée. Et Jésus nous a appelés dans ses derniers évangiles à vraiment se concentrer sur notre demeure avec lui, comme le Sarment.

Si nous vivons avec ce cœur en volonté, ce cœur que nous voulons en proximité avec Jésus, si nous voulons respirer avec lui, si nous voulons être connectés à lui, en utilisant un mot moderne, eh bien il faut aller au Sacrement. C’est là le lien.

L’Eucharistie est ce lien filial, ce greffon d’amour que Dieu réintroduit en nous chaque semaine ou chaque jour si vous le pouvez. Cette communion avec nos frères et sœurs, la charité qui est la joie parfaite, qui rend la joie parfaite, puisqu’elle applique en réalité le commandement de l’amour. Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé.

Si nous restons, si nous demeurons avec Jésus, si nous suivons ses enseignements, même avec un cœur en colère, à l’instar de Job dans la Bible, eh bien malgré les épreuves, nous pourrons traverser, et être sauvés, et être renouvelés, et être des lumières pour ceux qui nous entourent, pour qu’ils puissent aussi voir cette lumière est entrée par la porte étroite.

Jeudi 6 mai

IEst-ce que Jésus dit « Observez mes commandements pour ne pas être puni » ? Non, il dit « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour et votre joie sera parfaite. » La structure de la phrase change beaucoup de choses, ce n’est pas une loi avec une sanction au bout, c’est une promesse avec une condition, comme on dirait à quelqu’un qu’on aime « Si tu restes près de moi, tu seras heureux ». Le commandement n’est pas la cage, il est le chemin qui mène à la source.

Parce que oui, ces commandements ne sont pas des lois que le Seigneur a imaginées pour que l’on puisse remplir des conditions pour aller là-haut, ces commandements sont en réalité des lois de vie, des lois d’amour.

Puisqu’il a créé le ciel et la terre, puisqu’il a fait tout ce qui nous entoure, il sait comment le mal entre en nous et pour ne pas que le mal entre en nous, il nous promulgue ces commandements qui, si nous ne les suivons pas, produisent une absence de bien et cette absence de bien produit le péché et c’est une contamination qui s’ouvre en chaîne infectée et qui, partant de rien, d’un petit mensonge, va jusqu’au meurtre, jusqu’à l’oubli total de Dieu.

Alors, posons-nous la question franchement, peut-on être flexible sur ces commandements parce qu’on se connaît tous et on se dit qu’on peut faire quelques entorses qui ne nous fermeront pas la porte du paradis.

Notre voix intérieure est experte dans cet art, elle négocie, elle aménage, elle trouve des circonstances atténuantes et nous promet une joie rapide, accessible, immédiate, tout en se disant que plus tard elle aura aussi la joie parfaite.

Mais cette joie-là, un à un nom précis, c’est une contrefaçon. La joie du monde est une contrefaçon. Elle a l’apparence du fruit sans avoir la saveur, elle rassasit l’instant et elle laisse une fin plus creuse qu’avant.

Le péché ne blesse pas d’abord parce qu’il transgresse une règle écrite, il blesse parce qu’il nous coupe de ce pourquoi nous sommes faits. Comme le sarment d’hier, la séparation ne tue pas instantanément mais elle dessèche. Et ce qui se dessèche en nous laisse des traces, une insensibilité qui grandit, une capacité d’amour qui rétrécit, une habitude du moindre qui s’installe, etc.La fleur du mal ne pousse pas d’un coup, bien sûr, elle colonise lentement le terrain qu’on lui abandonne.

Et saint Anselme, au XIe siècle, avait compris que la joie parfaite n’est pas la récompense de la vertu, elle est la communion avec Dieu. « Avec Dieu, fais que je te connaisse, fais que je t’aime pour que ma joie soit en toi », écrit-il dans le Prozologion.

Il ne demande pas à être épargné des épreuves, encore une fois, les épreuves font partie de la vie. Il demande à progresser chaque jour vers cette plénitude qui ne peut être que de Dieu, en Dieu. Et c’est là que la question se retourne.

Les tribulations de ce monde, la lutte contre nos penchants, les résistances à la voix qui nous dit « ce n’est pas si grave », valent-elles cette joie, cette joie parfaite qui nous est promis ? Si la joie parfaite, c’est d’être complètement en communion avec celui qui est la joie elle-même, mais pourquoi on se pose encore des questions ?

Bien sûr que oui, ces tribulations envahissent la chandelle, non pas parce que souffrir est bon, mais parce que ce à quoi on renonce est infiniment moins que ce à quoi on accède. Et Pierre le dit autrement ce matin dans les Actes, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, non pas par nos performances, c’est par la grâce, la grâce. Mais la grâce demande qu’on lui ouvre la porte, et chaque commandement observé est précisément ce geste-là, la porte qu’on entr’ouvre un peu plus.

Alors, soyons obéissants, écoutons la parole qui nous forge dans la vérité, et restons attachés à cette vérité, parce que tout choix hors de cette vérité ne nous satisfera pas plus longtemps et creusera en nous un abîme que l’on voudra combler de plus en plus.

Mercredi 5 mai

Il y a une question que cet évangile pose sans la poser clairement, et qui brûle si on s’y arrête honnêtement. Vous allez voir, cette question c’est est-ce que je porte du fruit ? Non au sens d’une performance spirituelle à évaluer. Nous parlons là du sens propre, presque biologique de la vigne dans l’évangile.

Le sarment ne se demande pas s’il mérite de porter du fruit. Non, il ne se demande pas parce qu’il est greffé et c’est conditionné ainsi, il demeure. Et parce qu’il demeure, la sève monte et le fruit vient, presque malgré lui. La fécondité chrétienne n’est pas le résultat d’un effort. Elle est le résultat d’une demeure. Mais Jésus dit aussi autre chose, il ne faut pas l’esquiver.

Le sarment qui ne porte pas de fruit, le Père l’enlève. Et attention, cette menace n’est pas lancée en l’air, c’est la loi du vivant. Un sarment coupé de la vigne ne meurt pas instantanément, il garde une apparence de vie. Les feuilles restent vertes quelques jours puis se dessèchent. Il y a des vies chrétiennes qui ressemblent à ça. Encore une forme, encore le vocabulaire, encore les gestes, mais la sève vitale n’est plus là.

Alors, le drame, ici, ce n’est pas l’épreuve. On n’est balloté par des épreuves, ni le péché, ni même le doute. Le drame, c’est le sarment qui ne s’aperçoit plus qu’il s’est desséché. Alors, comment savoir si je suis fécond ? Eh bien, la lettre à Doniette, ce texte du deuxième siècle d’une beauté magnifique, donne une réponse que personne n’aurait inventée. Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme n’est pas visible, elle ne fait pas de bruit, elle n’occupe pas de territoire.

On ne peut même pas la voir, et pourtant, c’est elle qui maintient le corps vivant, qui l’unifie. La fécondité chrétienne ressemble à ça, invisible, intérieure, vitale. Elle ne se mesure pas au nombre de conversions, ni au projet accompli, ni aux plus belles églises et la plus haute que l’on construira, mais à cette présence discrète qui maintient quelque chose de vivant autour d’elle.

Là où tu es, est-ce que quelque chose de plus vivant existe parce que tu y es ? Et si oui, la réponse est « oui, je porte du fruit ». Padré Pio, à qui une âme se plaignait de ne pas progresser, de subir toujours les mêmes épreuves, répondait ceci. « Voudriez-vous sortir des mains d’un si magnifique artisan à l’état de pure esquisse ? La taille de la vigne, cette purification dont parle Jésus, ce n’est pas un châtiment, c’est le vigneron qui travaille précisément là où le fruit peut encore venir. Et l’épreuve, et l’épreuve dans nos vies, ça n’est pas le signe que Dieu est absent, qu’il ne répond pas à nos prières, mais c’est parfois le signe qu’il est au travail.

Alors soyons des sarments toujours, demeurant sur la vigne. L’Esprit-Saint vient, vient, vient L’Esprit-Saint, oh, l’Esprit-Saint revient, vient

Mardi 5 mai

Dans la première lecture, Paul vient d’être lapidé, on l’a traîné hors de la ville pour mort. Il se relève, rentre dans la cité et repart le lendemain annoncer l’Évangile. Sans amertume, sans discours sur l’injustice subie, etc. Et c’est lui qui dira aux communautés qu’il visite, « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Pas comme une résignation fataliste. Comme une cartographie honnête du chemin. La paix chrétienne, ce n’est pas l’absence d’épreuve. La paix chrétienne, c’est tenir debout et tenir bon.

Et bien, pendant qu’elles arrivent. Jésus est très précis ce soir quand il leur dit « Je vous donne ma paix. » Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Le monde cherche la paix par la force, par l’équilibre des puissances, par les traités. On le voit aujourd’hui. Cette paix-là n’est jamais qu’un intervalle entre deux guerres. Elle dure le temps que les rapports de force maintiennent. La paix du Christ suit une autre logique. La croix, le don de soi.

Se charger de l’autre plutôt que de l’écraser. Ce n’est pas une paix molle. Au contraire. C’est la paix la plus exigeante qui soit. Parce qu’elle demande de renoncer à la domination comme réponse à la peur. Jean Toller, ce dominicain du XIVe siècle, qui prêchait à Strasbourg pendant la peste noire, connaissait les épreuves de près.

Et il a écrit quelque chose de décapant. Dans la tribulation, plonge-toi dans le Christ. Dans sa pauvreté, son obéissance, sa patience. Tout ce que Dieu permet, la prospérité ou l’adversité, doit concourir au bien de l’homme. Ce n’est pas du stoïcisme. C’est une conviction ancrée dans la résurrection.

La résurrection de Jésus. Rien de ce que Dieu laisse arriver n’est hors de sa vue. Rien n’échappe à son amour. Alors la vie chrétienne, ce n’est pas ne pas avoir des preuves, demander de ne pas avoir des preuves que tout aille bien tout le temps. Ça n’existe pas, ce monde-là.

La vraie paix chrétienne, c’est de ne pas être défait par elle. Et cette force-là, on ne la fabrique pas, on la reçoit. En demeurant greffé sur le Christ comme le Sarment de la vigne, en allant à la communion le plus possible, et en se servant des sacrements que l’Église met à notre disposition pour toutes les situations de notre vie.

Lundi 4 mai

Jésus dit dans l’Évangile d’aujourd’hui, «Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime. Or, celui qui m’aime sera aimé de mon Père et je l’aimerai, et je me manifesterai à lui.» C’est l’amour qui nous introduit dans la connaissance de Jésus. Grâce à l’action de cet avocat, que Jésus a envoyé, c’est-à-dire l’Esprit Saint, l’amour envers Dieu et envers le prochain est le plus grand commandement de l’Évangile. Le Seigneur nous appelle aujourd’hui à répondre généreusement à l’appel évangélique, à l’amour.

En plaçant Dieu au centre de nos vies et en nous consacrant au service de nos frères, spécialement ceux qui ont le plus besoin de soutien et de consolation. S’il y a une attitude qui n’est jamais facile, qui n’est jamais évidente, même pour une communauté chrétienne, c’est celle de savoir s’aimer, de s’aimer à l’exemple du Seigneur et avec sa grâce.

Chaque jour, il nous faut apprendre l’art d’aimer. Chaque jour, il faut suivre avec patience l’exemple de Christ. Chaque jour, il faut pardonner et regarder Jésus. Et cela avec l’aide de cet avocat, de ce consolateur que Jésus nous a envoyé qui est l’Esprit Saint.

Chaque jour, chers amis, chaque jour, quelque chose à renouveler dans nos cœurs. Si nous ne pouvons pas le faire avec notre cœur, notre humanité, si nous en sommes incapables, alors il faut demander, à l’Esprit Saint, pour le mettre au centre, parce que lui, il peut. Il vient suppler nos faiblesses. Il vient nous soutenir là où nous sommes faibles.

Dimanche 3 mai

Voilà le bain culturel dans lequel baigne le prêtre juif, voilà la façon dont il rencontre Dieu, voilà le plus beau moment de sa vie liturgique. Alors s’il se convertit en voyant les disciples, c’est qu’il a vu quelque chose, quelque chose qui dépasse tout ce qu’il cherchait dans le temple de pierre. Il a réalisé que ce qu’il cherchait de tout son cœur dans cette figure du temple et du sacrifice s’est accompli dans la vie de Jésus et dans la prédication de ses disciples.

Jésus qui avait annoncé qu’il pourrait reconstruire le sanctuaire en trois jours et ces trois jours sont décisifs et c’est de ces trois jours que parlent sans arrêt les apôtres en ces premiers temps de la prédication évangélique. Ce sont les trois jours du mystère pascal dans lequel il s’est donné tout entier afin de nous donner ce qui est vraiment l’élément de la construction du véritable temple. C’est ce dont parle saint Pierre dans la deuxième lecture, vous aussi comme pierre vivante entrez dans la construction de la demeure spirituelle.

Ce temple de Dieu n’est plus fait de pierres que Dieu viendrait habiter, ce sont les pierres que Dieu habite déjà qui viennent s’assembler pour former un temple spirituel. Par le baptême, chaque membre de l’église est vivifié et rempli de l’Esprit Saint. Cet Esprit Saint est comme l’élément des cohésions de chaque pierre de ce temple qui peut se joindre aux autres et former ainsi le peuple saint qui reçoit en plénitude la Shekinah, la présence du Seigneur.

Non seulement dans chacun des membres, mais dans la réunion des membres entre eux, la Sainte Église. Voilà ce qu’ont vu les prêtres juifs en voyant les apôtres réunis, ils ont vu le véritable temple, ils ont vu le chemin qu’ils avaient cherché toute leur vie dans l’observance régulière des commandements, des sacrifices et de la loi. Ce chemin qu’ils ont vu, c’est le Christ.

Je suis le chemin, la vérité et la vie. Les grands prêtres ont vu la manifestation du Christ dans son corps mystique, dans sa Sainte Église. Ils ont vu le chemin de la véritable présence de Dieu qui réalise véritablement à la fois le pardon des péchés et la communion qccu’ils cherchaient tout le long de leurs sacrifices dans le temple.

Il y a donc, frères et sœurs, comme trois niveaux. Le temple de pierre, celui de Jérusalem, celui que les prêtres juifs connaissent. Le temple de pierre vivante, l’église qu’ils voient grandir devant eux, les baptisés, rassemblés par l’Esprit Saint. Et enfin, le temple de Dieu qui est la Sainte Trinité, le vrai temple dans lequel Jésus nous propose d’entrer après sa résurrection et après son ascension dans le ciel. Et l’élément qui fait l’union des différentes pierres vivantes est le même qui est l’union entre le Père et le Fils dans la Sainte Trinité, c’est-à-dire l’Esprit Saint. Et les pierres rassemblées entre elles par cet Esprit Saint préfigurent la communion encore plus parfaite qui nous unira au ciel lorsque Dieu lui-même sera notre temple.

Thomas demande à Jésus « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas et comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Le chemin, ce n’est pas une route, ce n’est pas une méthode, mais c’est une personne et c’est le Christ. Et c’est ce chemin qui conduit au temple authentique, non pas un temple fait de pierres, mais l’intime même de la Trinité. « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. Je pars vous préparer une place, nous dit Jésus. Et voilà où nous allons. Voilà le temple vers lequel nous marchons. Voilà ce que les prêtres juifs ont entrevu en voyant les apôtres réunis. Voilà ce que nous sommes appelés à devenir, des pierres vivantes, habitées par l’Esprit, assemblées en un temple spirituel, en marche vers le temple éternel qu’est la Trinité. »

Samedi 2 mai

Mais avec une nouvelle nuance. Pour nous exprimer selon le paradoxe de l’incarnation, nous pouvons bien dire que Dieu s’est donné un visage humain, celui de Jésus. Et en conséquence, à partir de maintenant, si nous voulons vraiment connaître le visage de Dieu, nous n’avons qu’à contempler le visage de Jésus.

Vendredi 1er mai