Commentaire du Dimanche 30 Novembre
•Le temps de l’ Avent
En ce début d’avant, permettez-vous de vous parler de mon amour pour les messes roratées. Elles se popularisent de plus en plus en France, ces messes de l’Avent célébrées à l’aube dans la pénombre, à la seule lumière des bougies. La chaleur des flammes vacillante, le calme, la sérénité, le froid du matin, tout cela évoque Noël qui approche doucement.
Alors vous me direz, cela n’a aucun rapport avec les lectures de ce jour qui nous parlent de déluge, de jugement, de vigilance. Et pourtant. La bougie n’a de sens que dans l’obscurité.
Aucun intérêt de faire une messe à la lumière des bougies un 15 juillet à midi. La flamme de la bougie ne dit rien quand le soleil inonde les vitraux. Mais dans la nuit, elle dit tout. Cette petite flamme de rien du tout guide, réchauffe. Elle dit l’espérance. Elle donne l’espérance. Il fait noir. Je marche dans la rue, je rentre dans l’église. Et cette bougie m’accueille. Elle m’attendait. Et elle me parle. Les messes roratées, vous le savez sans doute, nous viennent des pays germaniques.
Il faut s’imaginer, bien avant l’électricité, un village d’Allemagne où une vieille dame marche dans la neige. Elle a sa lanterne à la main qui tremble dans sa main glacée. Elle avance péniblement dans le froid et la nuit.
Et lorsqu’elle pénètre dans l’église, elle voit une église illuminée. Le noir a disparu. Le froid a disparu. La nuit a comme disparu. Et elle comprend en un instant ce que c’est que l’espérance chrétienne. Une lumière qui danse, qui menace de s’éteindre, mais qui est là. Et qui nous dit quelque chose sur la fin des temps et sur la résurrection. Nous rejoignons alors les lectures de ce jour.
La nuit est bientôt finie, dit saint Paul. Le jour est proche. Rejetons les œuvres des ténèbres. Revêtons-nous des armes de la lumière. Saint Paul ne nie pas la nuit. Il ne fait pas comme si tout allait bien. Il reconnaît au contraire les ténèbres. Et c’est précisément parce qu’il fait nuit qu’il faut veiller, qu’il faut tenir sa lampe allumée. Jésus nous parle de ces gens qui mangeaient, qui buvaient, qui se mariaient, alors que le déluge était proche. Ils ne voyaient pas qu’ils vivaient dans la nuit. Ils se croyaient en plein jour. Ils avaient des yeux, mais ils ne veillaient pas.
Et l’évangile est plus sombre encore. Deux hommes seront au champ. L’un sera pris, l’autre laissé. C’est le jugement dernier, c’est l’apocalypse qui nous dit aussi que le soleil s’obscurcira, que les étoiles tomberont du ciel, que toute lumière s’arrêtera. Ce sera le noir, la nuit absolue. « Veillez donc, nous dit le Seigneur, veillez, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. » Veiller dans l’évangile, c’est garder sa lampe allumée dans la nuit. C’est reconnaître qu’il fait noir, qu’il fait froid.
Et c’est tenir quand même cette petite flamme de l’espérance. Et c’est pour cela que nous avons besoin de ce petit choc aujourd’hui pour vivre un bon avant. Ce choc, c’est de reconnaître qu’il fait nuit, que l’avant, ce n’est pas le soleil radieux d’un 15 juillet. Le début de l’avant, c’est la nuit de l’obscurité. C’est le froid de celui qui a besoin de l’amour de Dieu. Et c’est malgré tout cette flamme de l’espérance, cette petite bougie qui va se multiplier. Une bougie aujourd’hui sur la couronne de l’avant, puis deux, puis trois, puis quatre. Alors comme cette vieille dame dans le village enneigée, avec notre petite lanterne dans la main, nous savons où nous allons. Nous marchons vers la lumière. Venez, maison de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur.
Cette espérance, ce n’est pas simplement l’optimisme. Tiens, il fait nuit, mais j’ai une petite bougie. Cette espérance, c’est le fait que cette bougie me conduit. Elle me tire vers un lieu qui n’est pas simplement illuminé par des chandelles, mais qui est le lieu de la vraie lumière. Le Christ, soleil levant, qui vient nous visiter.
Commentaire du Samedi 29 Novembre
• Restez éveillés
Commentaire de saint Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars.
Pourquoi prier sans cesse ? Quels sont donc les avantages que nous recevons par la prière ? Eh bien les voici.
La prière fait que nos croix sont moins pesantes. Elle adoucit nos peines et nous sommes moins attachés à la vie. Elle attire sur nous le regard de la miséricorde de Dieu. Elle fortifie notre âme contre le péché. Elle nous fait désirer la pénitence et nous la fait pratiquer avec plaisir. Elle nous fait sentir et comprendre combien le péché outrage le bon Dieu. Disons mieux, par la prière nous plaisons à Dieu.
Nous enrichissons nos âmes et nous nous assurons la vie éternelle. Alors dites-moi, mes frères, en faut-il davantage pour nous porter à faire que notre vie ne soit qu’une prière continuelle par notre union avec Dieu ? Quand on aime quelqu’un, a-t-on besoin de le voir pour penser à lui ? Non, sans doute. De même, mes frères, si nous aimons le bon Dieu, la prière nous sera aussi familière que la respiration.
Cependant, je vous dirais que pour prier de manière qu’elle puisse nous attirer tous ses biens, il ne suffit pas d’y employer un instant à la hâte, c’est-à-dire avec précipitation. Le bon Dieu veut que nous y passions un temps convenable, que nous ayons au moins le temps de lui demander les grâces qui nous sont nécessaires, de le remercier de ses bienfaits et de gémir sur nos fautes passées en lui demandant pardon. Mais me direz-vous, comment pouvons-nous donc prier sans cesse ? Eh bien, mes frères, rien de plus facile, c’est de nous occuper du bon Dieu.
De temps en temps, pendant notre travail, tantôt faisant un acte d’amour pour lui témoigner que nous l’aimons parce qu’il est bon et digne d’être aimé, tantôt un acte d’humilité, nous reconnaissant indignes des grâces dont il ne cesse de nous combler, tantôt un acte de confiance de ce que, quoique bien misérable, nous savons qu’il nous aime et qu’il veut nous rendre heureux. Voyez, mes frères, combien il est facile de prier sans cesse en faisant cela.
Commentaire du Vendredi 28 Novembre
• Votre rédemption approche
En cette fin d’année liturgique, l’évangile nous parle de la fin du monde et ce n’est pas un hasard L’église nous invite à contempler la consommation du temps juste avant de recommencer un nouveau cycle avec l’avant Après avoir célébré le Christ Roi, Seigneur de toute l’histoire, le Roi de l’univers nous nous tenons devant le seuil.
Tout ce qui est ancien doit disparaître pour que vienne le royaume Mais Jésus cherche par là, avec ses lectures, à purifier notre regard et à nous avertir Le ciel et la terre passeront.
Mais mes paroles ne passeront pas Il nous rappelle que rien de ce que nous possédons n’est durable sauf la parole de Dieu, celle que vous écoutez tous les jours sur cette chaîne YouTube Dans ce monde saturé d’urgence, cette parole est une boussole La fin du monde, c’est la fin de nos illusions, le commencement de l’éternité.
Alors nous recommençons ce cycle, tous les ans il y a les mêmes fêtes et il y a les mêmes temps liturgiques mais les textes changent et ils sont renouvelés tous les trois ans Ce n’est pas juste un choix basique et sans sens Ensuite, venons à la première lecture Le livre de Daniel poursuit la pédagogie que nous avons commencé cette semaine Son langage apocalyptique ne veut pas décrire un film de catastrophe mais révéler, et c’est le sens d’ailleurs du mot apocalypse c’est révéler la souveraineté de Dieu dans l’histoire Les empires se succèdent, les royaumes s’effondrent mais la sagesse divine triomphe toujours, on l’a vu Les justes ne sont pas épargnés des épreuves mais ils reçoivent la lumière intérieure qui traverse les ténèbres Nous l’avons aussi vu Dans les bouleversements du monde, Dieu façonne des âmes fortes.
Nous l’avons vu aussi Et aujourd’hui nous fêtons Sainte Catherine Labouré Elle est un signe lumineux C’est une jeune sœur visitant digne du XIXe siècle qui reçut de la Vierge Marie la mission du faire frapper la médaille miraculeuse promesse de protection et de conversion et vous avez certainement d’ailleurs cette médaille autour du cou En un temps de crise politique et spirituelle elle rappela que Marie veille sur l’église même quand tout semble vacillé Alors, que faire avec tous ces textes ?
Eh bien, entrer dans l’Avent qui commence ce dimanche avec ce même esprit debout, vigilant, le cœur purifié car si le monde passe, le Christ vient toujours !
Commentaire du Jeudi 27 Novembre
• Relevez la tête
L’évangile du jour fait frémir. Jérusalem encerclée, les nations affolées, la mer grondant, les puissances des cieux ébranlées.
Ces paroles semblent tout droit sorties d’un journal contemporain, alors faut-il y voir une annonce des guerres d’aujourd’hui ?
Oui et non, oui parce que l’histoire humaine reproduit sans cesse les mêmes drames, violences, idolâtries, oublis de Dieu, Jérusalem, ville de la promesse devient aussi le symbole du monde qui se déchire loin de sa source.
Mais non, on ne peut pas y voir l’annonce des guerres d’aujourd’hui, parce que Jésus ne parle pas seulement d’un événement historique, il évoque le combat spirituel qui traverse les siècles.
Ce n’est pas la guerre qui annonce la fin du monde, c’est la guerre sans Dieu qui en est le signe. Chaque fois que l’homme ferme son cœur, Jérusalem chancelle, mais quand les fidèles persévèrent, une autre Jérusalem, celle du ciel, approche, et c’est celle-là dont Jésus parle.
Autour de cette approche, il y a des batailles, sanglantes, et oui la bataille fait partie du chemin du chrétien, le Christ n’invite pas à scruter le calendrier des catastrophes, mais à demeurer debout dans la foi. « Redressez-vous et relevez la tête, nous dit-il, car votre rédemption approche. C’est dans l’épreuve que nous nous sanctifions. »
Ces mots sont révolutionnaires. Dans le chaos, Jésus ne veut pas des têtes courbées, mais des visages tournés vers le ciel. Le chrétien n’attend pas la fin du monde, il attend le visage du Sauveur.
Saint Grégoire le Grand le dit magnifiquement, « Ceux qui aiment Dieu se réjouissent qu’en passe le monde ancien, car ils savent qu’un autre monde s’ouvre. Daniel, lui, en est la figure. Jeté au lion pour avoir prié, il ne se débat pas, il garde la paix. Dieu ferme la gueule des bêtes, il ferme celle du désespoir. Voilà le secret, celui qui prie trois fois par jour au milieu du tumulte.
Celui-là prépare la Jérusalem nouvelle. La question est est-ce que nous faisons partie ? De celui qui prie trois fois par jour, 15% des chrétiens estiment prier au moins une fois par semaine. Cela est très peu.
Commentaire du Mercredi 26 Novembre
• Vous serez livrés même par vos parents
Dans la première lecture, le festin du roi Balthazar est une scène glaçante. Tandis qu’il se grise de vin et de pouvoir, il ose profaner les vases sacrés du temple, transformant ce qui appartenait à Dieu en objet de plaisir.
C’est alors qu’une main mystérieuse trace sur le mur cette phrase terrible « Menez, menez, t’es qu’elle ou Farzine ? Tes jours sont comptés, tu as été pesé et tu es trouvé trop léger ».
Quelle image pour notre temps ! Nous aussi, nous buvons à la coupe de la démesure, de la gloire et de la distraction. Dieu ne condamne pas la joie, mais l’oubli de la sainteté. Le festin devient blasphème quand on s’enivre d’un monde sans Dieu.
Daniel, seul, garde le regard pur et l’esprit clair. Il n’a pas besoin d’or ni de pourpre pour dire la vérité, car celui qui est habité par Dieu n’a plus peur des rois. Tout ce récit nous avertit, un jour, nos actes seront pesés. Non pas pour nous écraser, mais pour nous rappeler que la vraie gloire, c’est d’avoir du poids d’amour dans la balance du ciel et aucune autre chose n’est importante.
Nous serons nous aussi pesés. Alors ouvrons nos yeux et agissons.
Dans l’évangile, Jésus annonce les persécutions à venir. Ce n’est pas un discours d’effroi comme d’habitude avec Jésus, mais c’est un discours qui invite à la foi. Il ne promet pas une vie facile d’ailleurs, il promet une fidélité indestructible.
Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Voilà un détail bien intrigant. Ce n’est pas la garantie de l’absence de douleur, mais celle de la présence de Dieu dans la douleur.
Saint Augustin nous aide à comprendre en disant que même au cœur de l’épreuve, le chrétien chante l’alléluia. L’épreuve, dit-il, nous façonne comme l’argile sous la main du potier.
Elle ne détruit pas, elle purifie, elle façonne. C’est pourquoi Jésus ne nous demande pas d’éviter la souffrance. On oscille toujours, on est constamment dans cette espèce de pente glissante dont Saint Augustin a aussi parlé. On est incliné au péché, mais c’est un défi chaque jour. On ne peut pas être stable, ça n’existe pas. Mais la persévérance dans l’espérance, dans le Christ, tout ça nous permet d’avoir une visée et de marcher vers quelque chose de vrai, de pur.
Ce monde écrit ses sentences sur des murs de pierre, Dieu lui écrit sa promesse sur les cœurs des fidèles. Alors, soyons fidèles, nous aurons le cœur en feu et nous aurons la joie et la force de traverser toutes ces épreuves qui nous sont balancées sur notre chemin pour avancer vers le repos et la joie éternelle. N’est-ce pas magnifique ?
Commentaire du Mardi 25 Novembre
•Sois fidèle jusqu’à la mort, dit le Seigneur
Alors Jésus ajouta Jésus annonce des guerres, des tremblements de terre, des famines, des signes dans le ciel et pourtant il dit aussitôt « ne soyez pas térrifiés ». Cela est un paradoxe, pour nous. Le Christ ne nie pas les secousses du monde, mais il interdit à ses disciples de s’y perdre. Ce qu’il décrit n’est pas une suite d’oracles apocalyptiques, mais une pédagogie.
Il nous apprend à discerner sans paniquer. Oui, il y aura des secousses, matérielles, politiques, spirituelles, mais ces signes ne désignent pas la fin du monde, plutôt la fin de nos illusions. Il ne dit pas quand viendra le dernier jour, mais comment y être prêt, en restant debout dans la foi, sans s’installer dans le confort religieux.
Le chrétien n’attend pas la fin en spectateur, il traverse l’Église avec espérance, en marche, parce qu’il sait que tout s’écroule, sauf Dieu. La vision de Daniel vient compléter ce message. Le prophète voit une statue immense, splendide, mais fragile, dont les pieds sont d’argile. C’est l’image parfaite de nos civilisations, puissante en apparence, mais bâtie sur du sable. Toutes les formes d’empires passent, Babylone, Rome, l’Europe, nos idéologies modernes, Mais la pierre détachée de la montagne, c’est-à-dire le Christ, demeure. Elle frappe les idoles humaines, puis devient un rocher qui remplit la terre.
L’histoire n’est pas une tragédie, elle est une gestation. Dieu ne nous demande pas de prédire des dates, mais de bâtir sur ce rocher dès maintenant, dans la fidélité, la vérité, la prière et la charité.
Aujourd’hui, nous célébrons Sainte Catherine d’Alexandrie, jeune philosophe martyrisé pour avoir confondu les sages païens et refusé d’adorer les idoles.
Belle, cultivée, éloquente, elle préféra mourir plutôt que de renier la vérité. Son intelligence s’agenouilla devant le Christ. Voilà la vraie sagesse, une foi lucide, courageuse, enracinée dans l’espérance du royaume.
Sainte Catherine d’Alexandrie, priez pour nous.
Commentaire du Lundi 24 Novembre
•Donne sans compter, et Dieu fera le reste
L’évangile de ce jour nous secoue comme un miroir Jésus ne regarde pas la quantité, il regarde le don total Ce qu’il admire chez la veuve, ce n’est pas son geste minuscule C’est qu’elle a tout mis, deux pièces, c’est-à-dire toute sa vie.
Nous, nous donnons souvent sans que cela nous coûte. Un peu de temps, un peu d’argent, un peu de prière. Mais sans nous désinstaller Jésus veut une offrande qui brûle Une foi qui dérange notre confort.
Le vrai amour n’est pas comptable, il se livre Mère Thérésa l’a dit avec une force rare. Si ça ne te coûte rien, ce n’est pas de l’amour. La foi sans sacrifice devient un concept. Seule la générosité qui fait mal ouvre le ciel .
Et par là, on ne vous demande pas de donner toute votre fortune, tout votre argent Il n’est pas question d’argent ici. C’est un don, dans la charité, c’est un don qui coûte Une offrande qui n’attend pas un retour Quelque chose de pur .
Et la lecture du livre de Daniel ajoute une lumière saisissante.
Quatre jeunes exilés à Babylone refusent l’aimer du roi. Et en apparence, ce n’est rien, juste un choix alimentaire Mais en réalité, c’est un acte de résistance spirituelle Ils disent non à l’assimilation, non à la compromission. Non à une culture qui veut dissoudre leur foi .
Pendant que Jérusalem est détruite, eux reconstruisent intérieurement le sanctuaire du cœur Et Dieu les rend dix fois plus sages que tous les autres Voilà la clé, la sainteté commence par de petites fidélités quotidiennes.
Là où le monde ne regarde pas. C’est la question que nous nous posons aujourd’hui dans notre vie. Est-ce que nous renonçons sur des petits aspects de notre vie.
Ou alors est-ce que nous avons une fidélité entière envers Dieu. Et nous refusons la compromission. Et donc nous résistons spirituellement à tout ce qui nous est proposé Passant dans le filtre, le filtre de notre foi.
C’est un peu le thème de notre conférence qui a eu lieu sur le Christ Roi. Mais c’est ça, le renoncement de plein de petites choses. Qui fait qu’une société se perd et qu’elle entre dans une structure de péché.
Et aujourd’hui nous honorons Saint André Dunglak et les martyrs du Vietnam Prêtres laïcs, catéchistes, hommes et femmes morts pour avoir refusé de renier le Christ. Il nous rappelle que la foi ne se prouve pas dans des discours Mais parfois dans le sang, dans le don et dans la fidélité jusqu’au bout.
Saint André Dunglak et les martyrs, compagnons, priez pour nous.
Commentaire du Dimanche 23 Novembre
•CHRIST ROI de L’UNIVERS
Que le Christ soit prêtre et prophète, on le comprend aisément. Mais qu’il soit roi, voilà un titre qui sonne un peu faux. Nous fait-on aujourd’hui le Christ roi de l’univers ? Roi de quoi déjà ? Roi de l’univers.
Ben voyons, lui qui fuit la foule parce qu’elle veut le faire roi, lui qui dira explicitement que son royaume n’est pas de ce monde, lui dont la pseudo royauté s’épuise et meurt en haut d’une croix, lui dont la royauté est celle de la souffrance et de l’amour, en forme de couronne d’épines, on a choisi du reste l’évangile de la passion pour illustrer cette fête ? Quelle ironie ! De qui se moque-t-on, aimerais-je dire ?
Et pourtant, si l’église nous ménage dans son calendrier liturgique la sonalité du Christ roi, c’est bien que Jésus est roi en un sens. Le tout est de savoir en quel sens.
Le catéchisme nous apprend que Jésus est roi, roi d’amour en qui nous mettons toute notre vie et toute notre confiance.
Il est roi en ce monde et de tout l’univers, mais en ce sens théologique. C’est dire que Jésus est roi, cosmique et spirituel, et non d’abord un roi politique. Roi spirituel parce qu’il est Dieu, créateur de ce monde, plus encore parce qu’il en est le recréateur.
A Noël et à Pâques, que fait-on nous ? Nous fait-on le mystère de Dieu qui vient en ce monde, dans notre chair, pour tout recréer, pour tout reprendre dans son propre mystère. Le Christ naît, il meurt, il ressuscite pour instaurer un ordre nouveau, celui justement de l’amour. C’est le mystère de l’église, cet univers spirituel qui illumine tout l’ordre temporel.
Car l’église, certes, n’est pas de ce monde, mais elle est néanmoins en ce monde, mais comme une lumière dans la nuit. Et ce royaume a cette particularité d’être intérieur. Il commence en nos cœurs par la charité, qui en est le secret et la loi la plus profonde.
Fêter le Christ roi, c’est donc, mes amis, vouloir hâter en nos âmes et dans le monde, par l’intermédiaire de l’église, une royauté spirituelle, mais qui rayonne dans la société humaine. Un peu, je vais oser une comparaison, un peu comme dans le slogan du bifidus actif, vous savez, le yaourt activia. Et le slogan publicitaire est le suivant, ce qui se fait à l’intérieur se voit à l’extérieur.
Eh bien, il en va de même pour le royaume de Dieu. Le Christ est le roi de vérité, d’amour, dans nos vies et dans nos sociétés, à condition que chacun lui ouvre son cœur. Tout commence à l’intérieur.
Et le Christ ainsi règne dans ce monde, à cette condition, quand la grâce intérieure triomphe à l’extérieur, quand la lumière de la vérité sur Dieu et sur l’homme est enfin reconnue, quand les mentalités et les structures de péché, écrit le père Marjolidon, changent et quand la culture de mort laisse place à la culture de l’évangile et de la vie. Comprenons bien, le royaume du Christ ne prend pas la place des royaumes de la terre. Jésus ne vient pas détrôner Trump, Macron ou Poutine.
Il garde leur rôle propre, nécessaire, humain, mais qui devrait être ouvert à la civilisation de l’amour. Eh bien, il nous revient à nous, chrétiens, dans la cité des hommes, d’humaniser les royaumes de la terre par le témoignage de la foi, de la charité, y compris dans un engagement politique. Eh bien, que le règne de Dieu advienne ici-bas.
Souhaitons le et travaillons à ce que le christianisme imprègne, non seulement nos âmes, nos vies personnelles, mais nos familles, nos sociétés et nos cultures.
Bonne fête à tous. Vive le Christ roi dans nos cœurs et dans nos sociétés.
Commentaire du Samedi 22 Novembre
•Au ciel, on ne se marie plus ? Jésus explique
Les Sadducéens viennent piéger Jésus avec une question absurde. Une femme qui a eu sept maris, à qui appartiendra-t-elle au ciel ?
Derrière cette provocation, il y a leur refus de croire à la résurrection. Jésus ne tombe pas dans le piège, il révèle une vérité beaucoup plus profonde. Dans le royaume de Dieu, il n’y a plus de possession, ni de lien d’exclusivité.
Non parce que l’amour disparaît, mais parce qu’il s’accomplit. L’amour humain trouve là sa plénitude. Il n’est plus replié sur deux personnes, mais ouvert sur tous en Dieu.
Le mariage terrestre, signe d’union et de fécondité, prépare à cet amour céleste qui ne connaît plus la mort. Jésus ne méprise pas le mariage, il le dépasse. Il en montre le but ultime, qui est la communion parfaite avec Dieu, source de tout amour.
Jésus dit, Si on ne me préfère pas à sa femme, ses parents, ses enfants, on n’est pas digne de moi. Ce n’est pas de l’orgueil, c’est de la pureté. Il faut préférer Jésus, et le mettre au centre. C’est comme ça que l’on peut aimer au mieux les êtres qui nous sont chers autour de nous.
Les Sadducéens ne croyaient pas en la résurrection, pour eux seule la loi de Moïse comptait. Mais Jésus affirme que Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
Croire en la résurrection, c’est croire que rien de ce qui est vrai et bon ne se perd. Dans l’histoire de l’église, le mariage n’a pas toujours été reconnu comme un sacrement. Au début, il était vu comme une réalité naturelle, noble et béni, mais non encore sanctifié.
Mais peu à peu, l’église a compris qu’à travers l’union d’un homme et d’une femme, Dieu lui-même agit. Le lien conjugal devient signe visible de l’amour du Christ pour son église. Ce n’est pas un simple contrat, mais une vocation à aimer jusqu’à la croix, à travers les limites, les pardons, les renaissances.
Et si au ciel on ne se marie plus, c’est parce que l’amour y est pleinement accompli, transfiguré, sans jalousie, sans peur, sans perte. Mais il ne faut pas trop y penser, puisque nous n’avons pas encore, peut-être, la capacité de comprendre cela. Il y a plein de mystères dans l’église où nous ne sommes pas en capacité de saisir pleinement, et c’est bien normal.
Revenons maintenant à la lecture du premier livre des Macchabées, ou livre des martyrs d’Israël, cette lecture qui montre, quant à elle, un roi brisé par ses fautes. Antiochos, qui est mourant, reconnaît qu’il a profané le Temple et massacré les innocents. Sa fin est une parabole sur la vanité du pouvoir et de la victoire de la foi.
Lui qui avait voulu tout posséder, finit seul et désespéré. Les Macchabées, eux, ont tout perdu, mais ont gardé la vie éternelle. C’est la logique du royaume
Ceux qui donnent leur vie la trouvent. Alors peut-être qu’aujourd’hui on peut se positionner. Est-ce que Dieu est au centre de nos vies, ou est-ce que c’est une personne ? Il y a une phrase dans la Bible qui dit « Malheur à ceux qui mettent leur foi dans un homme ». Et donc, Dieu doit avoir la première place.
C’est comme ça que l’on peut dignement aimer ceux qui nous entourent. Et de la même manière que le roi Antiochos a voulu tout posséder, la possession, la volonté de cette possession, c’est la convoitise. Et la convoitise est une porte qui entraîne tous les autres péchés en chaîne, qui se justifie les uns les autres comme une chaîne infectée.
Dieu au centre, qui règne en nous, c’est le signe du Christ, roi de l’univers, que nous fêterons demain. Et enfin, en ce jour, l’église célèbre Sainte Cécile. C’est une vierge et martyr de Rome, patronne des musiciens, mariée contre son gré.
Elle fit de son mariage un acte de foi. Dans le silence de son cœur, elle offrit sa virginité au Christ et convertit son époux Valérien. Elle fut mise à mort pour avoir refusé de renier sa foi, mais elle mourut en chantant Dieu.
C’est pourquoi on la présente avec un orgue ou un instrument. Sa vie rappelle que la vraie musique est celle d’une âme accordée à la volonté de Dieu. Nous sommes tentés parfois de faire du boudin avec Dieu, avec Jésus.
Donc de ne plus aller à la messe, ou de ne plus prendre l’eucharistie, ou de ne plus louer le Seigneur, ou de le bouder vraiment comme un enfant. Eh bien, là, Sainte Cécile nous apprend que même lors des épreuves, il faut louer le Seigneur, le mettre au centre.
Alors demandons-lui de l’aide, en ce sens, Sainte Cécile, priez pour nous.
Commentaire du Vendredi 21 Novembre
•Ton âme est un temple : fais place à Dieu
Quand Jésus entre dans le temple, il ne fait pas un coup d’éclat. Il fait un geste prophétique. Il restaure la maison de son père. Ce lieu sacré, dédié à la rencontre avec Dieu, était devenu un marché. Jésus y voit un signe d’un cœur humain envahi par le bruit, le commerce intérieur, la recherche d’intérêts. Et parfois, nous faisons des marchés avec nous-mêmes.
Nous avons plein le cœur d’autre chose, mais pas de lui. Le Christ veut que l’on se concentre sur lui. Imaginez plonger vos yeux dans son regard.
Imaginez-le habiter en vous, dans votre temple intérieur. Il veut que notre âme redevienne un lieu de silence et de prière. Un espace purifié où Dieu peut demeurer.
Saint Tolère disait, « Quand tu auras chassé les marchands de ton temple intérieur, tu auras la paix et la joie du cœur. » Voilà la vraie pureté. Voilà aussi la vraie pauvreté de l’Église, c’est non pas manquer de moyens, mais se vider de tout ce qui n’est pas de Dieu.
Attention à ne pas confondre. Les pauvres de cœur et les pauvres dont parle Jésus ne sont pas seulement les pauvres qui n’ont pas d’argent. La première lecture raconte comment Judas Maccabée et ses frères ont purifié le temple souillé par les païens.
Leur combat n’était pas seulement militaire, il était spirituel, rendre à Dieu ce qui lui appartient. Le mot Maccabée vient d’un surnom signifiant le marteau, image de leur force face à la profanation. On l’appelle aussi le livre des martyrs d’Israël.
Huit jours durant, donc, ils ont célébré la dédicace du temple, faite encore connue aujourd’hui sous le nom de Hanoukka pour les Juifs. Ces sacrifices anciens pouvaient sembler étranges. Aujourd’hui on compare ça avec notre vie aujourd’hui et on se dit mais c’est pas possible.
Comment ont-ils pu faire ça ? C’est bizarre. Mais ils exprimaient déjà ces sacrifices, un désir universel, offrir à Dieu le meilleur. Depuis la croix, ce désir s’accomplit pleinement.
La croix est le nouveau sacrifice, il a été fait une fois pour toutes que l’on célèbre, aussi à la messe d’ailleurs, ce sacrifice en mémoire. C’est Jésus lui-même, l’unique sacrifice vivant que nous recevons à chaque messe. Alors, fort de ces lectures du jour, nous pouvons premièrement se poser la question si nous ne faisons pas du marché à l’intérieur de notre cœur, est-ce qu’on laisse la place à Dieu ?
Et puis aussi, quel est notre regard sur notre passé, notre histoire ?
Est-ce qu’il est un regard d’incompréhension ou un regard plein de bienveillance puisque la pédagogie divine fait que nous avons aujourd’hui un autre regard sur les choses mais c’est pas grâce à nous, ça nous vient d’en haut.
Commentaire du Jeudi 20 Novembre
•Ne fermez pas votre cœur
Jésus pleure sur Jérusalem.
Ses larmes sont celles d’un Dieu blessé, non par la haine de ses ennemis, mais par l’indifférence des siens. Oui, nous. Il voit la ville, symbole du cœur humain, passer à côté de la paix véritable, celle qui vient de la rencontre avec Dieu.
Ce n’est pas la paix du confort ou de la tranquillité, mais celle qui naît de la vérité. Et saint Augustin le dit magnifiquement. Il dit « Que la paix soit dans ta force, Jérusalem, que la paix soit dans ton amour.»
La paix chrétienne ne vient pas de l’absence de conflits, mais d’un amour si fort qu’il triomphe de la mort. Quand le Christ pleure, il ne condamne pas. Il révèle.
La vraie paix ne se négocie pas. Elle s’accueille, et elle ne peut résider dans un cœur divisé. Tant que nous cherchons la paix dans les apparences, dans les possessions, dans la reconnaissance humaine, elle nous échappe.
Mais lorsque nous choisissons la fidélité, moins coûteuse, la paix descend et demeure. Alors positionnons-nous dans cette fidélité aujourd’hui. C’est exactement ce que vit Matathias dans la première lecture.
On lui propose la richesse, les honneurs, la sécurité, à condition de renier la loi. Il refuse. Il n’est pas entêté, mais il sait que la paix ne se gagne jamais au prix de la conscience.
Sa colère n’est pas celle d’un fanatique, c’est celle d’un cœur juste qui ne supporte pas le mensonge. C’est une sainte colère. Il choisit la paix de la fidélité, et pas celle de la soumission.
Et dans son cri, il dit, « Ceux qui sont enflammés pour la loi qu’ils me suivent. » Est-ce que cela vous rappelle l’appel du Christ ? « Ceux qui veulent la vie, qu’ils prennent leur croix et qu’ils me suivent. » La paix de Dieu n’est pas une fuite du monde, mais une résistance intérieure.
Celle d’un amour plus fort que la peur. Par sa grâce, il nous donne la possibilité d’avoir un cœur connecté au sien. Le Sacré-Cœur, c’est pour ça que le Sacré-Cœur de Jésus, cette statue est dans toutes les églises, pratiquement.
Parce que c’est le message le plus important, le plus fondamental, qu’il nous faut comprendre. Et pour cela, on a besoin de représentation, on a besoin qu’on nous rappelle tous les jours que c’est l’amour qui change le monde.
L’amour.
Le règne du Christ qui va venir ce dimanche, c’est le règne de l’amour. Alors, aujourd’hui, si tu veux la paix, commence par aimer jusqu’à ce que ton amour devienne obéissance, jusqu’à ce que ta foi devienne paix.
Commentaire du Mercredi 19 Novembre
•Ce que tu caches, tu le perdras
Jésus parle aujourd’hui d’un roi qui confie ses biens à ses serviteurs avant de partir en voyage. Chacun reçoit une somme, une mine, et doit la faire fructifier. C’est une parabole plutôt exigeante.
Elle nous rappelle que le royaume ne s’attend pas, il se construit. Dieu ne demande pas d’être spectateur, mais partenaire. Et le serviteur paresseux, celui qui cache son bien dans un linge, n’est pas puni parce qu’il a mal agi, mais parce qu’il n’a rien fait.
Sa peur l’a paralysé, sa méfiance a tué la confiance. Et pourtant, c’est cela qui caractérise notre foi. Dieu nous confie ses dons, non pour les protéger et les garder pour nous, mais pour les risquer.
Celui qui a recevra davantage. Non pas celui qui possède, mais celui qui ose. La foi n’est pas une économie de précaution, mais une économie de confiance.
Ce que Dieu veut, c’est que nous soyons féconds, que notre travail, nos talents, notre intelligence soient mis au service du bien, du royaume. Comme le disait saint Jean-Paul II, par son travail, l’homme obéit à Dieu et répond à sa confiance. Travailler, bâtir, servir, c’est faire advenir le règne de Dieu dans le concret du monde.
La première lecture, elle, nous montre une fécondité d’un autre ordre, celle de la foi qui ne recule pas. Une mère voit mourir ses sept fils sous les yeux du tyran. Et pourtant, elle garde sa paix.
Pourquoi ? Parce qu’elle croit que le Créateur leur rendra l’esprit et la vie. Elle sait que ce que Dieu donne, la mort ne peut pas le reprendre. Cette femme n’a pas peur pour ses enfants, elle est confiée à Dieu, sûre que la vie ne se perd pas quand elle est donnée pour la vérité.
Et c’est là que le lien se fait avec la parabole. Cette mère, elle aussi, fait fructifier la mine reçue, non par la richesse ou la réussite, mais par le courage de la fidélité. Là où le roi de l’évangile attend des comptes, le Créateur de la vie attend des témoins.
Ceux qui résistent, qui refusent la compromission, multiplient la grâce dans le monde. Leur foi devient féconde, éternelle. Alors aujourd’hui, la parole nous place devant une question, que faisons-nous du don reçu ? On doit se poser la question.
Chacun de nous a une mission, une responsabilité, un espace où Dieu veut agir. Et parfois, ce n’est pas par le succès, par les grandes choses, mais par le courage que nous portons du fruit. La mère des sept fils, comme les martyrs, nous apprend que la fécondité du royaume passe par la fidélité dans l’épreuve.
Et le Christ, dans la parabole, nous rappelle que le royaume n’est pas un idéal lointain, il se bâtit dans nos mains, dans nos choix, dans notre confiance. Le royaume est déjà parmi nous.
Alors que le Seigneur nous aide à faire fructifier ce qu’il a semé en nous, jusqu’à son retour.
Commentaire du Mardi 18 Novembre
•Quand résister devient un acte d’amour
Il y a des moments dans l’histoire où la fidélité devient résistance. Et les hasards, vieillards respectés, auraient pu sauver sa vie par un mensonge inoffensif. Faire semblant de manger ce que la loi lui interdisait.
Mais il refuse, non par orgueil, mais par amour. Car la foi ne se simule pas, elle engage le corps autant que l’âme. Il comprend que s’il cède, même pour le symbole, il trahisse ceux qui le regardent.
Alors il choisit de mourir pour demeurer vrai. Et c’est là que son geste devient prophétique. Il ne défend pas une habitude culturelle, il protège une alliance.
Ce récit n’appartient pas qu’à l’Antiquité. Aujourd’hui encore, combien cherchent à effacer leur identité spirituelle pour adopter les coutumes du monde, pour plaire, pour ne pas déranger. On voudrait tout uniformiser, tout mélanger, comme si l’unité passait par l’effacement.
Mais Dieu n’a jamais appelé son peuple à se fondre, il l’a appelé à rayonner. L’universalité chrétienne ne n’est pas d’un effacement des différences, mais d’un enracinement profond qui devient ouverture. Il faut des éléhasards dans notre monde aujourd’hui, des hommes et des femmes qui tiennent debout, non contre les autres mais pour la vérité, afin que la lumière ne s’éteigne pas.
Et dans l’évangile, c’est une autre fidélité qui s’exprime, celle d’un cœur qui change. Zachée, chef des collecteurs d’impôts était petit et méprisé, mais il voulait voir Jésus. Il grimpe dans un arbre et le Christ levant les yeux l’appelle par son nom.
Ce détail dit tout, Dieu ne s’adresse qu’à ceux qui, malgré leur petitesse, osent sortir de leur confort. Zachée ne cherche pas à se refaire une image, il veut voir la vérité. Et quand la vérité entre dans sa maison, sa vie entière se retourne.
Il rend, il partage, il répare. Le salut arrive là où l’homme reconnaît sa faute et laisse Dieu régner. C’est ce retournement que décrit saint Grégoire dans son homélie.
Quand la grâce entre dans une âme, la terre est retournée, aérée, l’orgueil devient humilité, la possession devient offrande et la peur devient joie.
Aujourd’hui, nous célébrons la dédicace des basiliques de saint Pierre et saint Paul, les deux colonnes de l’église, l’un, Pierre, a renié et pleuré, l’autre, Paul, a persécuté avant d’aimer jusqu’au sang avec une ferveur et un zèle particulièrement intenses. Tous deux ont été retournés par la grâce, tous deux ont bâti l’église, non par leur force, mais par leur fidélité à la lumière reçue.
Comme Eléazar, ils ont refusé le compromis, comme Zachée, ils ont laissé le Christ entrer dans leur maison. Que ces deux grands apôtres, unis désormais dans la gloire, nous rappellent que le vrai temple de Dieu n’est pas de pierre, c’est le cœur de l’homme qui reste fidèle coûte que coûte à la vérité.
Commentaire du Lundi 17 Novembre
• La foi des résistants sauvera le monde
Cette page du premier livre des martyrs d’Israël, de la première lecture de ce jour, a des allures de miroir pour notre temps. Elle raconte l’histoire d’un peuple qui, pour vivre comme les autres nations, a effacé ce qui le distinguait, ce qui faisait de lui le peuple de Dieu. On détruit les livres saints, on renie l’alliance, on bâtit des gymnases à la grecque, on adopte des coutumes étrangères, et tout cela paraît raisonnable, moderne même.
Mais la parole de Dieu met ici le doigt sur une logique redoutable. Quand un peuple renonce à ce qu’il est, à ce qui fonde sa relation à Dieu, il cesse peu à peu d’exister comme peuple. Et la grande colère s’abat non comme un châtiment arbitraire, mais comme une conséquence naturelle du renoncement.
Or, certains résistent. Quelques-uns refusent les viandes impures, acceptent la mort plutôt que la trahison. Eux ne sont pas des fanatiques.
Ils sont les gardiens du fil invisible qui relie le ciel et la terre. C’est grâce à de tels hommes, hier comme aujourd’hui, que la foi ne s’éteint pas. Dieu ne fait rien sans nous, et c’est à travers la fidélité des résistants qu’il prépare les générations à venir.
Il ne s’agit pas de nationalisme, ni de rejet de l’autre, il s’agit de fidélité à une alliance. La culture biblique n’est pas un folklore, c’est la manière dont Dieu habite un peuple. Et celui qui efface cela pour se fondre dans l’indifférence générale perd bien plus qu’un héritage, il perd la capacité d’entendre Dieu.
L’évangile met en scène un autre résistant, un aveugle qui refuse de se taire. Tout le monde veut le faire taire, tais-toi, ne dérange pas le rabbi, mais lui, il crie plus fort. Jésus, fils de David, prends pitié de moi ! Ce cri, c’est la prière du croyant dans un monde qui a perdu la vue.
Il est l’image de ceux qui, dans la nuit, gardent le désir de voir. La foi, dit Siméon, le nouveau théologien, est cette lumière qui vient et s’enfuit, qui ne s’impose pas, mais se laisse chercher dans les larmes et l’humilité. Et c’est au moment où l’homme cesse de compter sur lui-même, où il consent à sa pauvreté, que la lumière revient, douce et inattendue.
Jésus ne guérit pas d’abord les yeux du corps, il ouvre le cœur à la foi, retrouve la vue, ta foi t’a sauvée. Là est le secret, la grâce n’agit pas sans notre cri, et la lumière ne se donne qu’à ceux qui refusent de s’endormir dans l’obscurité.
Et Saint Grégoire, le Thomaturge que nous fêtons aujourd’hui, fut un de ces hommes qui, dans les ténèbres du monde antique, ont gardé la lampe allumée.
Disciple d’origine, évêque de Néo-Césarée, il convertit presque toute sa ville par la douceur de sa foi et la puissance de ses miracles. On l’appelait le faiseur de merveilles, mais sa vraie œuvre fut de rendre visible le Dieu invisible, de manifester dans la faiblesse humaine la force tranquille de l’esprit. Grégoire nous rappelle que la fidélité à Dieu ne passe pas par la force, mais par la lumière qui demeure dans le cœur des croyants.
Saint Grégoire le Thomaturge priait pour nous. !
Amen.
Commentaire du Dimanche 16 Novembre
• Ayez foi en sa providence
Chers lecteurs de Catoglad, dans ce 33e dimanche du temps ordinaire, nous méditons sur la fin des temps, la fin de l’année et la fin des temps dans ce grand discours où le Christ annonce en fait plusieurs choses, à la fois la fin d’un temple, du temple de Pierre. Si on prend tout le chapitre 21, c’est aussi la mort du Christ, c’est aussi ce temps des persécutions et c’est aussi sa venue en gloire. C’est important parce que ces quatre événements, en fait, s’entraînent mutuellement.
La mort du Christ n’est pas sans lien avec la destruction du temple. Il l’annonce lui-même, Jésus. Et puis, la mort du Christ va entraîner les persécutions des disciples qui, comme leur maître, vont vivre l’épreuve.
L’amour n’est pas aimé, l’amour n’est pas accueilli, mais tout cela est aussi synonyme de naissance avec cette venue glorieuse du Fils de l’homme qu’on n’a pas dans le texte, mais qu’on a juste après dans le texte de Luc. Alors, la question pour nous, c’est quand est-ce que vient ce retour en gloire du Christ? Quand est-ce que la fin des temps arrive? Bon, alors, la question des disciples, c’est quand cela arrivera-t-il et quel sera le signe? Donc, il y a deux questions. La question du moment et la question du signe.
Qu’est-ce qu’on va voir? Et ce qui est intéressant, c’est que Jésus, dans le texte, en fait, il ne répond pas. Vous n’avez aucune allusion à un moment précis. Il dit il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin.
Donc, c’est d’abord, mais ce n’est pas aussitôt. Alors, c’est quand? Et puis, quand il parle des signes, il y aura des faux prophètes.
Enfin, ça fait 2000 ans qu’il y a des faux prophètes. Dès le deuxième siècle, il y a un faux prophète qui s’appelle Bar Korba, qui est assez connu, qui se révoltait contre les Juifs. Eh bien, il a emmené avec lui, derrière lui, bon nombre de gens. Vous avez des guerres nation contre nation. C’est tout à fait actuel dans notre monde. Des signes cosmiques, des tremblements de terre. Vous en avez plein aussi.
Aujourd’hui, je pense à l’ouragan Mélissa, qui a quand même fait 96 décès sur la Jamaïque il y a quelques semaines. Vous avez même dans notre pays d’Europe, nos pays d’Europe. Je pense à l’Allemagne, la Belgique.
En 2021, il y a eu des catastrophes énormes. Le Covid et enfin, on portera la main sur vous. Rappelez vous les persécutions.
Nous sommes dans le siècle aujourd’hui où il y a le plus de persécutions. Ce n’est pas simplement au premier temps et que les lions dans l’arène, c’est aujourd’hui. Alors, ce qui veut dire qu’on ne peut pas tellement faire correspondre des événements d’aujourd’hui à la parole de Dieu, mais c’est plutôt la parole de Dieu qui éclaire les événements de chaque jour.
Nous sommes dans cette fin des temps. Cette fin est actuelle et c’est important de le comprendre. Voyez, dans la deuxième lecture, le texte de Paul Paul s’adresse à des gens qui n’ont pas très bien compris que le temps de la fin. Et du coup, il se plaint parce que certains, ils ne veulent plus travailler. Ils veulent et ils ne veulent un peu rien faire. Bon, alors Paul leur dit écoutez, non, non, bosser, bosser.
La fin des temps arrive. Elle est proche. Mais qu’est ce que ça veut dire proche un jour et comme mille ans.
Donc, nous sommes dans cette fin des temps. Elle est proche, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut fermer notre maison et rester en prière. Qu’est ce qu’il faut faire? Quel est le message? Alors, le message, il y a plein de messages, évidemment, dans ce texte, mais j’en retiens deux.
Le premier message, c’est peut être ne pensez pas que ma venue en ce monde, ma victoire sur la croix enlève la violence. Non, elle l’habite. La victoire du Christ ne supprime pas la haine des hommes. La souffrance, l’épreuve, mais elle l’habite. C’est ce que dit Jésus quand il dit c’est moi qui vous donnerai un langage, une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister, ni s’opposer. Donc, dans l’adversité, vous aurez une sagesse et un langage.
Je vais vous donner cela. Un bon gourou, il dit plutôt l’inverse, il dit écoutez, si vous croyez en moi, si vous me suivez, vous n’allez pas souffrir et je vais vous protéger. Jésus ne dit pas du tout ça. Vous n’allez pas être protégé, mais par contre, vous allez traverser les crises en étant porteur d’une espérance. Comme il le dit dans Saint Jean, un autre endroit, Jean 16, 33. Vous aurez à souffrir, mais croyez que j’ai vaincu le monde.
Donc, nous avons tout, nous avons tout en nous. C’est quand même extraordinaire. Nous avons les mêmes souffrances que l’humanité, mais par contre, nous avons l’Esprit Saint en nous et cet Esprit Saint, il nous permet de traverser d’une manière différente nos épreuves.
L’achèvement de la bonne nouvelle, je vous rappelle, c’est pas Pâques, c’est la Pentecôte. On ne peut pas dissocier Pâques et la Pentecôte. Et la Pentecôte, c’est l’Esprit Saint répandu dans nos cœurs. Et cet Esprit Saint, il nous donne un langage, un langage, une sagesse qui est tout à fait différente. On va le voir après, quand on écoutera les actes des apôtres au temps de Pâques, là, eh bien, à propos d’Étienne, on nous dit acte 6, 10. Ils étaient incapables de s’opposer à la sagesse et à l’esprit qui marquait ses paroles.
C’est très beau de lire les actes des apôtres pour voir la persécution et de voir que dans cette persécution, la promesse de Jésus, elle est bien réelle. Étienne a une sagesse que les autres n’ont pas. Donc, ça, c’est le premier message, peut être de bien confronter que, en fait, le Seigneur n’enlève pas l’épreuve, mais l’habite.
Le deuxième message, c’est ne vous découragez pas, ne vous découragez pas. C’est la dernière parole de cet évangile. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie.
En fait, on ne sait ni le moment exact pour les signes. Les signes ne sont absolument pas spécifiques à une période particulière. Donc, en fait, on a peu d’indications.
La seule recommandation, c’est ne vous découragez pas. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. Donc, c’est important dans notre vie spirituelle de bien comprendre que le vrai combat n’est pas tellement contre tel ou tel péché.
Le vrai combat, il est contre le découragement. Nous sommes facilement, facilement enclin à tomber dans l’ascédie, c’est à dire un peu une sorte de tristesse spirituelle. Avoir une petite vie alors que le Seigneur me dit non, t’es appelé à la sainteté, relève toi, relève la tête, sois libre et traverse le monde avec mon esprit saint qui t’habite.
Amen.
Commentaire du Samedi 15 Novembre
• Quand on pense que tout est fini Jésus arrive !
La veuve de l’évangile ne se distingue ni par sa force, ni par sa richesse, mais par sa persévérance. Elle n’a aucun pouvoir, pourtant elle ne lâche rien.
Et c’est là, dit Jésus, le secret de la prière. Ne pas obtenir vite ce que l’on veut, mais rester devant Dieu coûte que coûte. Avec cette foi nue qui croit encore quand tout semble fermé.
La veuve n’a pas un bon dossier à présenter au juge, elle a simplement le courage de revenir chaque jour. Elle se tient dans l’attente. Elle croit que la justice finira par venir.
Et Jésus nous dit, « Si un juge injuste finit par céder à la prière d’une femme sans défense, combien plus votre Père Céleste écoutera-t-il ceux qui crient vers lui jour et nuit ? » Comme cette parole nous réconforte le cœur. Mais la dernière phrase change tout. « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Autrement dit, la foi n’est pas d’abord une idée juste, mais une fidélité dans le temps.
La foi, c’est continuer à prier même quand Dieu se tait. Comme au temps de la Pâque d’Israël, dans la première lecture, un silence paisible enveloppait toute chose. Dieu n’agit pas dans le tumulte, mais dans le silence.
Et sa parole descend irrésistible. Les Hébreux ont traversé la mer Rouge sans comprendre comment. Ils ont seulement marché, confiants.
Leur délivrance est née de leur pas de foi. C’est toujours ainsi que Dieu agit. Au moment où tout semble figé, il ouvre un passage.
Et ceux qui marchent dans la confiance le voient surgir sous leurs pieds. Saint Albert le Grand, que nous fêtons aujourd’hui, a vécu cette tension entre la science et la foi. Grand penseur du XIIIe siècle, maître de saint Thomas d’Aquin, il a montré qu’on pouvait chercher Dieu dans la raison sans jamais se détourner de la prière.
Pour lui, toute connaissance devait se plier à la lumière de la sagesse divine. Comprendre, c’était adorer. Ce savant contemplatif nous apprend que la prière persévérante n’est pas l’apanache des faibles, mais la force des humbles, ceux qui savent qu’ils ne savent pas tout et qui continuent de frapper.
Saint Albert le Grand, priez pour nous.
Commentaire du Vendredi 14 Novembre
• L’un sera pris, l’autre laissé : pourquoi ?
Deux hommes dorment côte à côte, deux femmes travaillent au même moulin. Leurs gestes sont les mêmes, leurs vies se ressemblent. Et pourtant, dit Jésus, l’un sera pris, l’autre laissé. Il ne faut pas y voir ici une injustice, ni un tri arbitraire. C’est une révélation.
Le cœur de l’un s’est laissé atteindre, celui de l’autre est resté fermé. Le royaume ne vient pas frapper à la porte avec du bruit. Il passe, traverse nos vies ordinaires, et ceux qui l’attendent le reconnaissent au vol.
Il n’y a pas de hasard dans cette prise ou cet abandon. Il y a un appel, celui de rester éveillé. Comme Noé qui n’a pas su l’heure du déluge, mais qui vivait déjà tourné vers Dieu.
Quand le jour est venu, il n’a pas eu à fuir, il a simplement marché dans la fidélité qu’il vivait déjà. Et dans le livre de la sagesse, il y a un éclairage sur ce mystère. Certains admirent la beauté du monde, mais s’arrêtent à la surface.
Ils contemplent les étoiles sans y discerner celui qui les a allumées. Ils connaissent la mécanique des choses, mais pas leur origine. Et cette erreur, c’est celle de ceux qui restent.
Ils se perdent dans des reflets au lieu de remonter à la source. Être pris, c’est au contraire vivre le regard levé, non pas arraché au monde, mais relié à Dieu à travers le monde. Les uns voient la création, les autres y reconnaissent un visage.
Le salut ne dépend pas de la place où l’on se trouve, mais de la direction où l’on regarde. Et quand vient la lumière, soudaine comme un éclair, dit Jésus, elle révèle cette orientation du cœur. L’un est déjà tourné vers Dieu, alors la lumière l’emporte.
L’autre, attaché à ses biens, à ses calculs, à ses peurs, comme la femme de l’autre qui se retourne et reste, telle une statue de sel, et bien nous restons cloués à terre. Dieu ne condamne pas, il révèle, il révèle.
La différence entre les deux ne se joue pas à la fin, mais dès maintenant. Dans cette disposition secrète du cœur, celui qui vit chaque jour comme un oui à Dieu, n’aura pas à se préparer dans la panique, car il sera déjà prêt.
La question, chers amis, et elle n’est pas simple, est la suivante, est-ce que vous êtes prêts ?
Commentaire du Jeudi 13 Novembre
• Le Royaume, c’est ton cœur habité
Ce jour, Jésus déplace notre regard. En tout cas, il nous invite à le faire. Les pharisiens veulent savoir quand viendra le règne de Dieu.
Comme s’il s’agissait d’un événement spectaculaire, observable, mesurable dans le temps. Mais Jésus répond « Le règne de Dieu est au milieu de vous ». Autrement dit, il n’est pas à venir, il est déjà là. Il ne se repère pas dans les signes extérieurs, mais dans la présence intérieure.
Le royaume de Dieu n’est pas un territoire, c’est une réalité du cœur. C’est ce que disait Isaac le Syrien. Le pays spirituel de l’homme pur est au-dedans de lui.
Le soleil qui brille en lui est la lumière de la Trinité. Le règne de Dieu n’est pas un régime politique, ni un rêve d’ordre parfait. Il est cette intimité silencieuse entre Dieu et l’âme qui consent à lui.
Et pourtant, ce règne, bien qu’invisible, bouleverse tout. Il commence quand l’homme laisse Dieu gouverner ses pensées, ses désirs, ses peurs. Là où Dieu règne, le chaos intérieur s’apaise, la haine s’éteint, la paix devient tactile.
Ce mystère est éclairé par la première lecture. Ce sublime hymne a la sagesse. Elle n’est pas une simple vertu intellectuelle.
Elle est la respiration de la puissance de Dieu, l’émanation pure de sa gloire. En d’autres termes, la sagesse est la trace vivante de Dieu dans notre monde, une participation de sa lumière éternelle. Elle pénètre tout, gouverne tout, renouvelle tout.
Elle est décrite ici comme unique et multiple, subtile et rapide, amie du bien, amie des hommes. Elle est le souffle divin qui rend l’univers habitable et le cœur humain lumineux. Elle traverse les âges pour habiter les âmes saintes, celles qui, loin de s’agiter pour voir ce royaume, laissent Dieu régner dans leur intériorité.
Le lien entre les deux lectures est profond. Le royaume de Dieu est là où réside la sagesse, et la sagesse est en ce dont le cœur est pur. Ce que Jésus révèle aux pharisiens, c’est donc un renversement spirituel.
Le royaume n’est pas attendu. On n’attend pas le royaume. Il est déjà accueilli.
Il n’est pas visible là-bas, quelque part. Il se manifeste ici et maintenant, dans l’âme qui respire, avec Dieu. Le croyant qui laisse la sagesse le guider devient lui-même une demeure du royaume, un espace où le Christ règne.
Le règne de Dieu est au milieu de nous. C’est le Christ présent dans les âmes, comme un feu discret qui éclaire sans consumer. Isaac le Syrien l’appelle la Jérusalem intérieure.
Ce lieu où l’âme devient transparente à la lumière divine, parce qu’elle est purifiée. Le jour viendra où cette lumière jaillira comme l’éclair, dit Jésus. Mais déjà, elle brille en ceux qui s’ouvrent à la sagesse.
La sainteté, ce n’est pas attendre le royaume. C’est le laisser advenir en soi.
Commentaire du Mercredi 12 Novembre
• La gratitude envers DIEU : l’oublies-tu ?
Ce passage d’évangile est d’une simplicité désarmante. Et pourtant, il révèle tout le cœur du christianisme. Dix lépreux crient vers Jésus. Tous ont la foi du besoin.
Ils veulent être guéris. Jésus ne les guérit pas immédiatement et c’est important de le notifier. Il leur dit « Allez-vous montrer aux prêtres ». C’est étrange, pourquoi les envoyer vers les prêtres avant même qu’ils soient guéris ? Dans la tradition juive, les prêtres étaient ceux qui déclaraient officiellement la pureté d’un homme après une guérison.
Jésus ne nie donc pas la loi, il l’accomplit. Mais ce qui est bouleversant c’est que la guérison se produit en chemin. Ils sont purifiés en cours de route, avant même d’arriver au but.
Comme si le Seigneur voulait leur faire comprendre que la foi n’est pas une récompense à la fin du voyage, mais la puissance qui agit pendant le chemin. La foi vivante, c’est celle qui marche avant de voir. Et pourtant, un seul revient.
Il ne revient pas pour obtenir autre chose, mais pour remercier. Jésus ne dit pas qu’il est plus pur, mais qu’il est sauvé. Il le dit à la fin « Va, ta foi t’a sauvé ». Les neuf autres ont reçu un bienfait, mais sans rencontrer le bienfaiteur.
Leur peau a été purifiée, pas leur cœur. Celui qui revient, lui, reconnaît la source du don. Il comprend que la gratitude n’est pas un supplément de politesse, mais un acte de foi.
La gratitude est ce qui garde le lien vivant entre l’homme et Dieu. L’ingratitude, au contraire, le rompt. Être ingrat, c’est fermer la porte à celui qui veut demeurer en nous.
Sainte Thérèse d’Avila disait « L’âme ingratte se dessèche ». Et c’est vrai, l’ingratitude rend le cœur opaque à la grâce. On peut être béni extérieurement, et pourtant s’éloigner intérieurement. Voilà pourquoi la gratitude est la porte de la miséricorde.
C’est elle qui nous garde humbles, conscients que tout vient de Dieu et retourne à lui.
La première lecture du Livre de la Sagesse s’adresse à ceux qui ont du pouvoir, mais aussi à chacun de nous, car tout homme exerce quelques autorités, ne serait-ce que sur sa propre vie. « Vous êtes les ministres de sa royauté » dit le texte.
Être ministre, c’est servir, et non se servir. Or la gratitude nous place justement dans cette attitude, elle nous rend conscients que nous sommes dépositaires, pas propriétaires. Celui qui rend grâce reconnaît que sa vie n’est pas à lui seul, et que tout ce qu’il possède est reçu.
Ce cœur, reconnaissant, devient un canal de sagesse divine. Il gouverne avec droiture, car il se sait tenu par l’amour. Et enfin, chers amis, en ce jour, l’Église fête Saint Josaphat, évêque et martyr.
C’est un apôtre de l’unité entre les chrétiens d’Orient et d’Occident. Il a donné sa vie pour la communion, dans un temps où la division régnait. Comme le Samaritain, revenu vers Jésus, il a su rendre gloire à Dieu là où d’autres se perdaient dans des querelles humaines.
Son nom, Josaphat, signifie « le Seigneur juge », et nous rappelle que le jugement de Dieu, comme il est dit dans la première lecture, est toujours celui de la vérité et de l’amour. Lui aussi a marché en chemin dans la fidélité jusqu’à offrir sa vie.
Alors Saint Josaphat priait pour nous.
Commentaire du Mardi 11 Novembre
• Vous serez grands en étants petits
Il y a quelque chose de bouleversant aujourd’hui. Il est dit, « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité ». Il a fait de lui une image de sa propre identité.
Autrement dit, nous n’avons pas été créés pour la mort, la corruption, le mal, la jalousie du diable ne sont pas notre nature. Bonne nouvelle. En revanche, on a mal parce que ces choses-là, la corruption, le mal et la jalousie du diable sont une fracture que l’humanité a. Combien d’hommes vivent aujourd’hui comme si la mort était la fin de tout ? Mais il faut aller les voir pour leur dire, « Non, ce n’est pas la fin, c’est le début ». Le livre de la sagesse nous rappelle que la mort n’est pas le dernier mot.
Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, il n’y a pas de tragédie pour celui qui aime Dieu, car son espérance dépasse la logique de la perte, et de même que si on est triste que Dieu soit crucifié sur la croix et qu’il soit mort, eh bien, il ne faut pas être triste puisque l’histoire ne s’arrête pas là, il est ressuscité d’entre les morts, il nous a ouvert la porte pour qu’on y aille aussi. « Nul ne va au Père sans passer par moi, dit-il, il est la porte ». Alors, le juste n’échappe pas à la souffrance, la croix en est l’exemple le plus brûlant. Mais il est transfiguré par elle, la croix a sauvé l’humanité.
Ce texte est une invitation à regarder nos épreuves autrement, non comme un châtiment, mais comme un creuset. Dieu ne cherche pas à nous briser, mais à nous purifier. Le salut, c’est la guérison du cœur, pas l’absence de combat.
Et l’évangile vient nous recentrer sur le bon usage de ce salut. « Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites, nous sommes de simples serviteurs ». Dieu premier, chers amis, il est le roi. Jésus nous apprend ici que la vérité de la vie, spirituelle, servir Dieu, ce n’est pas accumuler des mérites, mais entrer dans une relation d’amour.
La foi mature ne dit plus « qu’est-ce que j’y gagne ? », mais « qu’est-ce que je peux lui offrir ? ». Et ça, ça décentre le cœur, et ça met le Christ au centre, et ça décentre notre cœur, notre cœur humain, plein de fractures. Sainte Hildegard de Bingen disait « Heureux celui qui place le commencement et la fin de ses œuvres en Dieu ». Le serviteur inutile dans l’évangile n’est pas un esclave méprisé, c’est celui qui a compris que tout vient de Dieu et retourne à lui. Sa joie est dans la fidélité, pas dans la reconnaissance.
Alors ne cherchons pas la reconnaissance. Servir Dieu, ce n’est pas se rabaisser, c’est consentir à être canal de l’amour divin. Et c’est tout le message de saint Martin de Tours « Que nous fait-on aujourd’hui ». Il fut un homme d’action et de foi, un cœur droit dans un monde divisé.
Quand il partagea son manteau avec un pauvre, il ne fit pas un geste symbolique, il reconnut le Christ dans la chair, blessé d’un frère. Son humilité a ouvert le ciel. Martin savait que la vraie gloire n’est pas d’être honoré, mais d’aimer sans calcul.
Comme lui, laissons nos œuvres parler pour Dieu plutôt que pour nous, car les justes, dit la sagesse, resplendiront comme l’étincelle qui court sur la paille. Lumière humble, mais indestructible. Saint Martin de Tours, toi qui as su aimer sans retour, obtiens-nous un cœur simple, un amour vrai et une foi agissante.
Saint Martin, priez pour nous.
Commentaire du Lundi 10 Novembre
• La graine de moutarde !
Les pensées tortueuses éloignent de Dieu, non parce qu’elles sont intellectuelles ou critiques, mais parce qu’elles enferment le cœur dans la méfiance.
Le Livre de la Sagesse nous le dit avec une clarté plutôt tranchante, ayez sur le Seigneur des pensées droites. Cherchez-le avec un cœur simple. Le salut commence toujours par cette droiture intérieure.
Dieu se laisse alors trouver, mais pas manipuler, jamais. L’homme qui veut comprendre avant de croire se condamne à rester dehors. Le cœur tordu calcule, soupèse, hésite, négocie.
Le cœur droit s’avance, même dans la nuit. C’est pourquoi nous fuyons parfois le salut, nous savons ce qu’il faudrait faire, et nous restons immobiles. Nous disons « Je veux changer », mais nous ne bougeons pas.
Pourtant, l’action de Dieu ne se fait jamais sans nous. Il nous sauve, mais il nous fait marcher. Il guérit, mais il nous demande de tendre la main.
La vraie conversion consiste souvent à débloquer ce qui est figé, à oser l’inconnu, à poser un acte que notre peur retient. Dieu agit dans le cœur qui agit. C’est pourquoi parfois, certains lèvent les mains au ciel quand ils louent le Seigneur.
C’est un geste qui peut parfois prêter à sourire, mais en réalité, il se libère le cœur. L’Évangile prolonge cette leçon dans une image. Si vous aviez la foi, gros comme une graine de moutarde, vous diriez à l’arbre « Déracine-toi et va te planter dans la mer » et il vous obéirait.
Dans la tradition juive, on voyait dans l’arbre une image du monde. Enracinée dans la terre des habitudes et des structures. Jésus ne parle pas ici de magie.
Ce n’est pas un arbre dans Le Seigneur des Anneaux qui se déracine et qui va se planter ailleurs parce qu’on lui a demandé. C’est un déplacement intérieur. La foi, elle peut déraciner.
Oui, la foi déracine beaucoup de monde. Certains qui m’écoutent l’ont ressenti et l’ont vécu dans leur vie. Elle déplace le centre de gravité du possible.
Et pourtant, cette foi n’est pas une force psychologique. Elle ne vient pas de nous, mais elle vient de Dieu. Ce que Dieu veut, Il le fait.
Même à travers nous. Et Sainte Catherine de Sienne, dans sa prière brûlante, l’exprime avec des mots de feu. Elle dit par la lumière de la foi Je suis forte, constante, persévérante.
Par cette lumière, j’espère et je ne me laisse pas défaillir en route. La foi véritable ne consiste pas à forcer le réel. C’est une tentation de bien des gens, dans l’Eglise.
Mais à laisser Dieu agir dans notre liberté. Elle n’est pas un cri de volonté, mais un acte d’abandon. Abandonnons-nous au Seigneur.
La graine de moutarde est minuscule. C’est l’humilité d’un cœur qui croit que Dieu peut tout, même à travers sa petitesse. Ce texte de sagesse et cet évangile se répondent profondément.
Pour que la foi déplace les montagnes, il faut d’abord que le cœur soit droit. La droiture, dans la Bible, n’est pas forcément la perfection morale. Mais la cohérence du cœur qui cherche Dieu sans détour.
Là où nos pensées s’embrouillent, Dieu se tait. Là où notre cœur s’ouvre, il agit. C’est ainsi qu’il éduque notre âme, par des invitations discrètes, des retours de paix, des élans à reprendre.
Le salut n’est jamais forcé, il s’apprend dans la patience, la fidélité, la simplicité. Et c’est ce que nous rappelle Saint Léon le Grand, que nous fêtons aujourd’hui. Son nom, Léon, évoque la force et la royauté.
Et sa mission fut de défendre la foi du Christ contre les hérésies et les puissances du monde. Mais cette force-là n’était pas un orgueil, elle venait d’une foi droite, d’une sagesse intérieure nourrie par la prière. Comme un lion spirituel, il a régi non pour dominer, mais pour protéger la vérité.
Et en lui, la graine de moutarde est devenue un arbre de doctrine, un refuge pour l’Église. Alors suivons son exemple, gardons le cœur simple, la foi vive, et le courage de l’action. Ne nous laissons pas scléroser le cœur par des attitudes, par des choix passés.
Aujourd’hui est un autre jour. Mais dans quel aujourd’hui vous voulez être ? La puissance de Dieu se manifeste toujours dans un cœur qui agit et surtout qui croit.
Commentaire du Dimanche 9 Novembre
• J’ai choisi et consacré cette Maison
& Dédicace de la Basilique de Latran
Frères et sœurs bien-aimés, chers amis de Cathoglad, aujourd’hui nous célébrons une fête qui peut sembler lointaine, presque étrangère à notre vie quotidienne, la dédicace de la basilique du Latran, cette antique église de Rome, mère et tête de toutes les églises du monde. Et pourtant, en cette année du Jubilé, cette fête résonne comme un appel, car la basilique du Latran n’est pas seulement un monument, elle est la cathédrale du pape, la mère et la tête de toutes les églises du monde, elle est le signe vivant de l’unité de l’église répandue sur la terre entière. Le Latran, c’est la première église du monde chrétien.
Consacrée au IVe siècle par le pape Sylvestre, elle fut bâtie après l’édit de Milan de Constantin, quand, pour la première fois, la foi en Christ pouvait respirer au grand jour. Pendant plus d’un millénaire, les papes y ont résidé, y ont prié, y ont célébré les sacrements. Et sur son fronton, on peut lire ces mots, « Omnium urbis et orbis, ecclesiarum mater et caput.
C’est-à-dire, mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde. La ville, c’est bien sûr Rome. Mère et tête, tout est dit.
Dans la basilique du Latran bat le cœur visible de l’église. Et c’est pourquoi il est heureux, en cette année jubilaire, que cette fête tombe un dimanche. Nous tournons donc aujourd’hui nos regards vers la ville éternelle et vers la cathédrale du pape.
Le jubilé, vous le savez, est un grand temps de miséricorde. Un temps où les portes s’ouvrent toutes grandes. A Rome, en cette année, la porte sainte du Latran est franchie par des foules venues du monde entier.
Mais attention, ce n’est pas seulement une porte de pierre qu’il faut franchir, c’est la porte de notre cœur. Tous ne pourront évidemment pas se rendre à Rome cette année pour franchir physiquement la porte sainte. Mais tous, nous pouvons dire au bon Dieu, je reviens.
J’ai trop longtemps vécu dehors. J’ai laissé ton temple s’assombrir. Mais aujourd’hui, Seigneur, je rentre à la maison.
La basilique du Latran, cette année sainte, devient donc le signe du retour à la source. Le rappel que notre foi a une maison, une unité, un visage, celui du Christ qui demeure dans son église à travers les siècles. D’ailleurs, il est intéressant de souligner que le véritable vocable de la basilique du Latran n’est pas simplement saint Jean de Latran, comme on l’appelle souvent de façon pratique ou familière.
Le véritable vocable officiel et complet de cette basilique est le suivant. Archi-basilique du Très Saint Sauveur et des Saints Jean Baptiste et Saint Jean l’Évangéliste au Latran. Très Saint Sauveur, Sanctissimum Salvatorem.
Cela rappelle que le sanctuaire est dédié au Christ lui-même, le Sauveur, et non uniquement à des saints. C’est beau que la cathédrale du pape soit centrée sur le Christ tête et corps mystique de l’église. Saint Jean Baptiste et Saint Jean l’Évangéliste ne sont donc que les deux saints secondaires de la basilique.
Jean le Baptiste symbolise la préparation du peuple à la venue du Christ et Jean l’Évangéliste représente la proclamation de la parole et de la fidélité à la vie divine. Et si vous avez en tête la façade de la basilique de l’architecte Alessandro Galilei, vous avez des immenses statues d’apôtres et de pères de l’église, avec au centre, plus élevé, la statue du Christ Sauveur entourée des deux saints Jean. Alors que célébrons-nous aujourd’hui au fond ? Un monument de la pierre, du marbre ? Eh bien non, mes amis, nous célébrons le mystère de la demeure de Dieu parmi les hommes, ce Dieu qui ne cesse de vouloir faire sa demeure dans la chair de notre humanité.
Tout commence dans le cœur de Dieu, ce désir insensé d’habiter avec nous. « Fais-moi un sanctuaire et j’y demeurerai » dit-il à Moïse, en Exode 25.8. Le Seigneur le Très-Haut, celui que le ciel et les cieux ne peuvent contenir, demande une tente fragile, une demeure de tissu, un peu d’espace où reposer sa gloire. Et plus tard, sous Salomon, il acceptera de descendre dans le temple de Jérusalem.
Mais à travers ces pierres, Dieu prépare un autre temple, le temple de son Fils. Quand Jésus vient au monde, Saint Jean l’écrit avec cette phrase inouïe, « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous ». En grec, le verbe « employer » signifie littéralement « planter sa tente ». Dieu a planté sa tente dans notre chair. Et depuis lors, le véritable temple, c’est le Christ lui-même.
L’évangile de ce jour nous le montre. Jésus monte à Jérusalem, il entre dans le temple. Et là, il trouve le vacarme, les tables d’échangeurs, les cages des colombes, le lieu saint, le lieu de la prière est devenu un marché.
Alors, le Fils se met en colère. Non pas cette colère du monde qu’il détruit, mais cette colère sainte qu’il purifie. Il renverse les tables, il balaie l’espace sacré et il s’écrit, « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce ». Ce geste, chers amis de Cathoglad, il nous faut le recevoir comme un miroir.
Jésus ne nettoie pas seulement le temple de pierre, il nettoie le temple du cœur humain. Nous aussi, nous avons laissé le bruit du monde envahir notre âme. Nous aussi, nous avons installé dans le sanctuaire de notre âme les marchands de nos calculs, nos peurs, nos orgueils, nos chantages intérieurs.
Et le Seigneur, dans sa douce fermeté, veut entrer pour tout remettre à sa place. Pas pour humilier, mais pour libérer. Car là où il passe, tout devient clair, tout devient simple, tout redevient pur.
Alors, les jus scandalisés lui demandent, « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Et Jésus répond, « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours, je le relèverai. » Il pense au temple de pierre, lui parle du temple de son corps. Voilà, mes amis, le cœur de la foi chrétienne.
Le temple véritable, c’est le corps du Christ livré et ressuscité. C’est sur la croix que Dieu établit sa demeure éternelle parmi nous. Là, dans ce corps brisé, le ciel et la terre se rejoignent.
Le temple nouveau est né. Et depuis ce matin de Pâques, ce temple ne sera plus jamais détruit. Ce temple, c’est son corps ressuscité, sa présence réelle dans l’Eucharistie pour nourrir l’Eglise, son épouse sainte.
Il demeure vivant dans l’Eglise. Ainsi, quand nous célébrons la dédicace du latran, nous ne célébrons pas un bâtiment, mais le mystère du Christ vivant dans son Eglise. Nous célébrons la fidélité de Dieu à son peuple, malgré nos infidélités, malgré nos divisions, malgré nos lenteurs à croire.
Alors pose, Paul ose le dire, avec une audace inouïe. Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Oui, chers amis de Cathoglad, chacun de nous est un sanctuaire. Nous sommes les pierres vivantes de ce temple.
Chacun de nous, par le baptême, est devenu une demeure de Dieu. Et c’est pourquoi, en ce jubilé, le Seigneur nous appelle à restaurer son temple, non pas celui de marbre, mais celui du cœur. Car combien de temples intérieurs sont fissurés, combien d’âmes sont devenues des sanctuaires désertés.
On a laissé s’éteindre la lampe rouge du sanctuaire, on a fermé les portes de la prière, on a troqué la paix contre la précipitation et le bruit. Mais voici que le Christ vient, non pas pour condamner, mais pour purifier. Il veut refaire de ton cœur une basilique habitée.
Il veut que ta vie redevienne, à l’image de la basilique du latran, la demeure de Dieu. Alors viens souvent au Christ, le grand nettoyeur des âmes. Quand tu t’agenouilles dans le silence, quand tu pardonnes, quand tu vis une charité ardente, tu redonnes à ton âme la beauté de sa consécration, tu redeviens le temple resplendissant du Dieu vivant.
Le latran dans sa splendeur n’est pas une fin en soi, il est le symbole de ce que Dieu désire pour chacun de nous. Une âme vaste, une âme belle, une âme lumineuse. La fête de ce jour nous fait aussi contempler l’église visible, car si chacun est un temple, l’ensemble des fidèles nous formons le corps du Christ.
Chaque baptisé est une pierre, mais ces pierres n’ont de sens qu’en s’unissant. Et c’est pourquoi nous avons besoin de ces églises de pierres, elles disent la présence de Dieu au milieu de la cité. Elles sont comme un cri silencieux qui traverse les siècles.
Ici, Dieu habite encore. Quelle tristesse, chers amis, quand les églises se ferment, quand les cloches se taisent, quand les tabernacles sont vides, car cela signifie que la lampe de la foi s’éteint peu à peu. Et pourtant, dans le monde d’aujourd’hui, si fatigué, si inquiet, il suffit d’une église ouverte, d’un tabernacle habité pour que l’espérance reprenne souffle.
Alors, chers amis de Cathoglad, le monde d’aujourd’hui étouffe d’avoir fermé ses églises, non seulement de pierres, mais aussi celles du cœur. Alors, en cette année sainte, le Seigneur te le dit avec douceur. Ouvre la porte de ton cœur, laisse-moi venir y habiter.
Oui, mes frères, la basilique du Latran n’est pas seulement à Rome, elle est dans ton âme. C’est pourquoi le Jubilé n’est pas un pèlerinage extérieur, mais intérieur. La porte sainte la plus belle, c’est celle qui s’ouvre dans ton cœur.
Et le temple que Dieu veut restaurer, c’est ta vie. Le monde n’a pas tant besoin de discours que de présence habitée. Il n’a pas tant besoin d’arguments que de visages.
Et le visage d’un chrétien qui prie, qui aime, qui pardonne, voilà la plus belle basilique que Dieu ait jamais bâtie. Mes amis, le temple de Jérusalem a été détruit, mais le temple du Christ ne le sera jamais. Et cette indestructibilité, c’est notre espérance.
Car même si l’Église traverse des tempêtes, même si les scandales, les blessures, les trahisons la défigurent, le Christ, lui, y demeure. Il ne quitte pas sa maison. Et il promet, les portes de l’enfer ne prévauteront pas contre elles.
Alors en ce jour du Latran, de cette belle dédicace, rendons grâce pour cette Église, notre mère, qui nous engendre à la foi, nous nourrit, et nous garde unis aux successeurs de Pierre, Léon XIV, signe visible de l’unité et de la paix. Rendons grâce pour toutes nos Églises, pour nos prêtres, pour nos sacrements, et surtout pour cette demeure intérieure où Dieu nous attend. Seigneur Jésus, toi, le temple éternel du Père, toi, la gloire du Latran, la lumière de ta sainte Église, je viens à toi, humble pèlerin du Jubilé, je t’apporte le désordre de ma vie, les fissures de mon temple intérieur, je t’apporte les portes que j’ai fermées, les prières que j’ai oubliées, que j’ai oubliées, et je t’en supplie, entre, viens habiter ma maison, viens en faire une demeure de paix, brûle en moi tout ce qui m’éloigne de toi, et fais de mon cœur une basilique ouverte où chacun puisse sentir ta présence.
Seigneur, en cette année sainte, ramène-moi toujours à la maison du Père, celle du Latran comme celle de mon âme, et qu’au soir de ma vie, je puisse franchir une dernière porte sainte, celle du ciel, le temple éternel que tu as préparé pour tous ceux que tu aimes. Amen. Belle fête de la dédicace du Latron, chers amis de Cathoglad.
Dieu vous bénisse.
Commentaire du Samedi 8 Novembre
• Jésus n’est pas communiste
Jésus n’est pas un communiste, ni un marxiste, ni même un révolté contre la richesse. Il ne méprise pas l’argent.
Il le remet à sa juste place. Dans l’évangile, il ne condamne pas le fait de posséder, mais celui d’être possédé. Vous ne pouvez pas servir deux maîtres, dit-il.
Non comme une menace, mais comme un constat. Le cœur humain ne peut être divisé sans se perdre. L’argent, le prestige, le confort ne sont pas le mal.
Ils deviennent le mal quand ils prennent la place du bien. Les pères de l’Église voyaient dans cette parole un appel à la liberté du cœur. Et Saint-Gaudens de Brécia le dit magnifiquement, « Rien de ce monde ne nous appartient vraiment».
Nous ne sommes ici que des hôtes de passage, chargés d’administrer ce que Dieu nous confie. Le vrai sage n’est pas celui qui méprise les biens, mais celui qui en fait des instruments d’amour. L’argent devient spirituel quand il devient sacrifice.
Tout ce qui est donné devient lumière. C’est là que la lecture de Saint-Paul rejoint l’évangile. À la fin de sa lettre, il ne prêche plus, il remercie.
Prissa, Aquilas, Marie, Urbain, Stachys, ces noms oubliés forment le visage concret de l’Église. Paul reconnaît qu’il n’a rien fait seul. Sa mission n’est pas celle d’un héros solitaire, mais d’un frère entouré, soutenu, porté.
Dans sa gratitude, il montre ce qu’est la vraie richesse, celle d’une communion. Paul ne s’attribue rien ici, il renvoie tout à Jésus. À celui qui peut vous rendre fort, selon mon évangile.
À lui, la gloire pour les siècles. Le Christ est le centre, l’unique source, le moteur de tout ce qui porte du fruit. Là où le monde cherche à posséder, Paul apprend à reconnaître. Là où d’autres disent « J’ai réussi », lui répond « Le Christ a agi en moi ». Et c’est peut-être cela la leçon de ce jour. La vie chrétienne n’est pas un combat contre la richesse, mais une conversion du regard. Posséder sans être possédé, agir sans s’approprier, recevoir sans oublier de remercier.
Être fidèle dans les petites choses, comme le dit Jésus, c’est déjà bâtir le royaume. L’argent, le travail et les relations, tout peut devenir prière, dès lors que le Christ en est le centre.
Commentaire du Vendredi 7 Novembre
• Un jour vous comprendrez
Le gérant de l’évangile n’est pas un modèle de vertu. Il est accusé de malhonnêteté et d’avoir gaspillé les biens de son maître.
Mais ce que Jésus souligne, ce n’est pas sa fraude, c’est sa lucidité. Il comprend soudain que sa position va tomber et qu’il doit agir vite, intelligemment, pour se préparer à un avenir. Et c’est ce sens de l’urgence et de la stratégie que Jésus veut transposer à la vie spirituelle.
Il dit Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a compris cette sagesse du cœur et elle aussi voulait faire bon usage des richesses injustes, non pas en trichant, mais en convertissant tout ce qu’elle avait. Ses désirs, ses talents et même ses limites. Voilà la vraie richesse, celle qu’on ne garde pas.
Elle ne se mesure ni en mérite, ni en puissance, mais en capacité de don. Le monde appelle habile celui qui gagne, Jésus appelle sage celui qui se dépense. C’est ce que Paul vit dans la première lecture.
Il s’adresse à la communauté de Rome, des croyants déjà solides, instruits plein de ferveur, un peu comme nous peut-être. Mais il écrit, avec un peu d’audace, pour réveiller leur mémoire et raviver le feu. Il leur rappelle sa mission, aller là où le Christ n’a pas encore été annoncé.
Il dit, je ne voulais pas bâtir sur les fondations d’un autre. Ce n’est pas une question d’orgueil, mais de fidélité à la grâce reçue. Dieu ne demande pas de reproduire ce qui existe déjà, mais d’enfanter ce qu’il a semé en chacun.
Et Paul, avec son tempérament de bâtisseur, sait que sa place est d’ouvrir les chemins. Et nous aussi, nous avons cette vocation intérieure. Non pas copier la foi d’autrui, mais vivre la nôtre, avec notre ton, notre don, notre manière.
La fidélité à Dieu, ce n’est pas une imitation, c’est une création unique, c’est une relation. Et cette dernière phrase de Paul sonne comme une prophétie. Il dit, ceux à qui on ne l’avait pas annoncé verront.
Ceux qui n’en avaient pas entendu parler comprendront. Il y a des mots qu’on entend sans les saisir, et puis un jour, la grâce les rend vivants. Oui, vous écoutez des paroles tous les jours de votre vie.
Et un jour, vous avez vécu une expérience particulière qui vous ouvre le cœur et qui vous permet d’entendre ce qui vous est répété tous les jours et que pourtant vous n’entendez pas, ni ne comprenez pas. Eh bien, de la même manière, Dieu parle. Il ne s’épuise pas de parler encore et encore jusqu’à ce que ce jour arrive, ce jour où notre cœur entend.
Lui, il ne se lasse pas de répéter, de relancer, de pardonner à l’infini. C’est sa pédagogie, celle de la patience divine. Alors, ne nous lassons pas de notre propre lenteur, de nos faiblesses, de nos chutes, de nos retours en arrière parfois.
Si Dieu ne se lasse pas de recommencer avec nous, comment pourrions-nous renoncer à lui ? Il est notre salut. Gardons ferme sa parole. Chers amis, on a besoin de vous.
Commentaire du Jeudi 6 Novembre
• Jésus va vers la brebis perdue
Le Seigneur ne peut se résigner au fait qu’une seule personne puisse être perdue.
L’action de Dieu est celle de celui qui part à la recherche de ses enfants perdus et qui se réjouit ensuite avec tous lorsqu’ils sont retrouvés.
C’est un désir irrépressible. Même quatre-vingt-dix-neuf brebis ne peuvent arrêter le berger et le garder au bercail. Il pourrait raisonner ainsi, je fais le point, j’en ai quatre-vingt-dix-neuf, j’en ai perdu une, mais ce n’est pas une grande perte.
Au lieu de cela, il va chercher celle-là, parce que chacune d’entre elles est très importante pour lui, et que celle-là est la plus nécessiteuse, la plus abandonnée, la plus rejetée, et il va la chercher.
Commentaire du Mercredi 5 Novembre
• Préférer Jésus avant tout
Aimer Jésus plus que tout, même plus que ceux qu’on aime le plus.
Ça, ça semble un peu impossible au premier abord.
Alors comment préférer un visage qu’on ne voit pas à ceux que l’on touche chaque jour ? Pourtant, c’est exactement ce que le Christ nous demande. Non pour éloigner nos affections, mais pour les purifier. Et oui, il ne nous arrache pas à nos amours humains, il les délivre de la peur et de la possession.
Celui qui place Jésus au centre n’aime pas moins les autres. Au contraire, il aime mieux. Beaucoup veulent suivre Dieu tant qu’ils le sentent, mais c’est frais quand vient la croix.
Le vrai disciple ne cherche pas une foi confortable, mais la fidélité dans la nuit. Et suivre le Christ, ce n’est pas fuir le monde, c’est aimer jusqu’au bout, là où l’amour coûte.
Il nous coûte. C’est en mettant Jésus en premier que nous devenons capables d’un amour vrai, qui ne cherche ni retour, ni contrôle. Alors, nos relations humaines se déploient dans la lumière de Dieu, elles cessent d’être des liens qui serrent pour devenir des chemins qui élèvent.
Et Paul en donne la clé.
N’ayez de dettes envers personne, sinon celle de l’amour. C’est le seul commandement qui ne s’épuise pas. L’amour chrétien ne s’ajoute pas aux autres vertus, il les accomplit.
Il ne se calcule pas, il se reçoit. Et celui qui aime en Dieu devient libre de toute comparaison, de tout intérêt. Il n’aime plus pour se combler lui-même, mais pour servir, et c’est cela la croix.
Non pas un fardeau, mais une orientation, celle du cœur tourné vers le haut. Nous portons tous quelque chose qui pèse, mais celui qui la porte derrière Jésus découvre qu’elle ouvre un passage. C’est pourquoi dans toute relation amoureuse, amicale, fraternelle, si le Christ est au centre, tout peut traverser l’épreuve sans se briser.
Aimer Jésus d’abord, ce n’est pas délaisser les autres, c’est les aimer en vérité, parce que lui seul apprend à aimer sans peur.
Et pour aller plus loin chers amis, je vous propose la série sur les dix commandements que je vous mets en lien en haut à droite et en description. Il est toujours bon de se rappeler comment ces dix commandements s’articulent, car la vie est un combat, et parfois nous devenons aveugles alors que nous étions voyants.
Les 10 commandements : • Les 10 commandements
Commentaire du Mardi 4 novembre
• Tenez bon dans l’épreuve
Il y a en chacun de nous une forme de musique intérieure que Dieu a déposée pour l’unité du corps.
Paul nous le rappelle, chacun a reçu un don, différent, mais accordé aux autres. Certains cherchent toute leur vie le grand projet de Dieu, alors qu’ils vivent déjà dans sa volonté, dans ce petit don qui leur a été confié. Le problème, c’est que nous voulons souvent briller, au lieu de servir.
Nous épuisons nos forces à imiter la grâce des autres, alors que Dieu nous invite à fructifier la nôtre. C’est comme regarder les réseaux sociaux en quelque sorte, regarder quelqu’un qui se muscle, regarder quelqu’un qui a une belle voiture, qui voyage, une personne qui se baigne dans une piscine, une personne qui lit des livres. On aimerait bien faire tout ça et en même temps, sauf que ce n’est pas possible.
Le don véritable n’a rien d’extraordinaire en réalité parce que là, on revient à la religion. Il s’accorde à notre faiblesse, il épouse notre tempérament et devient lumière pour le corps entier. Ce que le monde appellerait avantage naturel, Paul le nomme grâce.
Le charisme est une économie de justesse, moins d’efforts, plus de vérité. Il suffit d’être à notre place, celle où l’amour se fait plus fluide. L’esprit distribue tout, dit Sainte Ambroise, non pour égaliser, mais pour harmoniser.
Et c’est pourquoi le plus humble service, s’il est vécu dans la joie, pèse plus dans le royaume qu’un miracle accompli sans amour. Et cet amour prend chair dans l’évangile du jour, l’invitation au festin. Tous ont été conviés, mais beaucoup ont préféré leurs affaires, leurs biens, leurs occupations.
On a tous des excuses. Alors le maître ouvre grand la porte et fait appeler les pauvres, les boiteux, les aveugles et les estropiés. Ces pauvres, ce sont d’abord ceux qui n’ont rien à offrir.
Pas de réputation, pas de mérite, pas de justification. Mais ils représentent aussi nos pauvretés intérieures, nos manques et nos blessures. Nous sommes ces invités trouvés sur les chemins.
Dieu n’attend pas notre perfection, il attend que nous répondions. Le drame n’est pas d’être pauvre, mais de se croire comblé. Le royaume est cette table immense où la misère devient grâce, où le rejet devient accueil.
Saint Ambroise dit que le Christ invite les bons et les mauvais pour que les bons grandissent et que les mauvais se transforment. Le festin est donc la communion, le moment où Dieu nous réunit malgré nos dissonances pour que la maison soit pleine. Là se révèle la vraie noblesse, non celle du mérite, mais celle de l’invitation.
Seigneur, toi qui distribues les dons sans mesure, apprends-nous à reconnaître le nôtre et à te l’offrir simplement. Ne permets pas que nous déclignions ton appel et fais de notre pauvreté le lieu de ta joie. A mon conseiller, tu es avec moi.
Commentaire du Lundi 3 novembre
• Invite des pauvres, des estropiés
L’amour du Christ ne se mesure pas à la réciprocité, mais à la gratuité. Il ne donne pas pour être rendu, il donne pour que l’autre vive. C’est pourquoi Jésus ne dit pas seulement « donne à manger », mais « invite ». Il nous fait entrer dans le mystère d’un Dieu qui s’assit à table avec ceux qui n’ont rien.
L’hospitalité chrétienne n’est pas un devoir social, c’est un acte théologique. Elle confesse que le pauvre n’est pas un autre, mais un membre du même corps. Saint Grégoire de Naziance disait que le pauvre garde parfois plus fidèlement l’image de Dieu que celui qui la commente.
Car il vit dans la dépendance, là où nous cherchons à posséder. Et quand il vient à notre table, ce n’est pas lui qui reçoit, c’est nous qui sommes visités. Celui qui ouvre sa porte aux blessés ouvre aussi la sienne à Dieu.
Dans le festin du royaume, les rôles seront inversés. Ceux qui ont donné sans calcul seront nourris par le Christ lui-même. Saint Paul contemple la même logique, mais à l’échelle de l’univers.
Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance. Il n’y a pas chez lui d’amour suspendu, pas de grâce conditionnelle. On ne mérite pas.
Dieu donne, et son don traverse même le refus. Il laisse l’homme s’éloigner pour mieux le rejoindre. Dans cette circulation de la miséricorde, tout est tenu.
La chute et le relèvement, le péché et la rédemption, Israël et les nations. Rien n’est perdu, tout est repris dans le courant de sa bonté. Et à la fin, Paul s’incline.
Tout est de lui, par lui et pour lui. Là est la royauté du Christ. Non pas domination, mais origine et accomplissement de tout.
Il règne non en possédant, mais en donnant. Et celui qui apprend à aimer de cette manière, commence déjà à régner avec lui.
Commentaire du Dimanche 2 Novembre
• Commémoration de tous les fidèles défunts
Caput, Dead, Finito, Game Over, Delta Charlie Delta. Que voulez-vous que je vous dise ? Comment aborder la question qui en a fait chuter plus d’un mais qui en a aussi converti tant d’autres ? La mort, je dirais même les morts, parce que ce que nous percevons c’est d’abord un anéantissement des personnes, leur fin, leur disparition, la déliquescence du corps de ces êtres qui nous ont précédés et sont touchés par ce sort tragique. Car nous avons beau nous agiter dans tous les sens, multiplier les inquiétudes, nous ne pouvons rien ajouter à la durée de notre vie.
Comme le dit le psaume 102, l’homme, ses jours sont comme l’herbe et la fleur des champs qui fleurit, sur lui qu’un souffle passe, il n’est plus. Alors, face à ce drame, comment réagir ? Y a-t-il un Dieu ? Y a-t-il un Dieu qui entende ? Vers toi, Seigneur, j’appelle. À mon Dieu, je demande pitié.
Que gagnes-tu à mon sang, à ma descente en la tombe ? Te loue-t-elle la poussière ? Annonce-t-elle ta vérité ? Voilà ce que clame le psalmiste, et il a bien raison. Quel sens donner à la vie si le rideau se referme et que l’on n’a même pas eu le temps de tirer sa révérence ? C’est la question que l’humanité se posera inlassablement jusqu’au dénouement final. La mort est de plus en plus anonymisée.
Les malades et les personnes âgées meurent à l’abri des regards dans les hôpitaux et les EHPAD. Alors parfois, soit parce qu’il s’agit d’un proche, d’une personnalité, ou parce qu’elle survient de manière accidentelle, la mort se rappelle à nous, alors que nous essayons de l’oublier. Il n’y a pas si longtemps, on voyait, on attendait la mort.
Elle faisait partie du paysage de chacun. On accompagnait ceux qui s’en approchaient, on priait avec ceux qu’elle touchait. N’oublions pas que dans chaque « Je vous salue Marie », nous demandons l’intercession de la Vierge pour « Maintenant et à l’heure de notre mort ». S’il y a une chose que le Christ a révolutionnée, c’est bien notre perception de la mort.
Car le Christ est ressuscité d’entre les morts, il a vaincu la mort. Cette victoire, c’est le signe même du feu pascal qui jaillit au milieu des ténèbres. Cette lumière, les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Saint Paul le crie aux Thessaloniciens « Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité. De même, nous le croyons aussi. Ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui ». Et il ajoute « Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort.
IIl ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres qui n’ont pas d’espérance. Ces autres dont il parle, ce sont les païens, ceux qui ne croient pas en Jésus. Ce sont nos athées actuels.
Alors Saint Paul nous demande d’agir comme des croyants. C’est au nom même de notre foi que nous devons ne pas être abattus face à la mort. Il est normal d’être en deuil.
Mais ce deuil ne correspond pas à l’ébêtement de celui qui serait face à une fin définitive de la vie. Dans ce cas, nous serions morts et ce serait à nous d’enterrer ce qui est le dernier signe éphémère de ce qui ne serait plus laisser les morts, enterrer les morts. Mais non, nous sommes les vivants qui bénissons le Dieu vivant, le Dieu des vivants.
Si nous utilisons la couleur violette pour les défunts, c’est parce que c’est la couleur de l’attente, de la préparation. Nous attendons la résurrection de ceux qui sont auprès de Dieu. Saint Paul, aux Thessaloniciens encore, au signal donné par la voix de l’archange et par la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord.
Bien entendu, nous pouvons être dans une certaine crainte que nos proches ne soient pas de ceux qui sont morts dans le Christ. Alors, nous prions pour eux en les abandonnant dans les bras de la miséricorde divine. Mais c’est l’espérance et la foi et non l’accablement qui doivent stimuler notre prière pour les défunts.
Le violet d’aujourd’hui est choisi dans l’attente de la fête en blanc qui aura lieu dans 364 jours, la fête de ceux qui sont dans la vision de Dieu, unis à lui pour toujours, tous les saints. La vallée de larmes dont parle la prière du Salvé Regina désigne notre temps de pèlerinage sur la terre et non pas ce qui se passe après la mort. Comme le rappelle le livre de la sagesse, les âmes des justes sont dans la main de Dieu..
Aucun tourment n’a de prise sur eux. Aux yeux des insensés, ils ont paru mourir. Leur départ est compris comme un malheur et leur éloignement comme une fin, mais ils sont dans la paix.
Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l’espérance de l’immortalité les comblait. Après de faibles peines, de grands bienfaits les attendent, car Dieu les a mis à l’épreuve et trouvés dignes de lui. Comme l’or au creuset, il les a éprouvés.
Comme une offrande parfaite, il les accueille. En priant pour les morts, nous prions pour que leur purification s’accomplisse promptement et qu’ils soient comptés parmi les saints. Cette prière, elle est pour eux, mais elle est aussi pour nous, car elle est une œuvre de miséricorde qui fait grandir en nous la foi, l’espérance et la charité.
Amen
La Toussaint Samedi 1er Novembre
• Les petits saints
Mon papa était petit, il aimait beaucoup les cailloux. Il en récoltait le long des chemins, grattant les falaises et explorant tous les recoins. Et plus tard, une fois devenu grand, il aimait bien montrer à ses enfants sa collection.
Son trésor ne contenait ni diamants ni rubis, mais seulement quelques pierres semi-précieuses. Des pierres qui passionnent les spécialistes autant qu’elles ennuient ceux qui ne le sont pas. Et dans sa collection, il aimait tout particulièrement nous montrer une agate.
Et ce caillou, l’agate, illustre assez précisément la fête de la Toussaint. En effet, aussi étrange que cela puisse paraître, les agates obéissent tout à fait aux deux lois de la Toussaint. Oui, ces jolies pierres sont une excellente illustration des saints que nous célébrons aujourd’hui.
D’abord, les agates semblent insignifiantes à l’extérieur. Mais ensuite, quand on voit leur cœur, on reconnaît leur valeur véritable. Alors, regardons cela d’un peu plus près.
D’abord la première loi. Les agates n’ont aucun éclat visible. De fait, quand vous regardez une de ces pierres de l’extérieur, à moins d’être un spécialiste, vous ne voyez qu’un caillou.
Les agates ne brillent pas, elles n’ont ni couleur particulière, ni forme singulière. On dirait de la caillasse. Les saints de la Toussaint sont exactement comme les agates.
Leur sainteté échappe au premier regard. Autant dire donc qu’ils sont bien différents des grands saints du calendrier. Pour ceux-ci, c’est facile, n’importe qui arrive à les reconnaître.
Ils sont brillants et éclatants comme des diamants. Ils font des miracles, ils sont connus du monde entier, on les voit à la télé, les foules se pressent pour les rencontrer, pour demander leur prière et on les écoute avec attention. Bref, les grands saints, ceux qui ont une fête rien que pour eux dans le calendrier liturgique, ils sont faciles à identifier, même les païens y arrivent.
Pensez à Saint Jean-Paul II, le jour de son enterrement en place Saint-Pierre, et je me souviens car moi j’y étais, la foule l’acclamait en criant « Santo Subito ». Pensez aussi à Saint Padré Pio, combien de milliers de personnes se sont précipitées à son confessionnal durant toute sa vie. Ou encore Mère Teresa, les gens, quand ils la voyaient, ils avaient l’impression de rencontrer le bon Dieu, et le monde entier s’est précipité à ses funérailles en 1997. Bref, tous ces saints, ces grands saints, ils étaient faciles à identifier, car ils avaient la sainteté éclatante.
Mais pour les saints de la Toussaint, c’est autre chose. Les saints de la Toussaint, ils ont la sainteté discrète. Ils ont une sainteté sans éclat ni spectacle, sans foule ni miracle.
D’ailleurs, les gens qui vivent à côté de ces personnes-là les considèrent souvent comme des gens normaux, des gens qui n’ont rien de spécial. Et pourtant, ils sont saints. Et c’est là qu’intervient la seconde loi.
La seconde loi de la Toussaint et des Agathes. Pour reconnaître un saint de la Toussaint, il faut faire la même chose que pour une Agathe, il faut voir son cœur. Oui, frères et sœurs, la sainteté chrétienne, ce n’est pas une affaire d’apparition ou de miracle.
La sainteté, ce n’est pas une question de prestige ou de vision. Non, le seul, l’unique critère de la sainteté chrétienne, c’est la charité. Seul, un cœur brûlant de l’amour de Dieu et du prochain fait la différence entre un type normal et un saint.
Et donc, les saints de la Toussaint, la seule chose qui les distingue des autres, c’est cet amour brûlant, cet amour brûlant de Dieu et de leur prochain, un amour brûlant mais tout au fond de leur cœur, une charité ardente mais pas forcément éclatante ni spectaculaire, une charité incandescente à l’intérieur mais pas toujours spectaculaire à l’extérieur. Et c’est la charité des béatitudes, c’est la charité qui appartient aux pauvres de cœur, celle qu’on retrouve chez les gens qui pleurent, elle est le quotidien de ceux qui sont doux, elle est le fond du cœur des miséricordieux, elle est la source véritable des artisans de paix. C’est pourquoi il arrive qu’à l’extérieur, on ne voit que des gens normaux, mais quand ils vous ouvrent leur cœur, alors on découvre des saints.
Du dehors, les agates sont des cailloux comme les autres, mais leur cœur est incomparablement plus beau qu’un vulgaire caillou. Lors du pèlerinage du Rosaire à Lourdes, il y a quelques années, j’avais le privilège d’être aumônier de malade, et je croisais beaucoup de saints de la Toussaint dans mon service. J’avais le privilège d’écouter leur confidence et donc de voir leur cœur.
Et c’est vrai, c’était souvent des gens qui pleurent, mais c’était toujours des artisans de paix. Parfois on les a persécutés, parfois même ils ont souffert pour le nom de Jésus, mais ils continuaient toujours à aimer le bon Dieu et leur prochain. Malgré leur souffrance, malgré leur misère, ils continuent.
Humbles, discrets, fidèles, ils continuent à aimer. Et quand ils vous ouvrent leur cœur, vous êtes émerveillés. Mais comment donc cette petite dame discrète que je n’avais même pas remarqué l’année dernière, comment a-t-elle pu endurer autant d’épreuves dans sa vie et être là, humblement, fidèlement, à m’ouvrir son cœur, en souriant et en pleurant de l’amour de Dieu.
Les gens du dehors ne voyaient qu’un caillou, et pourtant quelle agate extraordinaire. Oui, les saints de la Toussaint n’ont pas d’éclat extérieur, c’est vrai, mais dans leur cœur brûle l’amour même de Dieu. Alors rendons grâce au Seigneur, chers frères et sœurs de Catoglad, oui, rendons grâce à Dieu pour tous les saints qui vivifient l’Église, ceux que l’on connaît et ceux que l’on ignore.
Rendons grâce au Seigneur pour tous les saints du ciel et de la terre, oui, rendons-lui grâce et joignons-nous à eux. Amen.
Commentaire du Mercredi 5 Novembre
• Préférer Jésus avant tout
Ça, ça semble un peu impossible au premier abord.
Alors comment préférer un visage qu’on ne voit pas à ceux que l’on touche chaque jour ? Pourtant, c’est exactement ce que le Christ nous demande. Non pour éloigner nos affections, mais pour les purifier. Et oui, il ne nous arrache pas à nos amours humains, il les délivre de la peur et de la possession.
Celui qui place Jésus au centre n’aime pas moins les autres. Au contraire, il aime mieux. Beaucoup veulent suivre Dieu tant qu’ils le sentent, mais c’est frais quand vient la croix.
Le vrai disciple ne cherche pas une foi confortable, mais la fidélité dans la nuit. Et suivre le Christ, ce n’est pas fuir le monde, c’est aimer jusqu’au bout, là où l’amour coûte.
Il nous coûte. C’est en mettant Jésus en premier que nous devenons capables d’un amour vrai, qui ne cherche ni retour, ni contrôle. Alors, nos relations humaines se déploient dans la lumière de Dieu, elles cessent d’être des liens qui serrent pour devenir des chemins qui élèvent.
Et Paul en donne la clé.
